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instants philosophie

L’inversion du monde

4 Septembre 2015, 14:55pm

Publié par pascal doyelle

Il est donc surgi de la cervelle un mécanisme monstrueux, mais faible, limitatif, strict, dépourvu d’être, mais articulant cette cervelle énorme au réel donné là. Jusqu’alors on ne prenait pas conscience du monde comme « monde » mais comme tel ou un tel ; le monde portait un nom et toutes les choses et les êtres s’enroulaient dans leur apparaitre et sur le monde et de l’intérieur du groupe humain qui le parlait, l’échangeait, l’investissait de son trésor du langage, des corps, des transmissions du centre du même monde parlé vivant.

Lorsque le mécanisme de conscience structurelle crève la bulle humaine, le monde est nommé comme donné là, formule abstraite mais plus lointaine et comme « ce qui supporte tous les mondes humains possibles » ; surgit quelque chose comme le non-monde au sens de non vivant, le remplaçant de tous les mondes, et ce non monde est le « lieu » ; en même temps que surgit le donné là c’est sur le fond du « là » de n’importe quel donné. en-deçà de toute humanisation, de tout monde, il est une structure, jusqu’ici engloutie dans chaque monde, et cette structure est un mécanisme, un pur et brutal mouvement.

Il faut le tuer, l’empêcher de surgir ; on tue Socrate, on tue le christ. La communauté tente d’écraser ce qui arrive, de le recouvrir. Mais c’est un mécanisme qui est apparu. Une structure ne dépend pas de ses contenus ; elle est ce qui va inventer, créer toujours en plus des tas de contenus, des extensions au langage, et des extensions à la conscience que l’on a du monde, de soi, du corps, des autres, du donné perçu.

Et on ne peut pas ajouter de telles extensions sans modifier la conscience que l’on a (de tout et de n’importe quoi), sans bouleverser cela même qui relie la réalité à la réalité et qui prendra donc le nom du Réel. L’être des grecs est le réel, le christ est le réel, le sujet est le réel. L’en soi kantien, l’esprit vide et tournoyant hégélien, la volonté nietzschéenne, l’Etre heideggérien, le pour soi et ensoi sartrien. En bref chacune des étrangetés philosophiques, (que la raison, le naturalisme, le psychologisme ne comprennent absolument pas et qui offre une résistance à toute compréhension plate puisque s’effectuant en une troisième dimension) chacune creuse et à partir de ce creux dans la réalité en montre plus ; le donné là (le monde, les choses, les êtres pour la raison, le naturalisme et les mois) nait en et par le « là » du donné, et c’est cela le trou, le vide, la forme.

De sorte que même la stabilisation raison-naturalisme-moi est creusée, crevée par le vide formel ; c’est de ce vide formel que l’on parle et tente d’aplatir ce qui existe en troisième dimension. Et plus l’aplatissement parcourt, plus le vide s’éloigne et plus la chute est longue et s’oublie elle-même comme chute.

Chacun entre dans l’irrécupération, la récupération devenue impossible de la structure. On va traduire et retraduire constamment le vide formel, formalisé par la pensée grecque, le christ et le sujet, et le réinvestissement de la pensée des altérités (Nietzsche Heidegger, Sartre, Lacan, etc), on va retraduire ces avancées par un aplatissement. Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan offrant eux-mêmes une remontée hors de la métaphysique, de dieu et du sujet (qu’ils prennent pour la raison, le naturalisme plat et le moi) vers une antériorité ou une révolutionnarité imaginaire ou une absence psychique ; qui montre comme l’articulation orchestrée par le Un de la pensée, du christ ou du sujet est oubliée et fait retour comme une rumeur effrayante (et de fait les quatre proactivistes produisent potentiellement des mondes épouvantables, des mondes sans sortie aucune, des enfermements ; Heidegger, Nietzsche, Sartre ou Lacan sont des enfermements, des boites noires).

Un être humain ne se vit à peu près sereinement que dans un monde clos, celui d’un langage partagé qui exprime le monde et l’échange à l’intérieur du dit monde particulier, ce qui veut dire dans un groupe. Lorsque le mécanisme explose dans le donné là et le « là » du donné, tous les mondes sont brisés et l’historicité, violente, décentrée, délirante s’impose partout. La violence ontologique du mécanisme (qui préférerait s’élever dans les signes et non pas s’abaisser à la torture des corps) peut (par contre) se déchainer totalement dans le monde et détruire, exploiter, épuiser, annuler toute réalité, puisqu’elle est le réel de n’importe quelle réalité.

Dans chaque monde on croit en un Ordre du monde, des corps, du langage, monde vivant qui s’enroule dans la Parole.

Dans l’historicité du mécanisme tout est en dés-ordre, puisqu’un ordre autre ou supérieur est supposé cent fois, mille fois, chaque fois qu’un mécanisme, une conscience imagine de créer et recréer le monde, le corps, le vécu. Et il apparait alors que la réalité n’est pas du tout en elle-même ordonnée, mais sujette au délire, au n’importe quoi ; la raison-naturalisme-moi s’aperçoivent bien, de leur développement, que l’univers est en délire, que le monde est une violence et que le moi est un bricolage sapé intérieurement, en totale panique.

Et si le monde est dés-ordre, la forme articulée, de conscience, la structure n’est en elle-même que formelle ; c’est uniquement par adaptation qu’elle est définie comme raison-naturalisme-moi ; célébrant un humanisme facile ; en réalité ce qui agit ça n’est nullement une sorte de corpus clos de « raisonnabilité » mais la violence (ontologique) du mécanisme. Lequel est vide, parce que formel (et il n’existe que d’être formel, ça n’est pas un manque ou un défaut ou un néant, ce qui ne veut rien dire du tout, sans ce caractère formel « conscience » n’existerait pas, n’aurait pas lieu d’exister), et sur lequel on ne peut pas fonder selon le monde, le corps ou le donné, mais uniquement du structurel sur le structurel lui-même ; et ceci entame donc la réflexivité qui consiste non à composer une « raison » (bien qu’elle soit contenue dans le mouvement puisque le « là » du donné emporte le donné là, le réel la réalité, la structure le monde, et qu’auparavant il existait tel ou tel monde nommé mais non pas le-monde), mais à remonter le long de la structure elle-même

Réflexion est ce que comprend la raison ; réflexion de la nature humaine sur elle-même, de sorte que la raison libère la nature humaine jusqu’alors prise dans les mondes illusoires, antérieurs. Mais réflexivité est tout autre chose ; c’est le retour de la structure vide, de conscience, sur sa forme ; ça n’est pas le questionnement du monde, du donné, du moi-corps, c’est l’interrogation sur le « là » du monde, du réel, de la structure de décision, d’orientation, de désorientation (puisque « ça n’est pas écrit nulle part, pas même en raison »), et de ce qui sera nommé plusieurs fois et de plus en plus précisément comme intentionnalité ( de la suspension de la conscience de Descartes au tranchant pour-soi sartrien, en passant par la conscience transcendantale kantienne, la phénoménologie de Hegel, et la négativité, et enfin l’intentionnalité de Husserl).

Or il ne faut pas scinder la structure inventoriée et les pensées de l’altérité ; Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan s’obnubilent du monde, des causalismes, de l’investissement bizarre ontologiquement dans le donné Autre, parce qu’ils perçoivent à partir du sujet vide abstrait cartésien qui se penche par-dessus lui-même et objectivise tout, absolument tout de la réalité (il se tient dans le réel de la réalité). Tout ce qui se déploie comme objectivités ou objectivismes vient renforcer la séparation radicale (à la racine) du sujet, du regard.

Du regard qui par les grecs, les chrétiens et les cartésiens (archi, hyper, méta) opère le retournement, l’inversion de l’absolu là-haut vers le Un ici même ; le Un œuvrant la réalité, le réel travaillant le monde. Et ce qui œuvre n’est pas une chose mais une forme. Puisque le présent est une forme.

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