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instants philosophie

Re-tour, dans la brutalité réelle

4 Février 2017, 09:42am

Publié par pascal doyelle

 

Il faut ainsi re/découvrir ce dont nous sommes l’effet. Nous sommes effectivement l’effet d’une cause mais cette cause n’est pas déterminée ; elle se déroule du Bord et n’est déterminée par rien.

Si donc on se demande pourquoi comment la « conscience » s’entretient avec le corps et plutôt que de soit isoler la « conscience » comme une forteresse, soit de nier son indépendance, il faut voir comme alors, dans les deux cas, on pense l’un et l’autre comme deux « objets », clos, fermés plus ou moins, et comme on conçoit la réalité dans sorte d’inertie qui délimite des masses ou des notions.

On a vu que d’une part la réalité est en mouvement et que ce mouvement est le présent et qu’ainsi tout ce qui est, en vérité se meut et que si il est quantité de choses et d’être, dans le fait, le Fait même, il n’existe que le présent et le présent n’est pas, il est le Bord du monde, le Bord qui tracte l’ensemble de tout ce qui est (et l’être est le résultat de la vague d’Exister unique et formel). Et que d’autre part sur et dans ce présent (on peut difficilement dire « dans » le présent puisque le présent n’est pas un monobloc, un cadre clos, étant « la vague qui expose » intégralement absolument tout ce qui est), dans ce présent il est un arc (de conscience) qui sort de la cervelle vers le réel, et qui en re-venant produit une surface du corps tout à fait autre et étrange ; l’arc re-vient, parce qu’il sort nu et sans rien à chaque fois de la cervelle, et que revenant du monde c’est comme si il venait tout court, chargé de ceci ou cela.

Dans le mouvement du présent, le mouvement de l’arc n’est nullement une « chose » mais la structure mouvante elle-même non de l’être, mais du réel, de l’exister, du présent. La paroi du présent re-vient continuellement (la continuité très étrange de l’exister, non mesurable, non composée ; on mesure uniquement la détermination et non la forme de cette détermination).

Le mouvement comporte aussi bien la détermination que la structure, le rapport ; que donc l’arc de conscience transforme la détermination en détermination spécifique ; par ex et essentiellement le langage, mais le langage (bien qu’il soit en lui-même toujours un système, et qu’il existe aussi des systèmes symboliques, des liaisons, des nœuds, etc) est un tissage de rapports (et toute essence dans le langage est en elle-même de tels rapports noués dans un seul, un mot, une idée, une image, etc) ; et si le langage est essentiel il n’est pas exclusif ; de là justement que l’image est toujours plus grande que le mot (bien que l’image réclame le mot, comme point fixe, fixé qui autorise, permet une conscience variable) ; et au fondement le langage est  donc rapport, rapport intentionnalisateur à propos du réel, mais comme le réel n’apparait ni ne le peut dans la représentation, dans le monde, dans la détermination, le dit rapport est toujours assuré d’une suréminence, étant formelle, et arcbouté dans cet autre formel qu’est le présent.

Aussi lorsque l’on parle, se détermine, etc, on adresse toujours au réel même, cad pour nous à la surface autre-du-corps, qui ne se détient que du dehors, qui est hors champ de la détermination connue ; aussi abstrait soit telle idée ou nombre il s’agit d’une modification du corps, de la perception re-venante du corps par le re-tour de, qu’est l’intentionnalisation. L’intentionnalisation est un re-tour, cad un nouveau tour, à chaque fois (évidemment formellement et théoriquement, puisque l’intentionnalisation st prise également dans la détermination déjà acquise, les mots, le symbolique, les neurones, la mémorisation énorme qu’est une cervelle, physiologique y compris etc, mais que l’arc se décide, dessine vers le réel, le « là » du donné (de n’importe quel donné) lui accorde une suréminence extrêmement fragile mais fragile parce que souple et adaptative en n’importe quel sens ; le sens, la signification qui manque ici ou là, même celle qui n’est pas (mémorisée) peut être ainsi inventée, créée, de ce simple pont lancé vers le « là », le réel, le présent ; cependant aussi simple l’adaptation soit-elle, théoriquement, elle requiert du sujet qui l’opère un investissement conséquent, voire un investissement impossible, mais le sujet est impossible, si il était possible il serait un donné, et non un sujet).

La liberté est ainsi dans la complexité du labyrinthe, et non au-dehors, son activisme est de fait dans la complexité même et donc absolument autre, ayant lieu par le corps, ce qui veut dire dans la réalité même ; et si la complexité du labyrinthe est toute la liberté, en même temps elle se situe du dehors ; elle est elle-même le dehors, mais le dehors non au sens où celui-ci serait déterminé, mais au sens où il est le point par lequel s’engrène la détermination. On veut dire par là que l’on ne peut pas assigner au dehors réel, tel ou tel proposition consciente, mais que ce dehors non seulement est autre et le moi doit en dégager la possibilité (ce qui signifie mener une ascèse, quelque sens que l’on donne à celle-ci et les créateurs, les artistes, les inventeurs furent extrêmement sérieusement amochés par leur possibilité), mais aussi que le mouvement est tout uniment de totaliser ou compiler tout le connu, et seulement alors vient en-plus de tout l’acquis ; en ceci que chaque arc doit se situer au bout de la réalité et relancer le réel de celle-ci ; d’où l’impératif de connaitre la station humaine, de pousser au plus loin possible l’acculturation.  Ce retournement non visible n’est pas ce qui cause selon le temps, selon le passé, ni selon l’idéal, l’éternité, mais qui cause selon le présent, cad selon qui vient.

Le moi lui-même, n’importe lequel, se tient au bout de la réalité, de tel état du monde et de l’humain, et de tel état de lui-même ; c’est la nature, la structure même d’arc de conscience qui le place au Bout. En plus du Bord, il y a le Bout.

Or pourtant malgré cette difficulté (absolue, parce que formelle) on invente constamment, tous les jours ; la liberté comme structure active crée, surtout pour les mois que nous sommes, qui sont installés comme centre de réalité (non pas de « la » réalité, qui n’existe pas, mais de réalité), et la liberté structurelle crée mille accès chaque jour, très minuscules, et puis de plus importantes et puis de très grandes parfois et se coltine souvent à l’infini lui-même ; tout arc de conscience, de ce qu’il est un re-tour, cad un nouveau tour joué, et qu’il est arcbouté au présent même, cad à l’infinie forme incompréhensible qui Borde tout monde, tout donné, tout vécu, tout corps, tout arc est empli de la paroi du présent, du réel. Et le plus grand accès qui eut lieu est celui de l’accession historique de la révolution, qui a fracturé, structurellement, l’humanisation ; en permettant que l’arc puisse rompre l’humain et se tenir comme fondement de la réalité et du réel.  Et ce fondement de par sa nature structurelle est non-épuisable (non pas inépuisable, qui relativise la durée par le temps alors que la non épuisabilité est la verticale) ; de cela évidemment que la « révolution » a lancé une Possibilité mille fois renouvelée (durant un bon siècle et pour des millions de sujets), mais que la révolution est la structure même, in-finie, de cette humanisation.

C’est donc sur le Bord que se décide ceci ou cela ; que l’on prend telle ou telle orientation ou désorientation ; il se peut, très fortement, qu’une désorientation soit une possibilité, serait-elle invraisemblable, le moi déborde de désorientations, de perturbations, puisqu’il est le système minimal, extrême, à la pointe du donné humain et centre de réalité il doit adjoindre les bizarreries et les possibilités ; dépressions et difficultés psy ou relationnelles, etc, forment les expériences même de cet arc, de chacun, engagé dans le vécu en général et en particulier en l’occurrence, là où quantité de possibilités se jouent ; le moi se tient du sujet et le sujet est le seul ayant accès au réel même, à « ce qu’il perçoit » en tous sens du terme ; il se juge quelque part quelque chose et dont on n’a pas idée, représentation, puisque ce jugement concerne l’ensemble de toute l’expérience et aboutit à soit l’auto destruction de l’arc de conscience, son déniement, son délitement interne, non pas de tel ou tel contenu mais de la structure même,  soit la continuation ; et bizarrement chacun est convoqué individuellement, et c’est seulement du comptage des décisions, pour ainsi dire, de la décision structurelle, que l’ensemble sera jugé, ou plus exactement se jugera lui-même.

Si tout est de telle sorte exposé, représenté, manifesté, chacun est face au spectacle du monde, et chacun en est à se décider, à s’orienter ou se désorienter, et à décider tout court, et ce jugement auto-porté, pour ainsi dire, est l’objectivité même ; ce qui se forme c’est la conscience de totu ce qui est « là », l’image globale, dont on doit se demander à chaque occurrence si elle emporte le miroir en lequel se produisent ces images, ou non (cad si elle retourne dans les images et se perd de vue, n’ayant plus le point de vue du miroir même mais égaré dans les images d’images, dans le labyrinthe intérieur, dans le fantasme). Or chacun sait, confusément parce qu’une telle vision instantanée de tout est presque hors de possibilité de chaque conscience (et donc de toute conscience, il n’existe pas une super conscience qui retiendrait pour elle-même le un par un de chaque arc, chaque conscience est ainsi fondamentalement seule à décider), sait confusément qu’il doit se décider, qu’il doit ouvrir quelque possibilité inaperçue. Tout moi sait confusément qu’il est cette possibilité inaperçue… qu’elle a déjà eu lieu, qu’elle se tient en réserve du moi déterminé, qu’il n’est un moi que dans la possibilité qui ne peut pas se transposer dans la réalité, et qu’il se situe, comme moi, à partir du réel, du réel de la structure qu’il existe.

Et cette image, ce jugement qui se forme, la convocation « divine » ou qui en prend l’air (le « jugement dernier » c’est nous qui le porteront) ne table pas seulement sur l’état du monde humain, mais juge de la valeur, de l’accord que l’on peut atteindre de ce qui est, de tout ce qui est, du fait même d’exister. Ce qui n’est pas rien, puisque c’est quand même l’une des questions centrales de Nietzsche ou c’est le sens que l’on peut attendre de l’Etre, par delà les étants (et les mois et l’humain pour Heidegger, qui renie déjà tout une part du donné là, ce qui est absurde et non sans conséquences, fasciné qu’il est par la découverte que le réel est hors de la réalité).

Accepte-t-on d’exister ? Il faut comprendre que l’arc de conscience sort de la cervelle vers le donné et le donné en tant que « là » (cad vers la réalité et le réel, comme position), mais que l’on ne tient pas dans l’arc, l’arc n’a pas de représentation et pas de monde du tout ; que donc on est tiré par la cervelle qui, elle, ne cesse de rêver son rêve éternel, hors réel, qu’elle peut bien s’habiller de toutes les déterminons du monde, du vécu, du corps, puisque sans le Réel pour positionner la réalité comme étant « là », la réalité se réduit à « des déterminations » ; la cervelle nous tire vers le dedans, et l’arc   nous tracte au dehors, dans le Grand Dehors.

Le repli dans l’intériorité de la cervelle, vers cette version de nous-mêmes dévoré de mémorisation, c’est ce qui impose physiquement, physiologiquement, le fantasme ; celui qui a remplacé la réalité par le fantasme de réalité, celui qui a aboli le réel et perd toute possibilité réelle et décroche et abîme la réalité même dans la représentation dévoratrice de la réalité, égarée par la position du réel en tant qu’abandonnée.

La dévoration de mémorisation est littéralement la même conscience mais issue et tenue par ses images intérieures. À cette intériorité il n’est pour s’opposer que la seule tension externe, et rien d’autre ; la psychanalyse a parfaitement raison de considérer que l’intériorité est effet du corps (Sartre introduit l’altérité comme première vis-à-vis du moi, le moi est un « objet », cad un horizon, dans l’horizon) ; l’horizon n’est pas une intériorité mais l’interne de cet externe, comme on a vu déjà (que le réel est tout entièrement externe et que dans cet externe il se plisse, et que les plis et re-plis aboutissent toujours au devant, dans le donné en tant que « là »). Retenu à rebours par la mémorisation (autrement dit l’être) et étiré par le devant ; autrement dit l’exister, le présent, la tension et l’attention structurelle.

On ne va pas conquérir une intériorité et notre être ne culmine pas en son essence éternelle, son identité absolue, ni du reste en l’identité avec soi de la pensée ou dans le Un qui serait substantiel (le Un de Plotin est vu, perçu, éprouvé, saisi et dont on est saisi au vif et s’existe comme ouverture absolue, c’est seulement si l’on considère le Un de Plotin de l’extérieur que l’on croit ou que l’on imagine qu’il est un Un substantiel ; le penser pour Hegel est un activisme absolu, mais du dehors il parait monolithique affirmation vide ; etc) ; notre être ne possède pas une limite, l’extrémité situé sur le Bord ; notre être est cette extrémité, elle-même attirée par le Bord (cad pour nous en tant que moi par le corps ; raison pour laquelle la plus grande expérience du moi est le Tomber amoureux, ou pour la politique la Révolution ou pour le créateur l’esthétique ou la poétique, etc ; mais pour le moi il est, parce que le moi est un centre formel, toute sorte d’extrémités ; le moi reçoit de plein fouet la divisibilité in-finie du Bord ; angoisse ou dépression ou obsession ou perversion, etc).   

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