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instants philosophie

Description du monde

30 Octobre 2011, 11:37am

Publié par zwardoz

Chacun est tout emprunté de soi ; il semble s’imposer que l’on est à moi-même sa propre tâche.

A l’inverse de cela, de cette destination, de cette destinée personnaliste, l’ensemble de l’humanisation se produit de l’universel. De l’Etat et du politique, de la culture industriellement produite, des objectivités économiques ou technologiques.

On remarquera que ces universalités, bien qu’en fondation universelle, sont ou risquent de s’aliéner dans une privatisation ; elles appartiennent à quelques groupes, quelques individualités. De même les fameux marchés varient au gré des irrationnelles prospectives de quelque classe, caste, et ce sans qu’aucune finalité clairement exprimée soit obtenue (sinon celle de la production pour la production, la fameuse croissance).

De même la totalité des productions est vraisemblablement à destination d’une utilisation, d’une satisfaction, de besoins ou de désirs dont on ne perçoit pas l’ombre d’une finalité cohérente sinon celle, celles des envies et nécessités contingentes dépourvues de sens, qui ne se rapportent à rien sinon la pure consommation immédiate et le contentement de « ce qui est là ». C’est le « ce qui est là », tel quel, lui-même simplement existant et sans aucune destination (le profit ou la profitabilité eudémoniste ; il faut profiter de la vie, s’en réjouir).

Depuis que le marxisme est décédé, il est devenu impossible d’affecter le moindre sens à la production du monde, du vécu et du donné. Rappelons que le marxisme avait pour ambition de proposer (ou imposer de droit puisque de pure rationalité…) un accomplissement total à l’espèce humaine ; la raison, ce qui veut dire en l’occurrence l’homme générique, l’homme universel à l’aune de quoi chacun était passé à la moulinette, définissait universellement toutes les finalités du monde humain. Mais au fond cela aboutissait à simplement, à nouveau, être-là, tel quel, sans autre fin.

Et de toute manière, ça ne marche pas. Aucune raison complète, intégrale n’achève, en aucun sens que ce soit, ce que l’on Peut. Pas plus marxiste qu’hégélienne, qui demeurent dans l'universel abstrait du générique.

Le libéralisme entreprend donc de manifester, de faire voir, de produire, d’inventer tout le pouvoir être possible. Ça part dans tous les sens et les libertés n’ayant d’elles-mêmes aucune mesure, usant de toutes espèces de révoltes, à géométrie invariable, dépècent le monde, le donné, les vécus et se dévorent les unes les autres.

Les dites libertés se perdent immensément dans le désordre des contingences plus ou moins intelligentes et idiotes du monde, (qui en regorgent), ou s’abîment dans le dédale de chaque absence de solution que tout « moi », tout moi-même est pour lui-même. Que les psychologies individuelles, vécues, partent dans l’invraisemblable, le dégoutant ou la stupidité et que tout cela n’a pas grand sens.

Entre donc l’universel qui sert de fondement, séparé, au fourmillement incompressible des libertés déjantées,

dans la privatisation des moyens (d’Etat, de technologie, ou de productions et consommations), ou relativement au capharnaüm bruyant ou souffreteux des vies individuelles,

et le surnuméraire, la prolifération, la multiplicité sans fond, abyssale des pouvoirs êtres dans le monde (individuels ou collectifs),

de tout cela il n’est rien qui se puisse mesurer.

La mesure est pourtant située antérieurement ; dans l’acquis surpuissant qu’est l’universel.

Ce qui se produit dans le monde, ce sont ces effets de l’universel, mais tirant du donné et du vécu leurs finalités, tandis que dans l’autre sens l’universel sert de fondation absolument puissante (parce que vraie cad réelle), mais l’ouverture ainsi créée ne se maitrise pas elle-même. Aussi toutes les finalités immédiates se précipitent et viennent combler faussement l’ouverture du gouffre.

Il n’est donc rien d’autre qui existe réellement que l’ouverture en quoi consiste l’universel ; et ce qui se réalise à partir de cette ouverture ne trouvera pas d’aboutissements dans le monde.

L’universel n’est pas seulement une idée, ou une série d’idées, c’est la structure qui s’est imposée au milieu des humanités diverses,  et qui a rendu possible le déploiement immédiat d’une humanité de base, (qui n’est plus sertie dans une Parole, qu’elle soit partagée dans un groupe, une tribu, ou communauté plus vaste imaginée dans un ordre symbolique) ; une humanité de base livrée aux immédiatetés, mais aussi une humanité réelle, (ni de Parole ni symbolique), et spécifiquement une humanité d’individués distincts, n’ayant aucun autre recours qu’eux seuls.

Autant dire que l’universel s’incarne comme sujets ; la version abstraite (ayant pour fin le discours total et un) s’émiettant en unités dispersées (qui en tant que libres n’ont plus vraiment idée du discours, mais en préservent la structure de fait ; en tant que libre est son essence qui est son être).

L’émiettement de l’universel dans toutes les unités libres épuise tout ce qui existe au monde (par exemple les échanges sont dépourvus de sens ou de parole, ne sont plus encerclés et mesurés par une transmission significative), de même l’émiettement épuise chacun dans sa tentative de donner sens à ce qu’il est (puisque chaque liberté est immédiatement en prise directe avec le donné, le vécu, par exemple avec le corps).

Or l’universel a interrompu toute signification dans le monde (en tant que cette signification se désirait spontanément dans la fusion du monde, la synthèse immédiate, dont chacun est évidemment la tentative spontanée), en s’introduisant soi comme l’unique dimension valide.

Ce qui en-plus signifie que chacun est, existe en cette dimension. 

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