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instants philosophie

L'autre trame ; la non psychologie

2 Mai 2010, 13:15pm

Publié par zwardoz

Qu’il puisse exister une dimension spécifiquement intentionnelle, parait supposer qu’il existerait une identité de soi, intentionnelle, comme un double Moi-même, dont on ne voit pas bien ce qu’il ajouterait au premier, habituel. Mais en réalité si il existe une telle dimension, elle ne joue pas d’une identité ; elle jouit au contraire d’une liberté constante, précise selon son activité propre, et qui se lance sur un tout autre territoire que celui de la personnalité comme archipel identitaire, solidité de contenus, finalités en des objets corrélatifs à l’intention que l’on en a (cad désirés ou désireux), etc.

L’intentionnel est donc les points de vue qui entourent les contenus ; l’intentionnel est mouvant et reporte sans cesse tel contenu que l’on croit clairement vouloir ou désirer, le reporte dans la série de points de vue, dans les flux élaborés qui constituent cet objet et finalité de l’action, du désir, de la décision. Tout objet est constitué de flux, et tout objet est en vue et pris dans des flux conséquents ; malgré que tout objet se donne comme stable et comme étant effectivement « ce qui est désiré ».

Ce qui trouble la réalisation d’identité dont nous sommes fondés pour nous-mêmes, consiste en ce que ces identités soudainement ou patiemment, se révèlent à elles-mêmes comme toutes relatives et comme de simples prétextes à être. Que, en somme, notre être n’est pas cet objet, n’est pas ce désir, n’est pas cette personnalité qui désire ou décide selon son identité, mais que tout cela qui constitue nos vies, est effets seconds de causes ou d’une cause sans commune mesure.

L’angoisse, l’ennui, la dépression, la passion, le flottement généralisé des choses et des êtres, l’indifférence, l’obsession, les désordres caractériels manifestent un surplus d’intentionnalité que les objets habituels ne canalisent pas ou plus. Mais aussi les conversions, les aspirations à la révélation, les soifs absolues, les rages ou les ampleurs esthétiques indiquent que l’intentionnel prend le pas sur les régulations habituelles ; sur ce qui est stabilisé dans les contenus ; cet objet comme finalité de mon intention est excédé dans un flux bien plus exigeant. Ceci ou cela ne satisfait plus.

Or toute notre « psychologie vécue» est fondée, elle, sur la satisfaction programmée dans des objets solides. Elle ne supporte pas le flux de l’intentionnalité en tant que celle-ci dessine un autre être que celui bien installé dans le monde (et reconnu et supporté par les valeurs communes).

De même, si l’intentionnalité se stabilise dans tel objet, elle passe dans l’ignorance de son élaboration propre ; elle se fixe en l’objet, mais cesse du même coup d’interroger ses cristallisations innombrables. L’intention est non-fixée, mais cependant toujours très précise ; ce qu’elle détient, telle finalité, contrairement à la psychologie vécue, elle le reporte en d’autres intentions et selon d’autres lectures et d’autres intentionnalités désirantes ou volontaires ; elle aime la trame dessinée et non pas seulement les objets pris dans la trame, toile qu’elle tisse ; c’est le tissage qui l’anime, et non les choses ou les objets ou les contenus du monde et du vécu.

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