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instants philosophie

Structures dans la perception

27 Novembre 2021, 10:05am

Publié par pascal doyelle

Histoire du Mouvement. Angle de pénétration de la philosophie dans le réel.

La philosophie n’expose pas des idées, mais une structure ; celle qui précède les idées, les images, les sociétés humaines, les mondes divers et variés, les esthétiques, etc. Notre être n’est pas une « idée » ; comme cela se pourrait-il ? À moins d’accorder un être à la « pensée », ce qui fut l’hypothèse métaphysique ; mais une structure dite intentionnelle, phénoménologique, laquelle agit et réagit constamment non pas selon la variabilité des contenus (auquel cas nous serions des poulets sans tête, à tous les vents), mais selon la consistance de cette structure. La structure « conscience », ce champ intentionnel, existe en soi et cet en-soi est un rapport (qui rend possible d’admettre tous les rapports de perception du vivant qui lui viennent, et de créer tous les autres relatifs à sa capacité propre).

À noter qu’il paraîtrait sans intérêt de supposer un « être » sans pensée ni conscience ; pour la raison que l’on n’y retrouverait aucun rapport au sens de « rapport qui sait ou qui se sait ». Du reste un rapport qui sait sans se savoir lui-même est tout aussi inconséquent. Le savoir ne s’effectue que dans le rapport à un horizon, en ceci que l’on prend la forme de l’horizon ; on ne tient un rapport que dans un rapport plus grand ; et ce à l’infini, d’où la nécessité de prendre fait de cet horizon ou de cet infini, et de ceci l’importance de préciser, constamment, cet horizon sur lequel on pose tout le reste (dieu, l’être et ‘l’universel, le christique et le sujet, le sujet et la révolution, de liberté-égalité, le réel et le je ; en quoi on a toujours instantanément situé les horizons structurels, puisque c’est à partir d’eux, de leur luminescence que leurs effets sont installés dans le monde, le groupe, le vécu ou le moi-même).

Aussi dieu, la pensée, le sujet ou le réel forment les angles d’approximation de l’incrustation de cette structure de conscience dans ce « lieu » qu’est le réel. Ceci dit sans prendre position sur l’existence ou l’inexistence de dieu, de l’universel, du sujet, et du réel comme dimensionnel. C’est tout à fait sérieusement que l’on admet le divin, la vérité, la liberté ; il n’y a aucune raison que l’on se soit trompé (on a conclu à l’illusion ou à l’erreur que d’un point de vue tout à fait récent et particulier ; la réalisation mondaine de l’humanisation, en quoi le moi est dès lors dans l’incapacité de vraiment comprendre quelque stratégie que ce soit ; il ne voit que ses bouts de pieds).

Il est clair que par « phénoménologie » on n’entend plus du tout que cette conscience-de serait relative à ses, des contenus ; Sartre nous a bien montré que « structure de conscience » se comprend comme une unité (ouverte absolument, cad formellement). Elle agit, comme structure, dans le regard, le relationnel, le corps, les images ou imaginations, les idées ou l’historicité, etc, bref partout. Puisqu’elle est à l’origine, à la source.

Il faut donc se sortir de la tête que ce qui s’agite ce serait des « idées » ou des systèmes, mais bien plutôt des positions (sur la surface du réel). Et que idées ou divin ou je ou vérité ou liberté sont des moyens d’accéder à. D’accéder à la plus grande capacité possible d’accéder au réel sans doute mais aussi d’actualiser constamment cette capacité et d’y agir.

Notons bien ; agir sur le réel ça n’est pas seulement agir sur la réalité (aménager le monde ou sa vie vécue). Mais agir sur, dans, par ou pour la structure du réel ; tel qu’il nous est atteint, à tout le moins, à voir si il ne faut pas entendre ; modifier la nature même du réel, ce qui n’est pas illuminé, dans la mesure où toute religion, tout absolu, tout engagement se comprennent eux-mêmes comme transformation de ce qui est dans sa possibilité même ; rappelons que le dieu unique, ou christique, ou l’esprit hégélien ou l’historicité d’une révolution, tout autant libérale qu’insistante, considérant que la révolution n’est pas encore achevée, sont saisis par cette capacité de continuer la création, d’inventer la vie ou d’augmenter l’humanité ‘essentiellement’ dans son essence même ; ce qui soit dit en passant a déjà eu lieu en partie. Modifier le réel n’est donc pas du tout une vue de l’esprit, mais notre agissement même.

Et évidemment on peut encore supposer plus avant que c’est ontologiquement, dans sa structure de réel, qu’il est question d’agir. Ce qui tout aussi bien s’est déjà décidé ; lorsque Descartes ajoute que le je se présente lui-même dans son propre champ (et que Pascal remarque qu’il existe un « moi », un sujet, à la lecture de Descartes précisément) la structure de conscience commence de se dé-placer et de déplacer le réel, le centre du réel (qui n’est plus tenu par l’idée de dieu, théologique, de même que le monde comme étendue n’est plus le monde aristotélicien, ou que dès lors chacun devient à lui-même un simili-centre, inaugurant le droit de la révolution).

Remarque ; Descartes ne crée pas le dit sujet, il le remarque et l’expose et donc accélère cette structure qui déjà pointait d’entre mille et un autres je.

Si l’homme n’était qu’une essence, elle ne serait pas modifiable ; mais étant une structure, cad un rapport, celui-ci peut lui-même se transformer, transformer le rapport qu’il est. Et bien sur en s’ajoutant de nouveaux rapports jusqu’alors non perçus (on n’avait aucune idée, représentation de dieu, de l’être ou de la vérité, de la liberté ou du sujet, de la révolution ou du moi-même avant leur propulsion dans la perception).

Et donc Moïse ou Platon ou Descartes ont décrit ce qu’ils voyaient, non pas les miracles, l’idéalisme ou le supposé sujet mais l’activité telle qu’elle se présentait, l’activité de cette structure étrange qui sait qu’elle existe et qui se fait voir à elle-même (non par magie mais parce qu’elle est un rapport et qu’elle perçoit évidemment ce rapport). Et ils notent scrupuleusement, puisque cela se déroule en tant qu’eux-mêmes, et dotés de cette capacité spéciale d’une, apparemment, sur-perception, de perception en instance de se voir elle-même et d’intégrer dans son activité cette même opération (ou donc ; avoir conscience-de).

On ne sait évidemment pas si Moïse a été appelé par dieu, ou Platon les idées, on constate cependant qu’effectivement la structure de cette perception là est étrange. Elle signifie que dans l’actualité quelque chose, quelque « réel » arrive qui « se voit ». Ou donc ; savoir que l’on perçoit augmente la perception. Ce qui se comprend aisément quant au monde, mais alors il faut appliquer pareillement lorsque l’on (se) perçoit ou perçoit quelque réel, tel le fait du monde, le fait « qu’il y a un monde ».

Que l’on ait voulu écrire le sismique, les variations de cette sur-perception, est-ce étonnant en soi ?

Qu’est-ce que l’on a tiré de cet enregistrement des variations de la perception et qu’est-ce qui est en jeu réellement d’une telle distanciation ; la perception n’est pas pour l’être humain, simple ; elle est complexe, et précisons-nous, elle est articulée et que penser de cette articulation ?

Que donc ce que l’on perçoit, ce que l’on voit est déjà toujours pour nous distancié et autre ; quel est le fond de cet altérité ? C’est ce que l’on a voulu désigner, définir, délimiter par dieu, la pensée, le sujet ou le réel.

Ce disant on n’exclut pas du tout que dieu nous ait appelés, que l’universel existe en lui-même, que le sujet soit un autre, que le réel s’impose non seulement comme fonctionnel (déroulant les réalités, les choses et les êtres) mais dimensionnel (beaucoup plus étendu que cette réalité, cet univers ou ce que l’on voudra). Tout cela revient à chacun.

Mais on suppose que moïse, Platon ou Descartes ou Lacan ont effectivement enregistré des déplacements de position à la surface du réel ; qu’en somme nous les croyons en et par ce qu’ils disent, ce qu’ils signifient (puisque n’étant pas plus stupides que nous, c’est le moins!).

On découvre l’intention (dieu) ou le réel (l’être). On tente de saisir ce que c’est que dieu ou l’être, on a du mal. On se surprend sur la piste d’une articulation très étrange et qui n’est pas ailleurs qu’ici même, d’abord sous la forme du je (Descartes) puis en tentant de définir le « lieu » en lequel il existe un je. Le donné des sciences, le monde de Marx ou la durée de Bergson ou l’en-soi de Sartre ou l’Être de Heidegger ou la Volonté de Nietzsche, etc.

Il apparaît que plus ou moins le je, le sujet s’est exploré dans tous les sens, autant que l’on sache ; mais on suppose ici que, puisque la conscience est en elle-même une structure, qui ne dépend pas de ses contenus, c’est réellement et effectivement que les explorations, du je, de l’arc de consciences, sont menées dans toutes les possibilités accessibles et recherchant les inaccessibles, que l’on attire à soi, que l’on veut exposer, manifester afin de les intégrer dans le champ de perception.

D’une manière générale le champ de perception est, de la sorte, explosé dans tous les sens, toutes les significations, toutes les expérimentations (de l’esthétique à la pensée, en passant par les sciences ou l’idéel, le politique ou la personnalisation, chacun étant cette tentative de résolution de l’équation au long d’une vie transmuée en existence).

Positions

Le je remplace l’être, et depuis quelques temps quand même …

L’être est un concept que l’on conçoit, certes, mais dont on imagine la consistance. On croit posséder l’être, comme une idée. Mais cette métaphysique est une imagination, on lui prête une puissance,

et cette puissance on la retrouve dans non plus une métaphysique (telle antérieurement à Descartes) mais une ontologie (à partir de Descartes) ; la raison en est que par Descartes la puissance s’installe dans le réel, ici même, et ce sous la forme, la formulation du je ; le je, au contraire de l’être, est sinon compréhensible du moins saisissable (on en est la volonté, qui prendra plus tard la désignation d’intentionnalité, agrandissant sa capacité ; volonté-conscient, intentionnalité-conscience).

La différence réside donc dans l’opérativité ; l’opération « être » a permis de déployer la pensée, sous la logique du un en tant qu’objet monolithique mais surtout admis en lui-même comme universel ; l’opérativité est cette universalité ; l’être, le bien, la pensée de la pensée, le un ; se conduisent comme des principes organisateurs.

On ne peut pas y contredire, puisque tout dépend de l’a priori qui amène à ces cohérences, mais c’est sous une autre forme que le problème se pose.

L’unité remplace l’unicité

Au spectacle du monde donné là, dans la perception et de toutes les constatations que l’on puisse faire, la réalité semble bien plutôt livrée au devenir et à la multiplicité. L’unicité de l’être rend impossible de concevoir, de comprendre le donné, aussi les sciences viennent se substituer à la philosophie, sciences qui tirent des réalités les universalisations (à commencer par le nombre, qui est déjà indéfiniment multiple).

De même que la réalité est constituée du devenir et de la multiplicité, aucun contenu de conscience n’est égal à la conscience elle-même.

La prolifération des réalités (découvertes par les sciences par ex) ou évidemment la soudaine capacité de l’humanisation à décupler ses possibilités (la révolution est à la fois le sceau de ce qui précède et qui éclate les traditions et l’introduction à l’historicité nouvelle, chacun rendu à lui-même peut conduire sa vie ou développer ses projets) ne sont plus unifiables dans une seule unité, mais chacun des parcours récupère son unité propre.

La révolution n’est pas le triomphe de la rationalité (elle s’en sert juste pour abroger la religion et la tradition), mais celui de cette cohérence interne qu’est l’activité libre de chacun (chacun étant plus ou moins poussé à agir « raisonnablement », au sens conservatoire, mais ne s’animant que pour la liberté. On en a vu la raison ; si l’universel est, tient en et par le rapport, il faut que celui-ci soit saisi de lui-même, saisi au sens de surpris, sidéré, de même que Pascal le fut des espaces infinis ou Sartre du « ça existe », en ce que « le réel existe ». cette altérité absolue, cad formelle, lance à chaque fois que l’arc de conscience soit en forme de rapport. Dont l’autre partie, l’autre Bout manque.

L’unité est dès lors tout à fait spécifique ; il y a unité selon chaque rapport.

Pour faire court, on a mis en place, historiquement, un plus grand rapport que la pensée. La pensée, grecque, a été reprise dans un dispositif plus grand, le christique, qui a inauguré cette idée, organisée, et de plus en plus organisée, du sujet, ce qui veut dire de l’intentionnalité,

- que l’on considère le christique comme effet (d’une structure réelle) ou comme cause (révélée) d’une gigantesque vague d’historicité, ou les deux -

du sujet donc, ce qui veut dire de l’intentionnalité, phénoménologique. Ou qui sera à terme exposé le plus explicitement comme tel.

Et c’est ce dispositif qui s’est installé, partout, et en particulier, pour chacun en tant que « moi-même » (cad dans le recentrement de l’intentionnel en et par un corps, un corps qui vit une vie vécue, et n’est plus seulement le sujet abstrait ou structurel ; autrement dit le moi est le sujet mais le sujet en tant qu’il concrétise, produit en quantité de réalités, de réalisations, de projets comme on disait au début du 20éme, ses intentionnalités).

Le dispositif ‘sujet’ n’est pas un objet mais un processus organisationnel qui, se tenant à la racine, aboutit à toutes les réalisations possibles ; ce qu’il veut organiser c’est le faisceau intentionnel, lequel est la plus grande universalité que l’on sache, ou que l’on connaisse (tout relativement, puisque c’est vraisemblablement la source du réel ou ce que l’on atteint, expérimente au plus de la source, éventuelle, du réel). La « raison » est un mot, il n’existe que des systèmes, tel ou tel précisément, mais la-raison n’est nulle part ; par contre il existe que chacun soit absolument le sujet qu’il existe.

Donc on a saisi que le réel est un déroulement et ce déroulement est une structure (hors de tout contenu) et on veut comprendre le mécanisme qui déroule tout le reste.

« Tout le reste » cela indique quant à l’humain à tout le moins, ou plus exactement à ce qu’il nous est possible ; soit donc non pas tant l’humain, que des champs de perceptions.

Tout le reste « quant à l’humain », mais que nous étendons, par prise de risque (dont on ne garantit rien du tout, à chacun de se faire son opinion), que nous étendons donc ce processus de déroulement de la réalité, et donc d’actualisation, à tout ce qui est (dans la limite de notre expérience évidemment) , à tout ce qui est en tant que le présent nomme la structure réelle qui déroule toute la réalité.

Et nous renommons ce présent en tant qu’exister.

On passe donc (depuis le sortir de tout monde particulier, holistique, cyclique, sacré-profane, groupe humain déterminé qui confortait sa propre véridicité, système parole-échange-langage, etc) de l’être à l’exister dans la mesure où notre réflexion commence (depuis dieu qui sépare le divin du monde que le sacré intégrait à perception) d’approcher la structure, de plus en plus nue, qui produit, crée le monde, le donné, la perception, et donc les champs qui avancent dans ce donné-monde.

Ou du point de la raison ; il n’y a pas de système unique mais il existe un système des sujets, celui qui a commencé d’exister par la révolution, dont personne ne comprenait la possibilité, mais qui fut, néanmoins, décidé. Historiquement.

Ou donc ; une « raison » qui ne comprendrait pas la liberté du sujet ne serait pas réelle, et donc pas la raison. Le marxisme par ex est un exemple de pensée universalisante qui se permet de remplacer les sujets, individuels (et cela vaut pour toute idéologie ou pseudo-scientisme, chaque science étant limitée par et en son objet).

Mais si on doit admettre la liberté du sujet alors il n’existe à proprement parler que la liberté, non au sens où rien d’autre n’est, mais en ceci que quelles que soient les conditions (et elles peuvent être innombrables, comme causalités ou comme systèmes, le langage par ex), quelles que soient les conditions, la liberté est conclusive ; elle vient en plus et d’ailleurs (que des parties, des déterminations du monde ou de la vie vécue).

Ceci puisque l’arc de liberté se constitue là où s’arrête le monde, et la vie vécue, sur le Bord de l’actualisation de tout : le présent.

L’actualisation fonctionne donc comme possibilité.

Ayant abandonné toute version du monde en tant que particulière, chacun de ces mondes s’enroulait sur lui-même en créant son milieu, milieu qui n’était pas « le monde », mais une des versions spéciales ; les grecs montrent, eux, le monde donné « là », et qui est dénommé « l’être », le-monde, réel et universel, en dessous des mondes particuliers et découverte redoublée par « que chacun soit à lui-même sa vie propre et son corps tel quel » ; christique donc ; et cette double immense avancée dans et par la structure aboutit à dérouler tout, tout déposer, comme une vague antérieure, toutes les sociétés humaines et toutes les personnalisations qui eurent lieu.

On présuppose donc que la réalité, les réalités, se déploient au-dedans d’une forme, le réel. Le réel est désigné (ça n’est pas une abstraction) en tant que présent. Soit donc l’exister.

Se tient donc de la co-ïncidence de l’acte de conscience et de l’acte ou l’actualité du présent ; et donc la désignation d’un « lieu », neutre et formel, le donné « là », le « là » en tant que donné et sur lequel se branche incessamment l’activité intentionnelle ; non pas que l’on puisse s’en étonner (si l’intentionnalité ne venait pas dans et du présent où serait-elle?) mais s’en étonner au travers de cette notion d’actualisation. Le réel est une machine actualisante.

On a vu que pour qu’il y ait réalité (s), il faut que chacune (chaque réalité) se structure elle-même ; les réalités ne sont pas « prévues » par un ordre. Ce serait même contraire à leur être ; pour qu’n tel être ait lieu, une abeille par ex, elle s’établit par et dans les relations, interactions qui la constituent ; « abeille » veut dire ces relations qu’« abeille » existe. Ce qui se traduit pour cet être qui n’est pas un être, mais un mouvement, qu’aucune conscience ne s’acquiert sans s’exister, sans se rapporter à soi-même, ce que l’on a nommé liberté ; ce que précisément ce vivant qu’est ce corps, ne comprend pas du tout.

Le vivant est le centre de son monde (son milieu), et ne connaît pas l’horizon puisque pour connaître l’horizon il faut se percevoir soi à partir de l’horizon. Ce que l’on nomme « conscience » est que l’on a pris l’habitude de confondre avec la « connaissance » est inversement le se-savoir ; qui ne contient aucune connaissance, sinon qu’il se dit « je ». et encore se dit-il « je » mais il n’est pas le « je » (ce signifiant) qu’il sait être ; « je » se tient dans la vue du je réel qui lui n’apparaît jamais au-devant (il ne peut pas se présenter dans la présentation et encore moins dans la représentation, la connaissance) ; il est ce à partir de quoi ou de qui « il est désigné » quelque réalité ou quelque réel.

Aussi lorsque l’on prononce « l’être est », la conscience prend la forme de l’être, du « là », qui existe au dehors, extérieurement ; par ex « le silence des espaces infinis m’effraie » veut dire que soudainement (ça n’est l’être là des grecs comme monde mais) on se voit du dehors et du dehors « ça ne parle pas ». ce qui est terrifiant dans la mesure où toujours la conscience croit former un cercle, d’auto-référence et brusquement elle s’aperçoit que le donné là, tout autour, ne signifie pas, qu’il n’y a pas de centre, que donc le se-savoir formel ne peut faire lien.

L’étonnement grec se transforme en épouvante dans la mesure où, certes, nous pensons mais cette pensée n’a pas d’écho dans le monde « là ». Ce qui vient de Descartes qui aplanit le monde (ordonné du cosmos ou le monde créé et hiérarchisé par la théologie) en « étendue ».

ce faisant le divin n’a pas été évacué pour autant… Il a changé de nature, d’identification ; dieu ou le christianisme n’ont jamais signé une magie du monde, mais son caractère de donné créé objectivement pour ainsi dire ; le divin ne porte pas à l’inclusion du sacré dans le monde ou la vie, mais il s’agit et il s’agissait déjà depuis le début de resserrer l’attention à ce qui est effectivement un mystère de structure et non une magie du monde ou une énigme de la raison.

Le christianisme a embraqué avec lui la pensée grecque, mais le christique ne résout pas du tout le réel de ce qui est, en tant que pensée ; bien plutôt en terme d’intention ; intention de dieu ou intention de chacun (lorsque le christique révèle que chacun est unique et unicité et donc se tient d’un rapport neuf et renouvelé, le renouvellement de ce qui jusqu’alors venait de l’ancienne forme de l’Alliance, juive, et si dieu signalait son impérieuse et terrible volonté, son Intention, celle-ci s’adoucit par le christique et vient soutenir notre faiblesse intentionnelle).

Cette intention qui vient au jour, est bien plus ample que la pensée, qu’elle contient évidemment en son sein, entre autres, entre autres possibilités de signifier (quantité de domaines de possibilités, de l’esthétique aux politiques se produiront une fois que chacun devient la finalité et le moyen de son activité individuelle). L’intention que met au jour, révèle ou découvre ou crée le christique est en elle-même bien plus forte et cohérente, par ex, que la seule raison. C’est ainsi toute une civilisation qui se génère à partir de la mise en place du sujet, du je. Sous le regard du christique (égalité de tous), et sous l’affirmation du un cartésien ; le je tout seul, la liberté qui, donc, en tant que liberté ne peut que s’auto-acquérir pour ainsi dire ; s’affirmer soi, tout en prenant garde de bien considérer que son ‘être’ est relatif, puisque cet ‘être’ est un rapport qui dépend donc de dieu, ou de l’infini, ce qui veut dire qui considère et admet que ce rapport est conçu ou signifié en tant que, précisément, un rapport, ce qui veut dire que l’autre bout (du rapport) manque toujours au dit rapport ; un rapport ne tient (dans la réalité, le réel ou même la vie) que s’il sait n’être qu’une moitié.

De même que dieu, la vérité ou la liberté insistent en et par la possibilité du divin, de l’universel ou de la possibilité (en quoi chaque sujet affirme tous les sujets).

Ou qu’il ne peut pas se clore. Ce qui impliquerait que cette clôture se referme sur un être déterminé de lui-même, cessant de fait d’être un rapport. C’est donc toujours une illusion ou un faire valoir ou faire semblant que de se concevoir tel ou tel. Et ce ne seront pas les efforts des idéalistes allemands qui tentent de représenter l’absolu, de l’affirmation de ‘soi’, qui nous pousseront à se démettre de cette indétermination absolue, cad formelle, de notre être, qui n’est pas un être.

Penser cette indétermination c’est évidemment plier la logique de l’objet, de l’objectivité ; c’est en cela que l’on présente le christique comme inaugurant une cohérence bien plus grand que la « pensée » et qui ne se résoudra certes pas dans le cadre de la métaphysique ; delà que pour nous, ici, Descartes installe l’ontologie, ici et maintenant en tant que cet ici même est une articulation. Et non un là inerte et amorphe. Ou donc par Descartes ça n’est pas que la pensée se révèle « sujet » (Hegel) mais qu’il existe un je qui fait son entrée dans la représentation et un je qui doit être pensé en tant que je, et non en tant qu’être.

Donc le je n’a pas pour caractère essentiel de penser, mais de signifier. Le je ne ressemble pas à un objet parce qu’il est un rapport, qui indique on-ne-sait-quoi. Et qui même lorsqu’il se désigne lui-même, ne porte vers rien, puisqu’il introduit alors au je tel qu’il existe ; Descartes renvoie à chaque un.

Il faut entendre « signifier » comme beaucoup plus étendu et beaucoup plus cohérent en vérité et réalité et en réel, que « pensée ». Dit autrement ; ce qui est dit, énoncé, représenté, créé esthétiquement, entreprise morale ou politique, manifeste une tentative d’architecture totale, et notamment de ceci qu’il y eut tentative d’unifier, chacun en lui-même, toute l’historicité, à la fois comme humanisation (depuis la révolution universelle) et personnalisation (prolongement et réflexion interne à l’humanisation, par quoi le désir supplante le besoin universel, communiste ou naturaliste).

Totale donc en ceci qu’il s’agit de mettre en forme, informer l’arc de conscience en toutes ses possibilités. Ce qui a abouti au monde humain individualisé totalement et exporté mondialement.

Le plus étrange étant que les véritables inventions qui outrepassent et peuvent être tenues comme créations de structure (de consciences) échappent à tel ou un tel, ne sont pas affectées d’un nom mais s’imposent comme historiques. Dieu, le christique, la pensée (la vérité), la liberté ou la révolution, l’esthétique ou la poétique (ou le roman, etc), réclament quantité de sujets, de je, de consciences. La structure s’est inventée et donc créé des domaines.

Des domaines phénoménologiques, de perceptions diversifiées et organisées. Qui excèdent de très loin les capacités de la pensée, et engagent l’arc de conscience ou le je de chacun. Ces domaines n’existent pas en eux-mêmes mais sont constitués en et par et pour l’arc de chacun ; chacun est capable d’atteindre les domaines ; le domaine est cela même qui expose la capacité de cohérence de chaque je. Les bibliothèques en somme, les bibles de tout arc de conscience qui exhibe de la sorte sa grande capacité tous azimuts. Soit donc non seulement d’organiser toutes perceptions, mais de créer les champs de perceptions. C’est tout entièrement que l’on étudie, ce qui signifie élabore, la perception.

La perception telle que donnée, naturellement, est relative à l’adn, l’adn plus quelques rencontres, par exemple de l’humain et du chat, du chien, du cheval.

Si tout arc est capable d’investir et d’inventer et de créer des telles bibliothèques et d’introduire à toutes organisations phénoménologiques, cela veut dire que l’activité intentionnelle de conscience ouvre les visions ; lesquelles s’ajoutent au donné. Et s’ajoutent en tant que produites dans et par l’actualité, par la décision de chaque sujet. Lequel ne se contente pas de penser extérieurement et objectivement sciences et institutions, mais s’engage tout entièrement et rend accessibles à eux-mêmes tous les sujets. Politique ou esthétiques, éthiques ou systèmes de pensée, psychanalyse ou mass et micro-médiatisations s’adressent, se constituent dans l’adresse vers les je. Plongés dans l’exigence de la possibilité. De la possibilité non pas selon le monde, autour du monde. Non pas dans la vie vécue mais dans le vécu (en question) de la vie ; dépassant donc le vivant par l’Existant.

L’existant est ce qui décuple le vivant, est l’opération intentionnelle qui prend dans son champ immense (et supposément infinie) tout le donné et tout le vivant. En tant, donc, que re-création.

De ce développement il doit ressortir que l’on est passé d’un réel plutôt fixé (dieu ou l’universelle pensée) à une compréhension, interne, du devenir et de la réalité donné là, en instance du sujet, du je, cartésien, transcendantal, hégélien, husserlien, nietzschéen, sartrien, lacanien, etc  ; en quoi devenir et réalités sont articulées et que cette articulation est l’envie de nos attentes.

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Le signifiant triomphant

20 Novembre 2021, 09:30am

Publié par pascal doyelle

On ne perçoit objectivement que dans la pensée ou la représentation. On nomme pensée l’ensemble des signes orchestrés par et pour une conscience. Qui se permet, en somme, de rediriger les ensembles dans sa perception, pour fin de validation, ou non. C’est seulement du dehors que l’on croit que la science montre la réalité réelle ; le scientifique sait bien que cette réalité n’apparaît qu’au travers de grilles savamment tendues, qui sélectionnent la réalité devenue non donnée, acquise. Ça ne signifie pas que le découvert est faux, au contraire, mais qu’il est limité ; à son objet même. Jamais un scientifique ne prétendra extrapoler ses résultats à « tout ce qui est ».

Or de même le je se donne une idée, une représentation, doué d’affects, de répercussions dans et selon son corps même, et il juge alors de sa vie vécue au fur et à mesure ; ça ne se passe pas forcément très bien. Et tout aussi bien il en ressent l’affect, le bilan s’effectuant au long du parcours. Il s’agit d’une computation, d’un calcul, d’une cause lancée et dotée d’effets s’additionnant ou se soustrayant.

Et y compris d’un calcul affectif, on ne jugera peut-être pas sa vie vécue (sauf d’un recours christique) mais on l’éprouvera (détestable ou attentive ou béatifique, ce que l’on pourra). Ceci fait effet et cause de résonance (puisque lors même que l’on vit on ressent cette preuve de notre existence, et on en juge psychiquement).

Toute chose est distinctement (selon son universalité ou selon sa particularité). Tout rapport crée non pas de l’universel seulement, mais de la singularité ; toute chose, tout être, tout point dans l’univers (ou la réalité en général) est unique. Il n’y a que cela, de l’unicité. L’unicité est la loi absolue de tout ce qui est (et l’universel est contenu dans ces singularités). L’unicité est la loi maximale de toute la réalité, l’unicité est la substance même de ce dont est faite la réalité. À point nommé un ensemble de rapports fait un, autrement dit crée un rapport unitaire. Que des rapports aboutissent à une unité, soit donc un rapport en lui-même, laisse présager le sens de la réalité Il n’est pas de défilé ininterrompu de rapports indistinctes (sauf au début et la fin, peut-être, qui atteignent, presque, l’indistinction et presque la naissance ou la disparition ; tout étant en stase).

De même que le possible est la catégorie formelle (et donc absolue), pareillement l’unicité est la substance même, une accumulation gigantissime de singuliers. Ainsi le réel est plus grand que lui-même, qu’il se destine (par logique interne de sa nature même) à cette infinité, puisque de toute manière on ne voit pas bien à quoi servirait un réel qui ne deviendrait pas (sinon à disparaître à jamais dans le quasi néant glacé), et que donc le réel est le travail titanesque de l’infini sur l’infini, et que « ce qui travaille » tout, est l’infinité même. Plus simplement le réel est l’infini parce que le fini, la réalité périt. L’ensemble des effets dont le mouvement est la cause.

Si le fini périt et qu’à terme on croit qu’il ne reste « rien du tout », aucun signe de ce qui fut, c’est plutôt bizarre. Pourquoi une quantité énorme, voire infinie, d’énergie se lancerait dans l’aventure (étant entendu qu’en ceci il est question de simplement « tout ce qui est »…) pour disparaître complètement de toute mémoire ? Plus l’univers (ou ce que l’on nomme tel) est grand ou infini, plus la question se pose. Et on a vu que le dit infini univers, son « infinité » justement est cela même, en tant que catégorie « infini », ce dont tout est fait ; tout est en soi selon la catégorie « infini » ; ça n’est pas l’infini (ou l’infinité sélective, la matière, dieu, la pensée, etc) qui est en cause mais ce qui se passe dans cet infini ou ces infinis ; ce que cela « devient » et dont on ne sait rien mais dont on connaît et même éprouve le mouvement (c’est cela qui nous est donné) ; on soupçonne ceci ou cela (que l’on désigne comme dieu, l’universel, le sujet, l’énergie, etc) mais on ne sait, techniquement, rien. La réalité est signifiée dans un mouvement et c’est le mouvement qui définit la réalité.

Et donc nous existons ce mouvement, ce rapport. Et on le sait tellement que nous l’avons nommé, pluriellement. Lors même que ce serait seulement une fonction (due à l’élaboration de notre cervelle qui, pour organiser l’information non plus sous l’adn ou la perception mais en tant que mémorisation augmentée et qui donc doit constamment actualiser et que cette actualisation se désignerait comme « conscience »)

lors même tout (ce qui apparaît) n’apparaît que signifié, par des signifiants ; dans l’actualité, l’actualisation. Mais qu’est-ce que c’est que l’actualisation? Qu’est-ce que ce « lieu », neutre, vide, qui n’appartient pas, qui contient les réalités, les choses ou les dangers ou les objets déterminés, et qui rend possible que le groupe de chasseur-cueilleurs rencontrent un ours au coin du bois ? D’où la supériorité du signifiant (sur les signifiés, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne comptent pas, mais que le signifiant est ou peut être conclusif, nier ou s’ajouter exemplairement) ; si le signifiant s’agrège soudainement, dans et par l’actualisation, soudaine justement, surprenante, dangereuse ou perturbante, etc, il désigne l’intervention, l’intervention d’un plus.

Dieu est un plus ou le cri d’alerte envers l’ours qui charge. Le signifiant permet de faire voir, ce qui ne se voyait pas juste auparavant. La puissance du signifiant ne tient pas en lui-même (il n’est qu’un signe, même en système, et précisément que ce soit un signifiant arbitraire le rend capable d’échapper ou détruit toute systématique). Il y a signifiant parce qu’il y a un je ou plus généralement un sujet ; ce qui veut dire une conscience. Une intentionnalité. Laquelle est un arc arc-bouté au réel, ou donc à l’horizon. L’horizon de son esprit, de la pensée, de la poésie ou de tout ce que l’on voudra, mais au final arc-bouté à l’horizon du monde, du monde réel donné « là ». et qui est non seulement inimitable (ce qui est déjà énorme et bien que toute société, groupe humain voudrait s’y substituer, ou du moi, de son image de soi) mais irrémédiablement « là ».

dit autrement ; toute pensée, idée de soi ou de l’homme, etc, aboutit à une certaine disposition réelle et effective dans le monde réel. De là que bien sur le moi va imaginer ceci ou cela de lui-même ; mais ça donne quoi dans la vie vécue ? Ce qu’il se représente est si souvent tourné en dérision par le regard du psy, et encore plus du psychanalyste. Or pourtant même si inconscient, on voit ce que l’on voit, même si ça n’est pas rendu conscient … mais on le voit, on le perçoit ; on ne se rend pas compte du lapsus, mais on l’énonce ; donc on l’a vu d’une certaine manière. Cela veut dire que la perception qui entre dans le champ de conscience est purement de l’ordre du vivant ; l’intentionnalité, l’intentionnalisation (qui est faite de signes) ne s’oppose pas du tout à la perception ; elle reprend toute perception, et donc on perçoit avant de « penser » ; la « pensée », la représentation, le conscient re/prend dans une énonciation intentionnelle les perceptions. De là qu’il faille depuis lors (cad depuis le début de notre espèce, quoi que l’on entende par là) d’abord « penser », réarranger les signes, si l’on veut percevoir autrement. On invente ou il nous est révélé dieu, l’universel, le sujet, la révolution, la poésie (sous-entendu subjective), le cinéma, et ce déploiement de signifiants (ou de moyens de produire des signes tout autant, tel langage, telle idéologie, etc) ouvre la possibilité de nouvelles perceptions.

Et au final ou plutôt initialement, le signifiant est un rapport. Le rapport intentionnel vers le monde, la vie vécue, le corps, la perception-même, le langage que l’on réordonne, parce que l’on a « vu » ou commencé de voir d’autres perceptions, ressenti d’autres affects et parce que d’une manière générale on saisit, vaguement peut-être, que le réel, la réalité sont plus grands que le connu, le déjà signifié.

Qu’il y ait un « lieu » neutre, vide, formel, indifférent au signifié, rendant possible des signifiants arbitraires et possédant la capacité de s’ordonner autrement en et par eux-mêmes, cela signifie se réorganiser dans la perception mais actualisée et sans cesse réactualisée d’un je.

Puisque l’on sait bien que les peuples et les mondes ‘particuliers’ (nommés tels pour la compréhension, ils étaient évidemment extrêmement complexes) veillés pointilleusement sur l’ordre des signifiants ; la communication (entre membres) et la transmission (entre générations) devant s’effectuer rigoureusement (sous peine de disparaître). Il fallait donc que le principe d’ordre (de l’humanité) passe par-dessus les contenus eux-mêmes et vienne à se situer et préciser dans la conscience-de chacun (indépendamment des contenus, qui dès lors pouvaient être transformés, presque, à loisir ; l’esthétique ou la poésie prenant par ex son essor, hors des rituels, etc, mais aussi évidemment la pensée (qui pense hors du groupe) ou la conscience de soi (christique, sous le regard du un tout-seul).

Le principe est alors intégré, mais doit recevoir son propre repérage (la raison, la conscience de soi, la révolution et le droit, etc, plus toutes les variations internes possibles ou relativement aux domaines qu’il ouvre, éthiques, politiques, poétiques et ainsi de suite). Dit autrement ; on s’aperçoit que l’on crée les contenus (de conscience) et qu’ils ne sont pas reçus spontanément ou selon le sacré ou l’absolu d’un monde ordonné. La capacité de créer des contenus s’effectue à partir des signifiants (et donc de langages, comme les maths, les sciences, les esthétiques tout autant) comme instruments d’une perception qui est, n’étant plus relative au seul groupe, communauté, langage, qui est donc individuée ; l’individu perçoit hors des signifiés. Non seulement les œuvres sont signées, mais justement « il y a des œuvres » et non des textes sacrés ou des codex hérités. Parce que toute œuvre (aussi bien politique qu’esthétique) comporte en elle-même, en tant que cause, ses effets. L’historicité est l’ensemble de ces effets. Et au fur et à mesure nous en jugeons ; on expérimente des faisceaux réunis en réseaux. Portés à la connaissance de tous et de chacun, ce qui se nomme ce qui s’est recherché historiquement la « démocratie », qui n’est pas un système politique mais tout un monde. Tout ce monde déployé comme humanisation d’abord puis comme personnalisation (qui donne raison de cette humanisation en ce que, cette fois, chacun est concerné ou en reçoit, éventuellement, les bienfaits). Donc les signifiants prolifèrent.

Et chacun y va de sa part. Non seulement les industriels (qui produisent effectivement, bien réellement quantité de signifiants « exprès ») ou les politiques, mais chacun et n’importe quel groupe interne s’y adonnent goulûment.

Évidemment si vous effacez le lien du sujet au signifiant, vous devenez, dans un discours autre, le signifiant d’un autre sujet … et rien que le signifiant, autre qui vous découpera en petits morceaux, le signifiant sans sujet autorisant tout. Il croit que ses distinctions sont toujours réelles. Il ne voit pas, ne comprend pas que certes des distinctions, mais par et pour des sujets (et donc sujets relevant d’une stratégie bien plus étendue que les tactiques localisées). De même par le signifiant on remplace les réalités (ou version rationnelle, il n’est de science que dans le cadre d’un dispositif signifiant, tout à fait légitime dans sa limitation à l’objet constitué, par tel cadre), et comme le signifiant s’inscrit tout immédiatement dans la conscience, elle n’y voit que du feu.

On ne désire pas seulement les choses (pour ce qu’elles apportent effectivement), mais les signifiants. Et ces « désirs » sont en toute rigueur des idéalismes. On a vu que le monde humain suite à son humanisation (universelle, technique, scientifique, mass médiatique, etc) ne devient pas matérialiste, mais matérialise ses intentions, ses images. Et personnalisation et puis mondialisation intensifie cette matérialisation (qui épuise le monde donné et naturel et évidemment psychiquement les mois sont éreintés).

Cette fascination ne tient qu’à ceci ; les signifiants, quels qu’ils soient, signifient le je. Le je recherche la forme de son être, qui n’est pas un être (et qu’il prend pour tel, comme déterminé comme ci ou comme ça, renouvelant constamment les contenus) mais une structure qui doit, elle-même, se signifier en son caractère absolument formel (seul ce qui est en tant que rapport est formel et donc absolu ; tout le reste est déterminé, cad non absolu, et disparaissant déjà). La structure du rapport est très-étrange.

Et tout signifiant appelle l’arc de conscience, il s’y engouffre, il y est déjà, il croit qu’il y existe avant lui-même, puisque le signifiant est un rapport et la conscience d’autrui, et celle de l’Autre et celle de dieu ou la vérité de la pensée, etc. Or pourtant ce qui revient ensuite, sur le Bord, sans rien, tout seul ce sera le je ; il restera seul existant. Parce que lui il est de cet ordre « là », ici même, sur le Bord de la réalité. Le reste passera.

Il arrive, souvent, que l’on prenne un morceau d’horizontalité pour une verticalité ; on appelle cela « désir », par ex. De désir il n’y en a pas, sinon sur les modes du fantasme, de l’imaginaire, du fétiche, de l’imaginaire, etc.

Rappelons la logique ; ça n’est pas qu’il faille nier les désirs, de toute sorte, mais de comprendre que ce ne sont pas les désirs qui meuvent. Ils ne meuvent pas. Parce que le désir, vécu, et le Désir, cette notion supposée, sont des constructions. Pas du tout spontanés. S’ils étaient spontanés, ils appartiendraient au monde, il y aurait correspondance entre nos désirs et les résultats. Mais ça n’existe pas. Nulle part. Lorsque ça existe c’est que c’est soutenu par une alliance plus forte (que le désir). Ou cela prend une dimension à ce point critique que l’on peut écrire un roman de 1200 pages (Don Quichotte par ex) sur la déception ou l’arbitraire de ces « désirs » ou leur fantasme répétitif (la pornographie). Ou la motion publicitaire qui entretient la pseudo-dynamique du désir renouvelé, selon les mille et unes couleurs du monde, du donné. Il n’est pas de poésie, de roman, d’œuvre qui ne soit infiniment critique autant que positive, qui ne soit complexe.

Lorsque la verticalité donc est perçue dans le monde, c’est que la puissance de la verticalité se prend pour une partie du monde.

La verticalité n’est pas du tout destinée au monde, ni donc à la vie vécue. Elle a, la verticalité, son élaboration propre. Et c’est elle qui tient le monde humain. Sans le statut de citoyen, ce que l’on nomme le moi, qui croit si fort en lui-même, s’effondre. Et le remplissage du cadre général universel de la société humaine et humanisée universellement par la société civile est une catastrophe. Une catastrophe mentale, individuelle et collective. Alors même que cette articulation rend possible que « la vie de chacun » puisse relever de la liberté et des décisions (Sartre et son je-conscience n’apparaissent pas au hasard, ni la psychanalyse ni Lacan, ni les années soixante).

Ce qui veut dire que chacun va mener sa barque pour son propre compte (ce qui est bien) sans aucune autre considération (ce qui est non seulement mal, ; tout aboutissant à un ‘nietzschéisme’ caricatural individualiste, mais surtout idiot). Dit autrement nous ne sommes plus capables de conduire une stratégie globale en plus des tactiques individuelles diverses et variées.

Et cela veut dire que l’on ne peut plus organiser des tissages intentionnels universels et singuliers, mais uniquement des broderies intentionnelles limités destinées en et selon le particulier. On ne pense plus, plus du tout ; on répugne même à penser ou croire, au lieu de manier des images/idées on se remplit d’idées\images, dont le contenu est non pas intellectuel et encore moins intellectif, mais imaginaire de perceptions (et les mass médias nous fournissent notre quota de pseudo-perceptions de substitution) d’une part et d’autre part imaginaire au sens de fantasmatique, de vie rêvée, d’illusion de soi, de contentement béat du corps (lui-même irréalisé et plaisir infini, cad jouissance irréelle et absolument destructrice, une telle jouissance n’existant pas dans le monde ni selon le corps, et n’existant même pas du tout). Et psychologiquement, psychiquement c’est absolument tragique ; c’est la mort, le caractère irréel de notre vie. Le corps fait poids, et l’économisme est au final l’idéologie du corps, fantasmé (puisque les animaux vivants n’ont pas d’idéologie). Et ce corps démultiplié par les signes on adore cela.

Parce que c’est d’une seule reprise que la vie paraît s’écouler comme désirs ; c’est qu’ils sont rêvés pour cela, à cette fin, faire comme si, afin que des désirs remplacent la jouissance, irréelle et impossible (qui colle à la division du vivant, soulevé par l’esprit et qui se rêve d’une béatitude jouissant selon le corps, ce que nul vivant naturel n’imagine).

Reprenons. Du fait de l’existence de la structure de conscience qui prend dans son faisceau toute réalité, toute perception, tout ressenti, le vivant soudainement surpris par cet ‘esprit’ qui énormise tout, tel un miroir déformant, ce vivant imagine donc son plaisir, sa jouissance visualisé, hallucinatoirement pour le dire ; il se prend dans l’image du miroir et ne peut plus s’en dépêtrer, sauf s’il se sépare de lui-même, se décentre, en quoi consiste la « castration », ou l’impossibilité de retour en enfance. Mais cette sur-image restera enkystée en lui, antérieurement à son moi (elle se crée du mélange de l’esprit et du corps, dans la division qu’impose le signifiant au corps vivant qui suscite l’image de jouissance, aussi bien perceptions hallucinée ou affect inconscient et non exprimable, qui imprime sa logique surpuissante, qui revient sans cesse du corps vivant lui-même).

Il s’agit d’une construction qui se rend capable au fur et à mesure (si elle ne reste pas prisonnière de la fusion ou jouissance) et si elle ne coince pas trop lourdement d’une névrose, d’un désordre relatif. Même alors la division et son reliquat (la jouissance inconsciente) se jouent du conscient. De sorte que toutes les images (même les plus « objectives ») sont telles des variations nées de la jouissance même qui ne s’efface jamais (elle est inscrite dans le corps même, physiologiquement, dépourvue de tout signe, mot, inexprimable, pulsion hallucinée).

La séparation, le décentrement c’est comprendre, et en fait non pas comprendre mais saisir que la distance règne ; on se téléporte dans le point-autre qui nous perçoit ; on n’est pas ce que l’on est, on est pris dans un autre point de vue ; sur cette distance on peut alors se permettre d’agrandir le décentrement (se rendre capable d’autrui, des mathématiques ou de la poésie ou du droit, s’assurer et d’assumer son positionnement, de citoyen, d’être moral, de réunion et de relations, etc). Sinon nous resterions égarés dans la suspension hallucinée.

L’autre sorte de résolution, le problème est que cela ne sera pas une résolution ... ce sera l’irrésolution de l’esprit. Il n’y a aucun autre moyen de « gérer » la satisfaction continuellement attendue que de se rendre compte de l’insatisfaction, l’insatisfaction radicale, que jamais on n’éprouvera la résolution de son existence, et que ceci est le signe d’un passage à autre chose que satisfaction ou insatisfaction.

Ce que, soit dit en passant, Nietzsche pouvait figurer comme « exercice de sa puissance », dont il attendait qu’il soit avant tout capable de la dureté du monde, de la vie. Ne s’arrêtant pas à toute la difficulté d’exister ; c’est pour cela qu’il y a, en Nietzsche, une sur-objectivité présupposée possible (Nietzsche dont la logique est celle de l’auto-affirmation de ‘soi’ sous l’auspice dérivé de la « puissance », comme capacité ontologique non subjective, extrapolation du je cartésien, du sujet).

Parvenir jusqu’au moi est pour chacun une opération tout à fait difficile et en équilibre ou déséquilibre irrémédiable ; manœuvrant aux alentours des gouffres (descriptibles selon la psychologie ou la psychanalyse ou la pensée lacanienne, tout cela différemment selon).

Et selon la version commune, celle construite au cours du 20éme, glissant de plus en plus dans l’irréel, l’individu atomisé collectivement et bientôt atomisé en lui-même, subjectivement (la représentation et les objets du monde humanisé réifiant, comme on disait, cette subjectivité en des attrappe-rêves divers et de plus en plus industriellement produits et détaillés et précis et ciblés ; nous en sommes dépouillés, véritables écorchés, vidés par toutes ces images tout à fait extérieures qui nous morcellent).

Or chacun est tout aussi bien noyé par ses illusions de signifiants qui promettent des signifiés, de solides et consistants et mangeables, dirait Dali, signifiés ; des objets (qui sont construits) ressentis comme des choses (données là) ; comme si donc l’objet en tant que chose produisait le désir, était intimement désirable ; ce qui est absurde. Rien dans le monde, mais également la vie vécue, ne correspond à l’arc de conscience, à l’intentionnel. Et donc une théorie, une vision du signifiant pur et brut est exigée. La chose, ou dit autrement le mélange imaginaire du pour-soi et de l’en-soi sartrien, le mélange hallucinatoirement incorporé, rêvé, sur-attendu dans le vie, lorsque l’on croit que l’on est, que l’on « sera », de la subsistante chose.

Or pourtant ça n’est pas la supposition d’une consistance du monde ou de la vie ou du corps (ou donc de la chose désirée, désirable) mais le rien qui anime le signifiant qui est appelé.

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Petits et grands rapports

13 Novembre 2021, 09:17am

Publié par pascal doyelle

Il ne s’agit pas de découvrir la réponse (à toutes les questions puisque touchant le réel même), mais de mieux formuler la question. De sorte que croire en dieu, la pensée et l’universel, le christique et le sujet, le sujet et la révolution, la révolution et le moi (cad la personnalisation qui suit l’humanisation universelle), et tout ce que l’on veut du même ordre (du même ordre élevé, on ne va pas croire à n’importe quoi), tout cela reste à chacun.

Mais dans tous les cas, il s’agit d’un questionnement ; d’un tissage intentionnel tel qu’il se présente dans l’actualité de l’existence, et non pas abstraitement, et ayant des-effets ; ce qui veut dire que toute reformulation porte. Et de fait sujet ou universel, dieu ou intention s’imposent comme concepts vides, ce qui veut dire formels (et donc impliquant quantité d’effets).

On a vu que le plus proche accès est le mouvement, ou plus généralement le rapport ; l’arc de conscience est le rapport à soi du rapport (est donc la désignation, le signe, l’arc génère le signe et tout paraît et s’approfondissent les distinctions, les langages par ex, philosophie, mathématique ou poésie, etc). De même le réel est l’articulation du présent pur et brut ; l’exister, son représentant sur terre pour ainsi dire, le présent génère la réalité, les réalités, les mondes ; tout ce qui fut, est, sera en passe par le présent, par l’actualisation (autre manière de dire que les réalités, les choses, les êtres et donc les consciences tiennent d’eux-mêmes ; les êtres doivent se réal-iser, se rendre réels à partir de leur activité qui s’élabore et s’élabore dans l’actualisation. Aussi toute réalité est construite par le temps, ou plus ontologiquement, le présent (la mise en jeu de leur être, à chaque fois).

L’articulation en tant que rapport est non seulement complexe mais radicale ; c’est à partir d’elle que tout le reste se déplie ; sa complexité, étant originelle, est infinie (ou : elle ne se joue pas, ne se décrit pas selon les catégories du monde, de l’humain ou du moi-même, mais selon l’articulation du réel brut).

On ne sait pas ce que signifie (implique) cette articulation. On en délimite peu à peu le contour. On suppose ou pose, comme on veut, que l’exister, cad le présent, l’actualité en tant qu’actualisation du Possible brut, est le réel lui-même ; on ignore jusqu’où va le présent, l’exister, cette stase, cette suspension dans l’actualisation. La forme (le réel des réalités) seule existe (tout le reste est, l’être est relatif à l’exister et l’exister est relatif à lui-même, étant formel, et ce bien effectivement ; relatif veut dire qu’il est la cause (qui cause tous les effets, les réalités) et en tant que tel se cause en lui-même ; là où l’espace et le temps cessent, ce qui veut dire dans le présent tel quel, considéré comme 5ème dimension, et seule réelle).

On considère que toutes les séquences suivantes sont acquises.

Lorsque les grecs instaurent la pensée, vient instantanément l’universel ; soit donc le principe de structure du développement de l’universalisation des intentionnalités (les idées, acquises individuellement, alors que les représentations et les mots et les choses désignées revenaient au groupe qui faisait fonction de véridicité, de critère de la vérité, de ce qui est, pour tous ; mais cet universel le je n’est pas posé et donc pas pensé, n’entrant donc dans aucune stratégie, intentionnelle, il faut attendre le christique), ce qui ne peut se concrétiser que par la cohérence (les systèmes d’idées), d’une part et selon la référence à un-seul-monde (et non plus à la pluralité des mondes humains et des représentations) d’autre part, référant à l’expérience de chacun tel qu’il existe hors de son groupe et de son humanisation spéciale.

Il n’existe pas de sujet antérieurement au christique, qui seul accorde absolument l’infinité à chacun en tant que chacun ; auparavant les individus savent bien qu’ils sont, évidemment, mais il n’est pas de place, de localisation, d’indication, dans la représentation, quant à leur être spécifique et singulier ; le philosophe acquiert son être de la pensée, c’est elle qui vaut ; par le christique chacun vaut en soi (inutile d’être Achille ou Léonidas).

Originellement l’affirmation d’un dieu unique permet de passer outre la bigarrure des dieux, dont les signes et les fonctions, ayant à se différencier, s’empruntaient du donné, de la perception ou de l’histoire particulière de chaque communauté ; parties du monde hypostasiés, nullement la pureté et simplicité de l’intention seule, qui à rebours peut être reprise par tous et chacun ; aucun mystère sinon celui de la décision. L’essentiel tient en l’unicité de son intention. Ce qui veut dire ; la capacité de signifier, et donc la capacité de signifier selon les règles justes (ou saintes, c’est la même chose) ; les règles, la Loi.

Le dieu un tout-autre se signale de ce qu’il est pure intention, enseignant donc que c’est dans et par ce rapport (et non un absolu qui existerait en et par soi) que tout ce qui est, existe. Dans la relation et ainsi la non encore perfection de dieu, ou si l’on préfère ; qu’il existe une encore plus grande perfection.

Le christique est la reformulation de l’intention ; il transforme la Loi (extérieure et devant nous éduquer) en Intention ; vous serait jugés selon votre intention et non selon la Loi ; la Loi nous prend toujours en faute, l’intention selon le pardon.

Ce faisant tout est lancé qui consiste à mettre en jeu cela même qui nous distingue de tout vivant ; que non seulement nous percevons l’horizon (et non pas vivons seulement dans un milieu, dont le corps du vivant est le centre) mais que fondamentalement nous nous percevons à partir de l’horizon et c’est bien pour cela que, pour nous, existe un horizon perçu ; c’est que nous y sommes déjà, nous sommes déjà au Bord, et pour le christique c’est justement à partir du Bord, de toute vie transformée, transmuée en Existence, que nous nous percevons.

Donc l’historicité est cela qui nous a conduit au Bout du réel, mais voici qu’il faut saisir ce que par « réel » on entend. Rappelons que le 20éme (cad le moment durant lequel l’humanisation s’est étendue et la personnalisation a commencé de poindre) découvre que le réel existe. C’est que le moi n’est plus protégé par aucune couverture et exposé directement au donné tel que « là », et dans l’incapacité et la nudité (comme le christ) il affronte directement ce réel qui l’empêche, à tout jamais, de se refermer selon un centre, de se lover dans sa pensée (sa représentation, son image, autrui, l’humanisation ou aussi bien un avenir rêvé) ; outre Sartre ou Camus ou Heidegger ; Céline, la perdition du moi humain jeté dans le monde et l’histoire (dont la guerre, en clôture, fut la destruction de tous les êtres).

La formulation de la question relève donc, ici, d’une expérimentation, continuée au long des siècles, et qui est cela même qui fut pensé, représenté, mais aussi esthétiquement manifesté (non pas un mais des quantités de points de Vue, de perceptions), éprouvé , littérairement créé, politiquement découvert. Bref toute cette richesse.

La formulation est cela qui est en cours, depuis 3000 ans (pour notre civilisation). Elle est éprouvée et on ne sait à partir de quelle limite ; mais tout au long des siècles puisqu’il ne s’agit pas d’une idée, mais d’une structure ; l’arc de conscience qui, délaissant les mondes humains, la forme de « monde humain », vient au bord de la scène nouvelle (ainsi les grecs désignent le monde même donné « là », dessous tous les mondes construits, et le christique ce corps vivant humain et individuel, qui existe en ce monde là, corps nu, sans rien, sans personne, abandonné).

On admet donc qu’il existe, qu’il se met au jour une structure formelle, qui va dorénavant rechercher son être, mais étant une structure, cad un rapport ou un mouvement, elle ne trouvera pas cet être. Elle doit pour avancer dans sa finalité dénuder encore plus sa structure. Le moi, en dernière instance, croit qu’il est…

Il ne veut pas savoir qu’il est un je (qui s’ajoute au moi et ne le remplace pas ; il faut qu’il y ait un moi pour que le je parvienne à se préciser encore plus avant, dans le mouvement, la structure du réel, de là que Lacan, le dernier, s’y approche, dénichant la coupure du réel dans le moi, ce qui veut dire la coupure que le moi voulut, en vain, suturer, coudre, avec un morceau de monde, ou plus exactement un morceau de monde, ou de lui-même, mais qui pour lui ferait chair, ce qui est impossible ; la chair d’un je (et non d’un moi) est l’autre-corps, celui-là même promis par le christ, par ex). Le moi fait donc Semblant.

Semblant d’y croire, que son objet lui garantira d’être. Alors que ça n’est pas du tout de cela dont il est question dans l’existence, dans la vie sans doute mais la vie est imaginée (et donc effroyablement déceptive ou folle ou résignée, mais en bref cousue dans un non-possible, qui n’est pas un impossible).

Le principe général est donc que la structure (délestée de tout monde et de toute représentation) tombe nez à nez avec le monde donné là d’une part et le corps individuel vivant d’autre part, mais surtout qu’elle-même comme conscience-de apparaît sur la scène, dans son propre champ.

Et donc l’essentiel du réel, en tant qu’histoire, historicité, consiste à élaborer cette déchirure ; nous sommes pour nous-mêmes et donc nous ne sommes pas. Et nous ne sommes pas cependant le rapport à nous-mêmes (comme si nous-mêmes était consistant) mais bien plus nous sommes le rapport lui-même (par lequel il est un nous-même mais aussi quantité de réalités et de réel). Donc nous voici promis à plus grand que « nous-même ».

on a vu que l’arc de conscience-de est le possible brut.

Comme tel il entraîne bien au-delà de quelque réalité, naturelle, ou réalisation, humaine, que ce soit. De là que l’on affecte le dimensionnel à cet arc de conscience, qui veut dire « rapport avec soi du rapport lui-même », soit possibilité brute.

Intégrer la possibilité pure et brute est ainsi l’enjeu. Soit donc son impossibilité (de là qu’elle puisse être révélée, dieu, ou extrapolée d’un ailleurs, divin). Tout consiste à gérer le donné de telle sorte que l’on survive (durant des centaines de milliers d’années), que l’on s’installe (quelques siècles), que l’on profite (quelques dizaines d’années). La question est ; qu’est-ce que cette faculté, apparemment non limitée (elle peut développer ses propres langages, relativement à tout domaine rencontré ou exigé ou imaginé) ?

L’impossibilité manifeste et manifestée fut celle christique ; il est impossible de comprendre l’intention essentielle du christ, le dénommé Jésus, cette articulation infinie. Aussi le long des siècles qui suivirent a-t-on tenté d’aménager cette exigence. De même l’articulation montrée du doigt par Descartes (elle est une structure effectivement réelle et non une « pensée » ou une « idée »), soit donc le je (forme du rapport lui-même), cette articulation est in-finie (et épuise le fini potentiellement, et donc épuise les vivants qui lui sont soumis, qui subissent sa puissance). Etc. L’infinité n’est donc pas du tout réservée à un absolu, mais est à l’œuvre structurellement (et pour un je s’impose continuellement ; on ne peut pas découper le je, pas plus que le présent). Les infinités, mises en jeu (le néant infini, l’être infini, l’exister infini et ce que l’on connaît du sujet, de la structure-sujet, qui n’est pas caractérisable comme déterminée mais est un rapport) construisent autre chose.

 

La possibilité de l’impossibilité

La pensée, la philosophie est cette discipline qui naît de l’abandon de la régulation de la réalité par le groupe, ou qui refuse cette régulation, cet ordre produit par la communauté, et qui, donc, découvre que sous la représentation habituelle de son propre groupe humain, existe le monde. Le monde donné « là » (qui est dès lors signifié comme « l’être »).

Mais ça n’en reste pas là. Parce que de toute manière le monde, le donné, la vie et la vie vécue ne rentrent pas dans le concept.

Le concept est le discours cohérent ; le réseau d’intentionnalisations (d’idées) que l’on organise, consciemment, volontairement, explicitement, à propos de ce qui a lieu. Le monde. Le monde parce qu’il faudra attendre le christique pour que la vie individuelle entre dans la réflexion. L’universel, grec, a affaire au monde donné là, tout comme le christique au corps de chacun, vivant (et vivant transformé en existant, puisqu’entrant dans le champ intentionnel explicite et explicitement en chacun).

Et si on introduit la quantité pharamineuse de données de l’individualité dans le discours, il se maintient difficilement ; de là qu’il passe de l’organisation intentionnalisatrice, dite de raison, de pensée, à la religion et pas n’importe laquelle celle qui, elle, ne tient que du regard du un tout-seul (celui qui a vécu, et fut trahi et crucifié), et dont le regard précisément force tout un chacun à devenir la conscience de soi, de sa vie vécue et de sa mort à venir, et donc à partir d’un point-autre. Lequel est absolument autre, parce que hors de la vie et donc du monde ; par ce point-autre tout est perçu. Dit autrement ; il faut que ce soit le point de vue de celui qui se désengage de sa vie (et tout ce qu’elle contient) qui remporte le point de vision total.

Le point de vision total contient la pensée y compris (pour cela le christianisme reprendra toute la philosophie ou les pensées acquises). Et s’ajoutera à la pensée la bizarrerie (ou l’étrangeté ou le mystère) qu’un sujet il y a et qu’il existe du rapport nouvellement découvert à lui-même. Qu’il y ait eu des mois antérieurement au sujet est évident. Mais l’introduction du moi en tant que sujet dans la représentation (dans son propre champ intentionnel) non seulement augmente le champ d’investigation mais modifie le moi lui-même en le transformant en sujet ; aussi faut-il se convertir, au christique, mais il fallait également de transformer par la pensée (on n’est plus le même avant et après).

Il est à peu près clair que l’introduction du je dans le champ du je lui-même est extrêmement difficile. Puisque par là n’importe quelle identité doit se relativiser ; ce qui veut dire que l’on ne peut pas, plus se confier à un contenu de soi-même, du moi-même, qui serait tenu pour spontané. Mais que par ailleurs on ne peut que difficilement admettre en ce moi-même l’universel de la pensée ou la charité chrétienne ou l’amour pur et désintéressé, etc.

Et tout l’enjeu des 20 siècles de mise en forme culturelle, fut précisément de découvrir le moyen (les moyens) de remédier à, de médiatiser cet impossible (à savoir ; que nous ne sommes pas christiques ou parfaitement humanistes ou sans ego) ; ou donc qu’il s’agissait d’instancier, d’élaborer, d’installer, de préparer en nous un ego qui ne soit pas trop stupide ou trop égoïste, voire égocentrique.

L’ensemble de toutes les manifestations dites d’acculturation (d’in-formation de chacun, puisqu’il s’agit d’intégrer un impossible étranger, « venu d’ailleurs », la pensée ou dieu) ont pour finalité de transformer la qualification, la capacité de l’arc de conscience de chacun ; qu’il s’impose donc une tangente, soudaine, autre, impossible ou ce que l’on voudra bien entendre, qui interférera dans l’attention et l’intention, l’attention ponctuelle ici et là et l’intention singulière que l’on mène en une vie vécue, redéfinie dès lors en existence (puisque l’on passera d’une spontanéité admise, sans plus, à une formulation voulue, nouvelle, renouvelée, dont on se charge de préciser les enjeux ou l’enjeu maximal). Puisque si l’arc de conscience est touché sans doute existe-t-il minimalement (on a vu que dans l’empire des signes, le moindre d’entre eux peut modifier considérablement tout ou une partie de l’ensemble, or ici c’est l’attention, la conscience-de elle-même, sa manière d’y exister, dans l’existence, qui est appelée, et donc potentiellement tout), mais ce qui se retrouve concerné c’est la totalité des manifestations, dont, si le je s’impose, on ne sait plus du tout « où » cela s’avancera.

Si vous êtes touché par la poésie, la révolution ou l’esprit, ou autrui, ça ne viendra pas colmater la déchirure du signifiant (ce rapport qu’est le signifiant) de votre moi. Ça ajoutera et réarticulera (en plus du moi, qui est et restera un bricolage, dont la signification, l’intentionnalité est pliée, vers le bas, puisqu’une intentionnalité qui ne se convertit pas, qui ne convertit pas sa dynamique vers le haut (dieu, la pensée, l’universel, le christique, le sujet, la révolution, le réel) laisse cette dynamique subir l’attraction, la pesanteur, la finalité du corps, qui cherche satisfaction ; la satisfaction se glisse entre les signifiants et dans cet étayage étend, naturellement, spontanément, son empire, lors même qu’il s’agirait d’idéaux du moi et évidemment y compris du sujet ; rien ne repousse la prégnance, l’insistance du corps dont le vivant, la vie veut s’écouler dans un monde donné qui de fait lui ressemble, lui correspond (besoins et désirs aboutissent au monde donné).

Aussi Lacan (ou la psychanalyse) est-il obligé de supposer que le vivant, l’inconscient vivant relie constamment, en sa propre fin, et que le conscient se prend les pieds dans les tissus, vivants, de relations, de signes, d’affects minimalistes, d’affects pulsionnels, un tissage qui suit les nervures du corps et s’énormise des milliers de signes du langage (opération immédiate que le conscient, avec ses gros sabots ne peut pas contrecarrer).

Et donc il s’agit de ruser, à tout le moins ou disposer d’une « volonté », d’une intention suffisamment forte ou étrange ou suréminente, qui puisse sans cesse rétablir le courant (des signes) vers le haut, ce qui veut dire, pour le corps vivant, vers l’insatisfaction.

De fait le christ est manifestement la monstration de l’insatisfaction comme seule vraie et réelle. Ce que le vivant ne comprend pas. En ceci qu’il montre le plus grand rapport possible.

Avouant ou admettant qu’il n’est pas le terme du processus divin, puisque le Saint-Esprit (formant la Trinité) suivra.Il est dépassé par le Père (sans qui il ne peut rien, le Père décide et, lui, sait le moment) et il est dépassé par l’Esprit.

Le christique est donc l’impossibilité. Et la suite (culturelle, de mise en forme culturelle, signifiante de l’intentionnalité, dans tous les domaines donc, de l’esthétique à la politique, en passant par l’idéel intellectuel, ou les affects) ne veut pas que la déceptivité, de la vie vécue dévaste l’intention que l’on a et que l’on existe (et que l’on n’est pas, puisque l’être, le donné, indique vers le bas). En quoi il ne s’agit pas d’un surcroît de force ou de volonté (qui réaffirment constamment l’être, le monde, le vivant ou le faire semblant, etc, de même que la psychologie du moi renforce le « moi », faussement), mais de l’acceptation de la faiblesse, et - dans la faiblesse - maintenir l’intention que l’on a.

Par ailleurs le plus petit point de vue, celui qui est anéanti par le monde, est le seul rapport qui dévoile tous les autres (les autres qui, eux, croient en leurs qualités de détermination).

Et ainsi on n’y comprend rien, on ne sait pas ce que c’est que cela qui, seul, vaut. Le plus petit rapport (du un tout-seul, isolé, trahi, tué) manifeste donc la plus totale égalité. Il occupe le point le plus lointain dans ce monde humain, et le point le plus autre que toute vie vécue (point au-delà du segment naissance-mort de chacun), et le premier point (alpha) et le dernier point (omega) de ce monde (celui par qui tout fut fait, le verbe, cad les signes de détermination, lui-même enseveli sous par la masse du monde) ; de qui tout ce qui fut, est, sera déterminé. Le rapport indéterminé de toute la détermination (en quoi donc rien dans le monde, déterminé, ne peut s’opposer à lui, qui est le moyen du principe, le père).

Le rapport de tous les rapports. Le signifiant qui comprend, à tous les sens du terme, tout et tous.

On saisira que le christique ou le sujet ou la révolution (la liberté et égalité et fraternité ; à l’égalité du christique, soit donc l’universel, il fallait ajouter la liberté du sujet, lequel ne peut s’acquérir que de par lui-même, et non d’une volonté extérieure, aussi Descartes s’impose à point nommé ; il devait se désigner lui-même et assigner chacun dans sa confrontation)

mettent en place non pas des idées mais une structure, et que l’on n’a pas encore pensé, représenté la structure que l’on est, que l’on existe. Et que l’on ne découvre pas le moyen d’instancier, d’incorporer ; on n’en reconnaît pas, n’identifie pas l’affect spécifique, on n’en découvre pas le signe ; notre corps ne sait toujours pas comment, vers où se diriger. Il est un lieu qui nous échappe. Parce que ça n’en est pas un. Le sujet cartésien n’a pas de lieu ; c’est à partir de là qu’il voit l’étendue, précisément ; parce qu’il n’y est pas, il n’est pas pris dans la surface étendue ; de même que le christique, cette position, est infini, pareillement le sujet est infini ; d’un infini que justement chacun peut de par soi saisir ou en être saisi plus exactement. C’est ce saisissement, le regard même, l’attention à, l’intention elle-même que chacun ex-siste, qui est dépliée (en tant qu’elle est capable de dieu, de la pensée, du christique, du réel, et de tous les interstices qui découlent de ces repères ontologiques).

On se confie encore aux contenus, les semblant-signifiés, l’être imaginé, et non au signifiant. Au signifiant : à l’arc de conscience comme rapport (le signe n’étant rien qu’un rapport, rapport à un donné, une perception, ou rapport à la structure qui génère des signifiants, un arc effectivement réel). On sort donc l’arc lui-même de la coupure du corps, vivant, par le signifiant (Lacan) ; on sort cette coupure pour la situer dans l’acte, l’actualité, l’actualisation qui se présente à elle-même comme décision ou orientation ou reprise ou nouvelle intention (toujours possible, sens même du christique et de la suspension du je cartésien, et suivants).

 

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Unicité de l’être, unité de l’exister

6 Novembre 2021, 09:30am

Publié par pascal doyelle

Que la caractéristique du réel soit l’unité et non l’unicité, veut dire que l’unité se tient du rapport, et non de l’unité de la notion de l’être. À partir de l’être il devient immédiatement impossible de définir quoi que ce soit d’autre, et le devenir ou la pluralité ou la multiplicité resteraient incompréhensibles.

Si l’unité est la règle, alors elle prolifère. Et il est ici question de comprendre la nature du réel, serait-ce en tant qu’univers, supposé par ailleurs infini (dès que l’on pense ou pose la détermination, celle-ci est indéfiniment, cad infiniment déterminée, on ne peut pas intellectivement la limiter). Comprendre le réel ; l’être, autrefois, revu et corrigé par l’évidente démultiplication du réel, l’être qui fut resituer par le je, dont l’unité s’introduit dans le champ intentionnel.

Si l’unité du réel n’est pas l’être (qui est une représentation), alors elle est d’une autre nature et d’une nature telle qu’elle supporte qu’il y ait devenir(s) et sans perdre sa qualification d’unité. Si cette unité est rapatriée du monde sous la formulation de telle ou telle détermination, aucune ne parviendra à rendre l’orientation du réel.

On s’aperçoit de fait que la multiplicité, la pluralité et le devenir règnent et qu’il faut en rendre compte comme tels. Il est impossible de les déconsidérer. Si le réel devient, alors le devenir et la multiplicité (des réalités) et la pluralité (des sujets, seraient-ils extraterrestres, après tout on n’en sait rien) comptent. Comptent, cela veut dire que sans cette pluralité de tout de ce qui est, le réel manquerait au réel.

Il est déraisonnable de considérer la réalité comme absurde ou sans raison ou condamnée à la dispersion (ce vers quoi, pourtant, elle est destinée ; puisqu’au fin du fin toute la matière s’effilochera dans un (quasi) néant, sans jamais aboutir à un vide complet). On peut croire que cette explosion totale de tout est un feu d’artifice qui s’abîmera dans le presque rien, mais c’est une croyance comme toute autre. Parce qu’il est fort possible de se demander si il est juste qu’une telle quantité (infinie) d’énergie et puis de matière ait été ou se soit mobilisée pour rien du tout, pour un complet oubli sans personne pour se souvenir de quoi que ce soit ; la 40éme symphonie ou la Sixtine retournant à jamais en poussière, ne signifiant plus rien pour qui que ce soit, puisque plus personne ne sera.

On prend pourtant nécessairement l’hypothèse inverse ; que les réalités sont installées en tant que telles. On a présenté le même principe autrement ; les réalités sont des concrétisations, ou mieux des concrétions ; des mémorisations. Mémorisations des possibilités atteintes, performées si l’on veut, par « la réalité » ; peu à peu (dans une réalité infinie) les éléments (et au début l’énergie qui vient à se solidifier, à se refroidir) s’organisent et seul l’organisé dure, et instaure un univers, puisque l’organisé offre une plateforme suffisante et stable pour ce qui devient.

Il est donc une performativité factuelle de la réalité ; et l’organisé n’est rien que (si l’on peut dire) l’établissement de rapports en unités ; une unité existe non d’un « être » mais d’un ensemble de rapports (qui par ailleurs tiennent et se maintiennent, ce qui implique qu’il existe une énorme quantité de rapports qui existent mais ne tiennent pas). Aussi les réalités sont expatriées, en un sens, d’une masse de pseudo ou de ponctuels rapports qui passent et s’effacent, et sur cette mouvance en grains de sables momentanés ou même instantanés (puisque le temps et l’espace dégringolent au fur et à mesure que l’on descend dans l’épaisseur de la détermination, jamais totalement disparaissant), malgré la faiblesse ou la petitesse des rapports d’en dessous, il se produit des consistances (elles aussi momentanées, puisque grignotées constamment).

Tout est mouvement, mais les mouvements passent.

Mais si tout est mouvement alors le concept de mouvement est cela même et cela seul qui existe.

Et il ne faut pas se tromper ; le mouvement, le dit mouvement n’est pas nécessairement le laps de temps ou la distance entre. On a dit que le mouvement parfait est celui-là que l’on ne voit pas, à savoir le présent. Le présent n’est pas coincé entre le passé et le futur, et n’est pas le temps, mais l’exister ; le fait d’exister. Le fait d’exister contient le temps et l’espace, et il est non visible, et non mesurable (puisque la mesure se fabriquera dans et par le temps ou l’espace, ou le temps spatialisé, peu importe).

L’exister n’est pas l’être, ce qui veut dire qu’il ne forme pas un tout, gigantesque ou rassemblé, un ordre dans le monde, mais un fait, ponctuel, et dans cette ponctualité absolue (formelle, non déterminée, non visible) se forge, et s’organise tout le reste ; l’exister, le réel, est la cause, et les réalités sont les effets.

Ce qui revient à dire que cela seul qui existe, le présent, l’exister, suspend toute réalité dans sa stase, dans son mouvement, et que le sens des réalités, de l’être, est l’exister. Mais on ne sait pas ce que signifie « exister ». on ne connaît pas la nature de ce présent.

Pour tout ceci il faut entrer dans l’analyse du fait, du rapport, de l’exister, de la structure du réel. Déplacer la consistance, la solidité du donné vers la structure du présent est certes hasardeux, mais la structure du présent dissout effectivement toute réalité (tout ce qui est déterminé, fini disait-on jadis, est limité). De tout il ne reste(ra) rien, sauf qu’il y eut mouvement. C’est évidemment par ce point, qu’il faut choisir.

Mais de la réalité on a retiré qu’elle soit effectivement « ce qui est » (puisqu’elle disparaît ou disparaîtra, physiquement mais aussi qu’aucune mémoire n’en est conservé). Ce que l’on nomme réel dorénavant c’est l’exister, le mouvement distributif qui rend possible que quantité de rapports soient réellement réels (et donc consistant selon cette manière).

De sorte que l’unité se révèle (selon le rapport) en tant que distribuée dans la quantité de rapports ; il n’y a plus l’unicité du rapport unique, l’être, mais la multiplicité et la pluralité des rapports, possibles. L’unité est ce qui rend possible qu’il y ait un possible, puisqu’elle est l’unité du mouvement, ou donc d’un rapport. Et dès que l’on engage que le possible existe alors il prend tout. Il n’est pas le possible d’un quelque chose ; il y a un et même des « quelque chose » parce que le possible est cela même qui existe.

L’unité ne dit pas, en elle-même, qu’il y ait un quelque chose, mais l’extrême unicité de tout rapport ; aussi peut-on dire que sans cesse le réel devient au plus extrême de lui-même ; générant quantité de réalités, d’effets.

Que l’unité soit première, incorpore les unicités (et non plus l’unicité de l’être qui récupérait toutes les parties). L’unité est celle du rapport, lequel est constitutivement mouvement (et mouvant, ou donc éternellement mouvant, recherchant non la perfection qui serait un fait monolithique mais la perfectibilité, la délicatesse du plus accéléré et actualisé mouvement). Et ainsi mouvements.

L’idée de rapport, bien qu’elle indique une réalité constamment divisée, fondamentalement divisée (il existe d’abord la division et ensuite des réalités) possède en elle-même l’unité, mais évidemment une unité spécifique.

Non pas une unité d’essence. Parce que l’unité d’essence (outre qu’elle ne s’attribue qu’à dieu ou l’absolu ou la substance, et aux autres par dérivation, participation ; ce qui constitue un problème majeur, l’être récupérant toute réalité et réalisation, et principe, métaphysique, ne fonctionnant pas même avec le dieu juif et chrétien, qui, lui, demande que chacun continue la création et soit, adopté par le christ, co-créateur, ce qui signifie que la dite création n’est pas terminée, ni « parfaite », elle doit être en devenir, et sera encore plus renouvelée)

l’unité d’essence est une unité imaginée ; si on veut analyser cette essence elle est un tissu, organisé, de relations, de signes et de perceptions ; elle ne consiste pas en tant que « pensée » comme si la pensée existait en elle-même (alors qu’elle n’est que dans le champ d’une conscience).

L’unité du rapport suppose de facto qu’il se tienne d’éléments, qui eux-mêmes seront des mouvements. Validant dans son ordre même qu’il y ait réalités, et l’unité s’applique également en l’infinité de la quantité de relations, puisque l’obstacle théorique d’unités consistantes est écarté ; si l’origine de ce qui est, est relationnel, alors le relationnel s’étend partout d’une part et devient en lui-même selon sa propre dimension (de relation, de rapport).

Si le relationnel est la structure, alors il n’a pas de fin, mais il faut dans sa structure même découvrir sa logique et son être spécifique ; qui n’est donc plus un « être » tel que pensé-imaginé, et il faut alors le déplier en tant que relationnel, et supposé que si le relationnel est le réel alors il devient.

Mais ce faisant, ce disant on ignore encore en quoi consiste la structure formelle du réel, sauf que notre être, cad ce que l’on désigne habituellement « la conscience » tout en la confondant, déformant et simplement en la signifiant sans plus rien en savoir, cette conscience donc est, littéralement, le seul être, la seule manière d’être en tant que rapport qui se sait, ou donc qui se signifie lui-même ; soit la « conscience » ; aucun autre être n’a de rapport à soi, et comme ce soi auquel il a rapport, est le rapport lui-même, cad rien, purement formel, il peut, dans ce rapport, faire défiler tout ce qu’il voudra, tout ce qu’il signifiera.

La tenue du rapport consiste non seulement à ne pas se prendre dans ses contenus (à croire que quelque contenu remplace l’origine, quelque effet la cause, ou que l’image ou le moi sont le je, que la communauté est le droit), à ne pas s’identifier à ce qui est signifié, mais avant tout à établir la carte de ce rapport ; par ex le je ou autrui, la liberté et l’égalité, la vérité et la connaissance, l’universel, ou l’intention et le champ de signifiants.

Dieu, la vérité et l’universel (comme principe par-dessus quelque vérité déterminée que ce soit ou comme opératoire réglant les intentionnalisations, les idées), le sujet ou la liberté (hors et existant en elle-même pour quelque identité que ce soit, non en tant qu’identité mais en tant que rapport et reportée instantanément à sa propre structure autre ; si je est la structure (telle qu’expérimentée, à tout le moins, sans préjuger de ce que la structure-sujet est en elle-même, ceci dans l’hypothèse de la dimensionnalité de la structure, en tant qu’elle vaut effectivement en elle-même, et non pas seulement fonction d’un monde, d’un donné, d’un univers, d’une vie vécue, d’un corps vivant hyper individualisé par sa « fonction conscience » ; dans les deux cas la « conscience » est supposée mais dans la dimension elle est le réel, de la réalité)

si je est la structure, le rapport est en nous tout à fait autre que nous-même (quel que soit le nous-même).

Aussi l’unité de ce je est-elle formelle ; le je suffit à me distinguer de tout (et de tout autre je, et réciproquement, tout comme « je » est incommensurablement plus grand que toute idée, image, et même plus étendu que toute vie vécue, sinon il n’y aurait pas de « vie vécue »). Et quant à ma vie vécue justement, je ne suis pas Pierre Dupont qui « a » sa conscience, je suis Pierre Dupont parce que conscience ; dit à l’envers tout dépend de ce que le je fera de ce Pierre Dupont, dont il a hérité, pour ainsi dire, et qu’il tenait des autres consciences étant enfant, ou qu’étant enfant il supposait, structurellement, sans être en mesure, psychique et corporelle, de s’en saisir, d’en être saisi.

De là que pour tout moi-même (Pierre Dupont) il existe un devenir du ‘je’ brut, qui s’impose comme d’ailleurs dans la masse de déterminations du moi (un ailleurs comme la pensée, la révolution, la poésie, etc) ; et extraction soudaine qui permet et autorise à récupérer tous les devenirs de tous les je, qui eurent lieu et forment notre historicité (selon les différentes versions de la structure-sujet ; dieu, la pensée, le sujet, le réel.

Il est fondamental de saisir que la singularité du je passe par cette universalisation. L’universalisation est portée dès l’apposition de signes, de mots par ex ou de toute sorte de langage, elle est intégrée à la fonction intentionnelle elle-même, puisqu’un signe est un rapport et qu’il universalise de fait, il draine la perception ou le percept dans l’énonciation. L’universalisation est la version extérieure du rapport, mais le rapport lui-même n’a d’existence que singulière. Le singulier est la plus grande possibilité, et en vérité le possible pur et brut ou une structure approchante (la plus approchante que l’on connaisse) puisqu’ici ça n’est pas quelque chose ou quelqu’un en particulier qui se signifie mais le rapport lui-même.

C’est bien en cela que tout moi-même est profondément scindé entre d’une part une identité (déterminée) et une structure (dite autrefois universelle), et d’autant plus que Lacan permet de comprendre que la division est originelle ; c’est parce qu’il y a division qu’il y a un moi. Et par ailleurs cette division ne désigne pas d’abord le moi (et son unité imaginaire, qu’il prend parfois pour une division universelle) mais est le je.

Ce qui en ce sens simplifie considérablement, puisque le rapport est déjà instantanément l’unité de son rapport ; et il n’est pas besoin de s’engager dans une définition, déterminée, de l’unicité de cet « être », ce qui embarquerait dans l’indélicatesse d’une détermination (soumise à contradictions, arbitraire, particularisme, etc ; par exemple si l’on dit que notre être est la « volonté » c’est déjà trop, sauf d’entendre « intention » (la volonté n’est déjà pas l’intellect ni l’imagination ou la perception, l’idée en est déjà trop spéciale, et accrocher la volonté à un naturalisme est encore plus trop, pour ainsi dire) ; seul le rapport ouvre et ouvre le réel comme possibilité. Unicité se dit d’un être, unité se dit d’un rapport. Et si c’est d’un rapport (ce je, en quoi on retrouve la monstration de Descartes « ceci est un je ») il gagne à la fois son unité et son unicité (puisque l’on ne peut pas être la conscience d’un autre je, ou donc puisque cette conscience n’existe qu’en tant que rapport, ce qui est sa définition structurelle ; le seul être qui n’est pas un être, mais le rapport à soi comme rapport).

(l’unité - du rapport - est également ce sur quoi se fonde le nombre, et donc les mathématiques ; le nombre est une variation, indéfinie, du un (rapport de la chose à elle-même) et peut être compté).

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Vie et existence

30 Octobre 2021, 09:00am

Publié par pascal doyelle

Que le sujet se soit acquis lui-même et qu’il en soit rendu fou, vient de ce qu’il put croire que cette performance lui revenait et son orgueil n’eut plus de fin. Mais cette identité insituable revient à elle-même et bien plutôt nous lui appartenons. C’est de son écart, du trajet interrompu de conscience (par laquelle interruption seulement il existe « une conscience », qui est un rapport , non de ceci ou de cela mais le rapport à partir duquel il existe un ceci ou un cela) que nous naissons. Soit donc dieu (ou par ailleurs quelque absolu), la pensée, le christique, le sujet et la révolution, et enfin le réel.

L’affect du je qui reste infiniment à distance de tout ce qu’il est dans la mesure de son intention cachée, recelée, inconnue, qu’il éprouvera au vu de la vie vécue, pourra être, impose la version du je en tant que rapport, impossibilité de se voir, mais donc de ce par quoi, par qui on peut voir. Si nous étions cela que nous sommes rien n’apparaîtrait. Nous serions et ce serait tout.

Ce qui s’est passé (et bien que tout cela se soit donné au-devant sous les formules de dieu, de la pensée, du christique, du sujet, de la révolution, du réel et de la concrétisation de toute cette formule dans la vie du moi-même qui concerne absolument chacun),

ce qui s’est passé c’est en fait non l’au-devant selon ces expositions, mais la remontée vers la structure, vers le dedans, usant des signes dieu, la pensée, le sujet, le réel ; vers le dedans qui n’apparaît pas, mais dont la conviction ou la foi ou la conversion du sujet alimentait la présence, la préséance. Au fur et à mesure nous nous apercevons d’une butée en avant du monde, du vécu, du corps ; et il faut bien la nommer.

Ou donc ; nous ne recevons pas le monde comme contenu immédiat, naturel d’une part et sacré d’autre part (les « dieux » appartiennent au sacré, le dieu unique ne faisant plus monde, mais créant tout ce qui est hors de lui) ; c’est ainsi qu’il faut se rendre à l’évidence, nous produisons ces contenus (et ces mondes humains perçus dès lors comme particuliers). Se pose la question ; qu’est-ce qui produit ces contenus ? De sorte que l’on est ramené à une structure antérieure, vide ce qui veut dire formelle (dieu, la pensée, le sujet, le réel). Ou encore ; l’intention pure et sans rien (dieu, le divin séparé qui n’est plus aucune partie du monde), le réseau intentionnel (les idées à ,propos du monde tel que donné « là », en deçà de tous les autres mondes humanisés), le corps individuel (le christique évidemment, qui assigne chacun à son propre corps, le sien et celui de tout individu), l’intégration de ce je en et par son propre champ (cartésien), la mise en forme généralisée de tous les ‘chacun’ en une révolution, consacrant la liberté et l’égalité en une seule fois.

La force de la conviction ne vise pas à prouver l’existence (de dieu, de la pensée, du sujet, du réel) mais rend possible un stratégie adéquate ; c’est ce qui est entendu, au moins, ici, mais en outre on attire l’attention sur la sorte de logique qui peut se supposer de ces deux faits ; le présent (qui est à tout le moins très bizarre) et la conscience ; soit donc l’arc de conscience posé dans l’arc du présent.

À savoir l’actualisation.

Si notre être est à partir de la conscience, cad le champ intentionnel (qui accole perceptions et signes, permettant par la multiplication des signes la multiplication et la précision des perceptions, ainsi qu’évidemment leur communication d’une part et leur transmission en plus des générations, la mise en forme culturelle donc),

si notre être est conscience alors il est rapport (et donc il n’est pas mais ex-siste), et s’il est rapport il se met en œuvre par son actualité en propre ; il sait qu’il existe et qu’il doit se produire, son identité est une identification, ou un signifiant, vide, formel, dont la forme est le programme, le programme n’est pas une « application » à l’intérieur (ce qui n’aurait aucun sens), c’est la forme-sujet qui est le programme. Ce qui veut dire le rapport qui se sait comme rapport, mais ce se-savoir ne constitue pas un « contenu », c’est un signe. La pensée, la raison, ce que l’on nomme tel, est la soudaine conscience que nous produisons la pensée (et non plus qu’elle s’impose comme un corpus commun déjà réalisé, dans le groupe, la croyance, etc) et dès lors ce qui aimante les idées se situent oujours au final en dehors ; dans l’indéterminé (l’être, le bien, la pensée de la pensée, le un, etc) puisque toute pensée résulte de signifier la structure-sujet ; le rapport (qui est plus grand que lui-même).

Son actualité en propre c’est sa décision ; ce qui veut dire que dieu, la pensée, le sujet ou le réel n’existent, ne s’imposent dans le champ intentionnel que selon l’effort et la capacité d’attention. Mais cela n’implique pas que le je en soit le créateur, c’est l’inverse ; c’est parce qu’il y a, au-devant, le réel, l’universel, la structure intentionnelle et dieu qu’il y a un je.

Sinon tout, cad toute représentation, volition, imagination, désir retombent dans, vers le donné.

Si dans l’actualité on ne se décide pas pour ce qui n’est pas (dieu, l’universel et la pensée, le sujet et le réel) on aboutit à désirer l’immédiateté, qui seule est, donné là, comme monde, comme vécu, comme corps ; ce qui n’est pas (nulle part dans le donné) et n’est accessible par aucune tactique, ne peut être accédé que par une stratégie et la stratégie consiste à se mettre en jeu soi-même et non à définir le déplacement d’un objet ou d’une objectivité, hors de soi.

Aussi dieu, la pensée, le sujet, le réel mettent en scène le sujet au sens de structure-sujet, soit l’intention qui initie (dieu), soit l’intentionnalité qui tisse (des idées en système), soit l’intention d’un sujet-je (le christique et Descartes et suivants), soit la mise en forme interne aux je, ou externe sous la forme de révolution (l’État et la société civile, la vie individuée et la mass et micro médiatisation généralisée).

On ne les voit pas si le je ne s’y projette pas sous le mode de la décentralisation (puisque sinon il prendrait une identité, cad un contenu, pour la forme ; dieu, la pensée, le sujet ou le réel sont autres et vides ce qui veut dire formels). Ce sont des structures qui ne sont pas, dans le monde, données, mais perçues par intentionnalité, et par intentionnalité poussée vers un maximum. Par intentionnalité au sens effectif, en tant qu’elle est déjà toujours autre (elle est une attention-à). Le sens, aussi bien physique que mental, de l’intentionnalité est de se tenir hors d’elle-même … ce qui est extrêmement étrange, et implique pour nous que jamais aucun contenu ou objet ne sera en mesure de remonter dans le réel de cette articulation qui crée des champs ; ce en quoi elle est fonctionnelle, dimensionnelle ou divine.

Le je est donc bien non pas la subjectivité mais la capacité de tout, aussi bien subjective, qui est éminemment organisée et organisée selon ce corps et cette capacité de signes, de porter quantités de signes, dont l’objectivité, les objectivités ; seuls les je ont accès au donné là et accès à leur propre, proto vécu, ainsi qu’à leur pré-disposition à exister, à élaborer une architecture de l’existence, aussi bien individuelle que collective, une architexture de leur propre corps, de l’ensemble de leurs champs de perceptions, qui n’existent que projetés.

C’est donc sur le fil, du rasoir, que l’on navigue à vue et que l’on explore en expérimentant l’articulation elle-même ; et cela ne signifie pas s’aligner entre diverses idées, mais naviguer entre des rapports.

Dieu est un rapport, l’être (l’universel) est un rapport, de même le christique, le sujet et évidement la révolution (qui règle la base formelle des rapports entre sujets et par le sujet lui-même, chacun), et le réel est un rapport.

Rapport veut dire ; ayant affaire à une désignation explicite du réel ; le réel n’est pas une « idée » de même que la conscience n’est pas une idée ; Descartes et son cogito échappe à la pensée, et donc relativise toute la pensée métaphysique. Dieu ou l’être signifient, comme les deux autres structures, une forme vide ; celle qui permet de dresser un horizon sur lequel placer et déplacer les idées ou les objets. Ils ne font plus référence à une identité mais à toute signification ; l’être des grecs supportera tous les systèmes ; quels que soient les noms employés, premier moteur, un, bien, atomes ou empirismes, tout ceci occupera la même position « qu’un réel il y a » et donc notre placement sur cette surface. Designer le réel par telle matérialité (et la plus exotique possible si l’on veut) paraît encore plus figurer que le réel est vraiment « autre », mais l’être ou le un ou dieu ou l’exister écrivent formellement cette altérité, une altérité sans raisons, non pas autres parce que matérielle ou énergétique, mais dont le positionnement s’effectue dans la distance la plus nette.

Mais la caractérisation déterminée du réel manquera toujours sa cible sauf de le signifier comme instruit du Possible brut. Le possible était jusqu’alors relativisé selon un ordre préalable, qui contrôlait les possibilités des choses et des êtres. Mais il faut retourner cette logique (en quoi consistait le logos ou la pensée ou l’esprit) ; si il n’est pas un ordre qui présiderait aux réalités, alors ce sont ces réalités qui de par leur position même, leur exister tel quel, se « comportent » vers l’organisation ; l’organisation, donc, sourd des réalités, de l’unité constituée des réalités, de chaque réalité.

Le titre de « rapport » contient en lui-même sa faculté à la fois d’avancer en unités et de relier ces unités ; ce qui produit des nœuds qui soit assurent une durée, une durabilité, soit s’effilochent, se dispersent et coulent dans l’espace. Ou si l’on veut il y eut de la dispersion jusqu’à ce que de la multiplicité s’agrègent des réalités consistantes ; ce qui signifie des réalités organisées, reliées et constamment établissant des relations à la fois selon les unités et selon les rapports. Il faut que chaque élément se tienne selon une unité, et que cette unité soit tissée dans et de relations.Une unité réussie (qui dure dans le temps) est une unité de relations ; delà que la réalité, un univers, soit tissé, mais il est tissé, apparemment, localement ; sinon n’existerait qu’un ordre, réglé, sans invention, sans nouveaux tissages (ou des tissages prévus ; or ils ne sont pas prévus, parce qu’il faut que chaque unité se trouve elle-même ; sa consistance (son organisation) tient à elle-même comme unité. Comme chaque unité doit exister en elle-même, elle doit s’acquérir et durcir sa réalité (et non recevoir une ordonnance extérieure, en quoi notre pensée, objective, nous trompe ; la réalité surgit d’elle-même et tel système a dû se concrétiser en un système fragile, toujours menacé par une catastrophe, une irruption, la force totale de la co-incidence absurde).

Que chaque sujet soit à lui-même cette proto-organisation de soi veut dire que chacun manie, qu’il y pense ou non, qu’il le veuille ou pas, le sens, la signification qu’il attend de l’existence ; cette signification qui sera probablement déçue, voire dégoûtée, déboutée, retournée et parfois réduite à rien, au néant et à la vacuité, la dispersion (à quoi est condamné toute réalité, aucune détermination ne permettant de durer tout au long). Il se trouve que la psychanalyse consiste à dénoyuater l’aperception « immédiate » que chacun a pu recevoir, que chacun s’est imposé, que chacun a pu supposer (absurdement ou lourdement ou de manière traumatique, tout est possible dans cette vie), et qui se commande à partir du lien signifiant-corps, par quoi le corps, vivant, est découpé de haut en bas, totalement, par le signifiant qui vient comme Autre (qu’il soit tel autrui, telle expérience, telle imagination du je vécu), et la remontée de cette coupure telle qu’elle fut non pas forcément vécue mais signifiante (qui peut n’avoir que peu de rapport effectif avec le passé du dit je).

Mais outre cette aperception « immédiate » (dont on a compris qu’elle se révèle tout à fait médiate, puisque construite par la coupure non naturelle du signifiant, le corps tentant de retrouver une « immédiateté » perdue, qu’il croit, mais en fait jamais mienne, puisque ‘je’ est né de, par et dans cette coupure psychique, située bien en-deçà de la psychologie à proprement parler),

outre cette aperception, il est la seconde, celle que l’on se donné-à-soi, en presque toute vérité, souvent elle-même encore difficilement accessible (si ce n’est que la vie nous en démontrera les limites, les faiblesses, les illusions, les manques, les égarements, etc) et qui de sa secondarité même permet à tout le moins ceci que parfois il nous sera possible de la remodeler…

Si on s’éprend la poésie, de la révolution, de dieu ou de toute élévation que ce soit, il se peut… il se peut que l’on s’instancie dans une nouvelle actualité. Une actualité de soi. Qui sera exigeante (sinon le remodelage ne changera rien, ne renouvellera pas notre être en le transformant, possiblement, ou potentiellement ou virtuellement, en existence.

(on a redésigné « la vie », celle du dieu vivant ou celle de la-belle-vie, ou repositionné l’existence comme plus imposante que la-vie, qui, elle, caractérise le vivant, les êtres vivants, tandis que l’exister impose les êtres existants, qui situent eux-mêmes et d’eux-mêmes leur existence)

Rappelons que notre historicité, outre dieu et la pensée, qui concernent l’intention (divine) et le monde (unique donné là, le « là » de l’être, par quoi il n’est qu’une raison, qu’une rationalité comme procédé ou processus, si l’on se tient à l’universel seul), notre historicité débute avec le christique qui initie l’individualité ; d’abord sous le regard du un tout-seul (le christ), qui meurt honni et trahi et torturé, mis à mort, puis ensuite par la « récupération » si l’on veut du regard (jusqu’alors divin) par le un-seul, Descartes (il n’y en a eu qu’un : René, dupliqué ensuite indéfiniment). Lequel sujet ne se décline que d’un signifiant absolu, ce qui veut dire formel (de sorte qu’aucune idée déterminée ne puisse s’interposer et que la liberté soit livrée à elle-même, libérée ; la conscience est capable de la raison, de la pensée …. entre autres, entre toutes les capacités de signifiants, mathématiques comprises).

Jusqu’alors divin signifie que le divin est séparément (du monde, des peuples, de tout) mais absolument il s’incarne, ou donc s’incorpore… des corps du christ on en rencontre partout, et il signifie ; voici ton corps ; tu es autre que ton corps, vivant, tu es autre que ta vie vécue, immédiate. Et donc cette vie se transforme en existence. « Je suis le chemin, la vérité et l’existence » en somme. Il est le chemin parce que le premier individu (qui affirme la valeur infinie de chacun, pour rien, en tant que forme pure, sans la pensée ou l’héroïsme, sans raison aucune puisqu’antérieur à toute raison, représentation, et même perceptions qui ne prennent effets que dans un champ intentionnel). La vérité parce qu’il n’est pas ou plus d’énoncé valide qui ne tienne pas compte du je (et que donc le je déroule et déroulera de fait sa capacité organisationnelle ; on ne peut pas régenter un sujet de l’extérieur, il doit se régler lui-même ; créer son propre registre de véridicité, qui n’obéira pas à l’objet, l’objectivité, toute l’historicité structurelle élaborant la méta-objectivité de la structure-sujet) et l’existence, qui implique la sur-vie, cad le renouvellement ou le passage du vivant dans le point-en-plus du réel ; que l’on y croit ou non, le christique contient la capacité d’un plus grand possible, dans ou hors de la vie vécue (comme on veut, mais en-plus).

Et donc une distance ; le regard christique introduit une distance, et sitôt que l’on obtient une distance on implique la distance tout court, la conscience-de, de quoi que ce soit, et spécifiquement la conscience-de « soi » ; que l’individualité entre dans le champ de conscience, le structure, de fait, de simplement poser le regard-sur, et bien évidemment de le signifier. Qu’il soit tout à fait étrange que cette distance nous vienne d’une « révélation » est un fait. Apparemment qu’il ne se pouvait pas que la distance (du rapport lui-même) soit inventée, créée par un humain quelconque. Ça n’a de nom que « christique », et remarquons le tout vient en même temps ; qu’il soit le deuxième de la trinité, qu’il sur-existe par-dessus la mort (il occupe un point-autre, hors de toute vie vécue), qu’il soit le verbe (par qui tout fut fait, l’initiative venant du père), qu’il ressuscite (hors la vie, hors la mort), etc. En vérité la totalité du possible (d’un rapport qui dit je, seule dénomination possible du rapport) naît par ce fait absolu, unique, quasiment complet.

Dont l’historicité qui suivra doit être lue en complément. Comme effets. Effets de cette cause. Effets qui étant fidèles à cette cause peuvent être considérés eux-mêmes comme causes. On est entré dans la possibilité des causes structurelles. Encore une fois on ne tient pas tant au christique que de ce qu’il montre ; à savoir que le réel est le rapport et qu’il ne peut pas être désigné, comme rapport, selon le monde ou le vécu ou les représentations. Il Doit être signifié vers, renvoyé à, se tenir de.

Et cette tenue du je qui est celle du rapport (cad de cela même qui rend possible tous les rapports, et donc tout le possible, et notamment le possible des rapports, à savoir non seulement qu’il y ait la pensée, et les intentionnalisations-idées-systèmes-dialogues-communication compréhensible et transmission d’une génération à l’autre) est également ce que le rapport se dit à lui-même de lui-même.

Aussi toutes les relations sont arc-boutées sur autrui (ne faites pas à autrui etc) mais à condition que cela soit au nom du christ ; ce qui veut dire du rapport qu’il vous est possible de tenir envers vous-même comme autre. Autrui, oui, mais vous-même comme autre, comme rapport dont vous ne connaissez pas les tenants et les aboutissants. De là que le je puisse accéder à la pensée, au décentrement ‘divin’ (pour les grecs) qu’elle produit, qu’elle cause. Ça n’est pas quelque chose qui entre en rapport, c’est le rapport qui rend possible tous les quelques choses (et évidemment autrui et d’abord je). Ça n’est pas le sujet (communément) qui se positionne, qui s’auto-positionne (il y aurait de quoi devenir fou, et effectivement) ; c’est lui qui est positionné par la nature même du réel, sa structure ; le rapport.

Lequel est ce en quoi (et par quoi) nous existons.

Alors de quoi est-il fait ? D’où vient-il ? Est-il seulement un signifiant (d’autoréférence) que l’on monterait bêtement en épingle, que l’on surestimerait et dont il ne faudrait rien attendre ?

Pourquoi pas (il tiendrait alors de sa fonction, et puis c’est tout).

Mais cela éteindrait-il l’interrogation sur sa structure ? Pourquoi existe-t-il en tant que rapport ? Peut-on le nier purement et simplement ? Puisqu’il engage précisément la structure de notre réalité et donc, si on l’écoute, de notre réel. Du réel dans la réalité, de même que le présent est « ce par quoi passe toutes les réalités ». une réalité se permettra-t-elle d’en disconvenir ? De sortir du présent ? Le présent est-il cela qui entraîne tout, la totalité de tout ce qui fut, est, sera dans la dispersion (sans jamais aboutir à un complet effacement) ?

Mais si tel n’est pas le cas, alors quoi ?
Qu’est-ce que la réalité assignée à la possibilité ?
Est-ce l’unicité ou l’unité ?

Dit autrement, il n’y a que l’unité du rapport pour annuler l’unicité de l’être. Par l’unité du rapport (unité de ce mouvement) l’être n’est plus monolithique. Et il revient au rapport de créer, véritablement, des rapports, lesquels seront tous indépendants, dont l’indépendance est, de fait, la structure même, la structure supposée comme constitutive de tout réel et de toutes réalités. Si l’unicité est seulement fixée, figée, rien n’en sort, et aucune réalité ni aucun sujet, aucun je n’est possible. L’unicité (de l’être, de dieu en tant qu’être) écrase l’unité (que chacun ou chaque réel ou chaque réalité ‘forme avec elle-même’, par quoi tout autant il devient possible de les compter, selon les nombres qui sont des rapports).

Ou si l’on préfère il y a une réalité afin que le réel devienne et que se multiplient les unités (l’unicité n’ayant plus à voir avec l’être, réalités, mais avec l’exister, la forme « réel »). et si l’unité est vide et formelle, alors la question sur la nature, la consistance de ce qui est glisse de la réalité (et son idéal ou idéel ou universel imaginé, l’être) vers le réel (la structure-sujet).

La théologie en restait au Un, ou à l’être unique et exclusif, l’objet unilatéral, univoque, qui s’opposait massivement à la multiplicité, qui, pourtant, de toute évidence, existe, existent quantité d’unités, dont la seule compréhension est de les admettre comme unité de rapports à chaque fois. Depuis Descartes qui dessertit le je, qui récupère par là son unité, il s’impose que l’être n’est plus l’être, et dieu ou le sujet deviennent volonté, intention, signifiant des signifiants. Tant que le réel doit être pensé selon l’universel seul, cad la notion idéelle assignée à l’universel, il est impossible d’avancer dans le réel. Et Descartes applique au monde étendue, les mathématiques (reprenant le projet de Galilée).

C’est uniquement la structure-sujet, qui est un rapport, qui doit entrer en lice et penser l’impensable ; cette structure même selon cette universalité effective du sujet. Puisqu’il n’est rien de plus réel.

Aussi le réel en tant que rapport veut dire « il est vivant », existant comme de bien entendu. Soit la suspension infinie de la Possibilité, à quoi se destine le rapport, la seule structure-sujet. Le possible, la perfection agissante, la perfectibilité donc n’est accessible et accédée que par un sujet ; ce dont le rapport revient sur à la fois le début et le terme. Le réel est donc infini. Et le présent, ou l’exister, sa suspension infinie. Le réel est infini par en haut, dans la dimension de l’exister, du présent (comme 5éme dimension, qui relance les autres du dedans, puisqu’il n’est pas de dehors à la réalité en tant qu’univers, sauf sur son Bord, cad le présent, ce sur quoi nous nous tenons d’un pied).

De ceci l’étrangeté d’exister, dans la dimension du possible non pas pur mais brut (il ne conviendrait pas que le possible soit « pur »).

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Passion du sujet, perfectibilité du je

23 Octobre 2021, 08:40am

Publié par pascal doyelle

La structure de conscience (qui se mesurait autrefois par son contenu, ce qui est absurde) est autre que le sujet, autre que le je. C’est pour cela que l’on désigne le sujet comme structure-sujet. Le je est déjà autre que le moi, et le sujet autre que le je et la structure autre que le sujet.

La structure-sujet est la forme que prend, apparemment et autant que l’on sache (cad relativement à notre expérience, et à notre expérience accumulée depuis que l’on réfléchit, exactement comme un miroir qui voudrait se saisir comme miroir et ne tombe que sur des images dans le miroir, et qui finalement se signifie comme absolu (quel qu’il soit), dieu, le sujet ou la révolution), que prend le réel en tant qu’il est mouvement et que la dite structure est un rapport soit donc cela qui seul peut se modifier soi, puisque le rapport ne tient ni dans le début ni le terme mais dans le mouvement, le retour du terme sur le début (raison pour laquelle nous avons pu développer le langage, les langages, constitués de signes, de rapports).

On ne peut pas déduire ou causer la conscience de quelque contenu ; ces contenus n’existent que par une conscience. Laquelle n’est pas le conscient mais un champ intentionnel (qui s’installe via l’inconscient ; de la scission dans un corps vivant, qui obéit évidemment d’abord à sa logique, par le signifiant, ce qui veut dire par un-autre-regard). Et la conscience se définit ou au moins se délimite comme cet être qui n’est pas un être (déterminé seulement) mais une bizarrerie, une étrangeté ou un mystère qui usant de la détermination (les signes) retourne cette détermination (neutralisée en somme, par elle-même) et se crée comme rapport à soi ; ce qu’une chose ou un être déterminé ne peut pas réaliser. Ce rapport à soi n’est évidemment pas un rapport à une identité (sinon elle serait seulement déterminée) mais un rapport par dessus son identité ; et c’est pour cela que nous avons (du verbe avoir et non pas ‘que nous sommes’ du verbe être) conscience de nous-même, parce que nous nous percevons de l’extérieur, de l’horizon ; nous existons parce que l’avoir est, en nous, supérieur à l’être.

Ce que l’on nommait l’être comme idée… était une idée, pas une réalité (qui est contraignante en tant que déterminée) ni même l’esprit, qui est une universalisation qui passe par-dessus le sujet singulier (et plane on ne sait où) ; l’esprit est libération comparativement aux nécessités déterminées, et ajoute à l’humain ; on ne parle pas encore de sujet individuel, et justement parce que l’esprit est cet ajout qui universalise l’individu (la pensée grecque élève chacun par la pensée seule, ça n’est pas déjà le christique qui donne valeur absolue à chacun pour lui-même, indépendamment de toute autre considération).

C’est que la première étape consistait à universaliser ; que chacun sache qu’il était universalisable, cad capable d’aligner les internationalisations (idées) afin de se repérer et de cartographier la réalité (et communiquer et transmettre en clarté, due à la cohérence des intentionnalités, puisque la pensée cible le monde donné là, l’être, et non plus le monde parlé et échangé et ritualisé dans un groupe humain, l’universalisation palliant à la transmission directe communautaire ; chacun devant, par la pensée, reconstituer en lui et par lui-même l’universalisation, qui deviendra, ensuite, sa personnalisation, par le roman par ex, le statut de citoyen, etc). Et bien sûr d’établir éthique, morale, politique, humanisation, et grosso modo personnalisation (qui viendra beaucoup plus tard, mais débute dès l’origine).

L’universalisation est requise absolument, mais elle ne peut pas constituer le fond du problème ;le sujet est la forme, en forme de structure, bien plus étendue que la formulation en quoi consiste l’universalisation de la pensée, qui n’en constitue qu’une part. C’est Sartre qui parvient à détacher l’activité de conscience en tant qu’individuée ; bien qu’il en reste à la précompréhension normée d’un champ indifférencié, dont le moi est un effet, sorte de conscience vide et seulement formelle ; ici cette forme est requalifiée comme individuelle (et non plus seulement individuée) ; il n’y a de conscience que d’un sujet ; la « conscience » n’est pas d’abord une qualité mais une structure, une intention.

Pour cela il faut replacer, déplacer la conscience sur un plan effectivement réel ; soit donc celui du réel brut. Existentialisme du début du 20éme puisque le statut du moi permet à celui-ci de se tenir au plus proche de la structure de conscience qui ne se projette plus dans une organisation collective, une image extérieure, une idée générale, ni même une universalisation (en bref les existentialistes, Kierkegaard compris qui sait bien qu’il existe hors du système universel hégélien, par ex, mais aussi de Céline à sa version « light » Houellebecq). Le réel brut se désigne comme « existence ». Retraduisons ; le réel et l’exister, surface sur laquelle une boucle s’est formée, l’arc de conscience dans l’arc du présent.

De sorte que contrairement à Sartre on traitera du sujet non comme un champ universel, mais comme un champ singulier (il y a un champ parce qu’il se rapporte à lui-même, fait signe, adresse ses signifiants ; ou donc c’est un rapport et un rapport est un avec soi ; il n’y a pas, en somme, d’incompréhension ou de mystère, sauf celui-ci qu’une dimension est articulée, comme arc de conscience dans l’arc du présent ; le présent est aussi in-visible que l’arc de conscience). Le « rapport », cette idée, permet de passer outre, d’outre-passer, le seul caractère universel ; qui empêche de comprendre (nous ayant jusqu’alors véritablement ouvert les yeux sur le monde donné là, le monde, réel, en dessous de tous les mondes représentés particuliers ; le grecs visent le donné tel que « là », l’être ; et c’est encore rechercher le caractère universel de cet être de structure (qui n’est donc pas un être) que de le qualifier de rapport ; sauf qu’alors on entre dans la nature même de l’indéterminé, de la forme.

De même que le présent s’expose comme une forme brute, sans rien, qui contient toutes les réalités.

Il ne s’agissait pas du sujet, du sujet subjectif. Mais du sujet structurel. Celui sans lequel rien n’existe. Les mathématiques, les sciences, les politiques ou les idéologies, l’humanisation depuis la révolution mais bien avant encore, et la personnalisation, accélérée depuis les années soixante, rien n’existe sans le sujet.

Sans le sujet, cela veut dire sans l’arc de conscience qui déploie toute sa constance et se met en branle sitôt qu’un signe accole une perception, et sans lequel aucune construction subjective ou serait-elle objective, n’existerait. Donc le sujet, l’arc de conscience est capable des plus extrêmes possibilités connues. Mais également des plus millimétriques ; il suffit d’un signe (un signe ajouté à une phrase peut en modifier tout le sens).

Ajoutons que cet arc est à lui-même le rapport qu’il est, et s’envoie sa propre information. Laquelle est difficilement, voire impossiblement exprimable. Mais dont la certitude est certaine, si l’on peut dire, même si on ignore ce qu’elle signifie, implique, rend possible ; puisqu’il est en rapport à (soi) ce rapport peut se modifier, par nature au sens de par structure.

On a nommé ce rapport à soi du rapport le se-savoir ; qui n’est pas du tout une connaissance ou pas essentiellement, mais une aperception, dont le seul paramétrage consiste en sa prédisposition ; ce par quoi le je décide, oriente, accepte, reconnaît, intègre son aperception générale de soi, de la vie vécue, de l’existence, de la réalité, etc.

Curieusement c’est et surtout ça n’est pas (à la fois) ce dont on se décide ; d’être « bon » par exemple, ou mystique ou cynique ou ce que l’on voudra. La véritable intention que l’on crée en soi-même est beaucoup plus incertaine que toute motion consciente et apparemment assurée. Il faut toujours replacer la phrase du christ ; non pas ma volonté mais la volonté de mon père, rien ne se fait sans sa volonté, il est ce par quoi le monde a été fait (le verbe) mais non pas ce qui a décidé du monde, etc.

Dit autrement l’intention que l’on existe est autre que l’énonciation, et consiste, formellement s’entend, en un horizon structurel en forme de champ de conscience, dont le je se tient.

Cette imprononçabilité du je ressemble pour ainsi dire à sa « sagesse », ou plus exactement à la conscience de son effort, dont cependant on mesure difficilement ou rarement les effets (tout un protocole est requis et donc en quelque sorte un idéalisme ; c’est le cadre objectif kantien, les procédures scientifiques, qui délimitent une partie du champ, l’extrait et l’encadrent).

Ce qui veut dire que chacun, en tant que moi, cette intimité, est en réalité instancié dans et par l’arc le plus grand possible (autant que l’on sache).

Et arc qui se définit ou s’approche précisément en tant que position ; il n’y a « un réel » que par un arc de conscience qui, lui, en tant que rapport est déjà « un » et donc en capacité d’opposition qui signifie, tient, obtient, sait et même se sait lui-même en tant que perçu, lui, du dehors. C’est de ce positionnement que se concrétise comme point du réel externe à partir duquel ce rapport se perçoit, puisqu’il est rapport, et non un « moi » ou une identité qui « penserait », ou donc inversement penser est précisément architecturer des rapports dans la vue, externe, de la cohérence qui est tenue du dehors.

Toute cette extériorisation cherche évidemment à chaque fois de s’unifier (elle ne peut pas s’exposer continuellement dans l’altérité) et en chaque unité trouver une stabilité. En ceci le mouvement est condamné à l’objectivité ; même la subjectivité n’est telle qu’admettant en elle le concret de telle ou telle situation (sinon elle disparaît) et pour cela tout moi-même contient en lui-même non pas son identité (qui est imaginaire puisqu’aucune raison ou corpus s’affirme suffisante pour s’articuler à la réalité, étant donné l’ampleur de tous les champs intentionnels, qui couvre tous les aspects de la vie humaine), mais tout moi-même contient sa division ; la « castration » signifiant l’acceptation de la distance ; que l’enfance tenait, elle, des autres consciences ; tout enfant se détient de la conscience d’autrui, qu’il intégrera, ou pas, en tant que distance, et sans que jamais cette distanciation soit complète, ce qui veut dire que le sujet inconscient est irréductiblement ce qui se tient en retrait de et par la division du signifiant, qui représente en chacun l’altérité, autrui, l’autre, le langage ou l’extériorisation de notre être ; extériorisation qui rend possible cette relative identité.

Donc tout le monde est fou, au-dedans et parfois au-dehors, puisque niant la distance, la division et cherchant à projeter une unité consistante.

L’acceptation, consciente cette fois, de la distance constitutive est cela même qui ouvre la porte aux structures réelles ; dieu, la pensée, le christique, le sujet ou la révolution ou le réel. Par quoi chacun aura alors accès aux stratégies, aux méta stratégies. Ce qui est manifesté absolument par le christique ; il fait non pas sa volonté mais la volonté du père ; il se détient de la distance la plus intégrale et totalement autre.

Cet écartèlement sacrifie le moi (de fait Jésus) mais pour trouver son unité de structure, non imaginaire. Inversement le moi ne sait plus du tout cette ouverture, cet accès ; il ne supporte plus du tout qu’il soit réduit en son intention et tient donc à toute force de réaliser, rendre réel son être imaginaire, ce qui est condamné ou damné tout court comme on veut. Il trouverait sinon, ce moi imaginaire, que son unité de structure est plus grande, en vérité, que l’exiguïté de son image de soi ; il en ressortirait encore plus singulier. Ce que nous communique une œuvre, c’est la capacité structurelle singulière.

C’est que l’une tactique et l’autre stratégique ne commandent pas chacune la même réalisation ; la tactique organise le donné déterminé (et donc par une unité déterminée, imaginaire) et ordonner l’indéterminé, soit le signifier et établir la cartographie structurelle. Dieu antérieur au monde déterminé, le christique au-delà de la vie vécue, la pensée clarifiant le donné là (par un réseau intentionnel cohérent), le sujet distinguant le je du moi (et donc instaurant le moi en tant que tel, qui auparavant n’était pas représenté, sinon négativement sous le regard du christique).

Le sujet est le champ initial intentionnel qui rend possibles tous les autres champs.

Ou donc ; le champ initial dépend de sa motivation. Cette motivation est cela même qui doit être exprimé et organisé.

Sitôt qu’il s’englue dans le donné, l’immédiat, et y compris ses propres résultats immédiats, il cesse d’élaborer une stratégie globale, et ce faisant ce qui va le guider c’est derechef l’immédiateté, ce qui veut dire le corps, la pesanteur du corps, la satisfaction du vivant en lui, qui, avec sa massivité et sa continuité propre, va absorber les intentions en les pliant à son « bonheur ».

ça en veut pas dire qu’il faille annuler le bonheur, cad en tous cas l’absence de souffrance, de difficulté, de pénibilité, etc, mais qu’il doit être considéré comme une base, à partir de laquelle l’élaboration pourra s’élever (plutôt que de rester emprisonnée dans les nécessités et les pesanteurs).

Il se trouve que l’on a effectivement réalisé un tel monde, de bienfaisance, mais que l’on s’est empressé de réintroduire du nécessitarisme (le profit, pour résumer) et la concurrence des groupes entre eux et la rivalité des individus ; comme si il s’agissait d’une jungle, et l’économie est l’idéologie d’un tel pseudo « milieu  naturel », dont on étudierait les lois, alors que celles-ci sont humainement validées ou abandonnées à simplement la loi du plus fort.

Aussi l’arc de l’intention, qui permet de structurer, s’effiloche. Il est englouti dans ses effets, et comme il s’est introduit dans le corps, la satisfaction de celui-ci se fantasme, s’irréalise et entraîne toute l’irréalisation humaine, nourrissant un dégoût tout à fait profond. Intellectuellement une a-humanité ou politiquement une inhumanité (soit donc un solipsisme radical, soit un idéalisme du surhumain fantasmé).

La liberté est ce sur quoi tout repose mais elle se doit à elle-même et non pas comme faire-valoir du monde, des envies, des intérêts, des immédiatetés. Toute l’historicité se rappelle à nous afin d’éduquer la capacité organisationnelle structurelle.

Or le dégoût viendra, tôt ou tard, de confronter l’ambition, l’ampleur, la volonté et le projet potentiel et les réalisations, les à-peu-près, les ratages et les égarements.

Ce qui fut prévu.

Ce fut prévu initialement, par le christique. Vous vous égarez. Et vous vous égarerez ; ce qui se nommait péché, faute et au fond faiblesse. Mais cela n’abolit pas l’intention originelle (et l’intention originelle est celle déployée à l’origine de tout).

On a vu qu’il faut prendre non seulement au sérieux mais à la lettre ce qui s’est installé historiquement au point de formuler le cadre, invisible, d’une humanisation entière, qui a pu doubler l’humanisation par la personnalisation, lequel mouvement s’est imposé sur toute la planète puisque fondé sur d’une part le monde donné là (grec, le monde unique en-dessous de tous les mondes particuliers) et d’autre le sujet, ce qui veut dire l’arc de conscience en un corps vivant, singularisé cet arc et ce absolument puisque son unité ne tient pas à une composition (telles et telles déterminations) mais au je, purement formel, par lequel le reste apparaît (dans des champs intentionnels innombrables de toute l’existence humaine en tous sens ; c’est uniquement en résonance des signes que l’on organise la réalité).

Vous vous égarez parce que ce qui existe c’est la structure, la forme et non les contenus, quels qu’ils soient ; tout contenu visera à côté. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille abandonner tout projet, mais que la réussite même des projets vous poussera à délaisser la structure et ainsi la possibilité de stratégie. Aussi faut-il tenir au sujet ou à dieu, au christique, à l’universel, à la révolution, à la pensée, au réel comme formel, qui ne tient pas dans quelque monde (ou vécu) que ce soit. Ce sont les structures qui se sont réalisées dans le monde ; pensée ou sciences ou révolution et liberté et égalité ou personnalisation du moi-même existent formellement ; remplacer celles-ci c’est réduire les stratégies aux tactiques.

Puisqu’elles sont hors du monde et hors du vécu, les structures doivent être tenues en et pour elles-mêmes, sans substitution ; reprenons le mot de Kant et la pensée, le christique ou le sujet (ou le citoyen) imposent comme structures régulatrices ; Kant voulait explicitement non pas rendre impossible la métaphysique mais construire les finalités réelles (transcendantes) dans le monde donné (immanent). Si on retire les finalités réelles, quantité de finalisations s’y substituent ; mais le niveau descend, et continuera de s’effilocher, remplaçant des finalités plus ou moins valides par des buts et des envies de plus en plus immédiates ; qui chercheront à toute force à se matérialiser et ne se trouvant pas, s’enfoncent encore plus dans la matérialisation des intentionnalités, laquelle est un idéalisme, qui croit que dans le monde quelque ‘absolument réel’ se concrétisera ; mais l’image renverra toujours au miroir et du miroir il n’existe pas d’image, on y substituera image sur image mais jamais l’arc de conscience ne sera identique à ses contenus.

Comme il n’existe pas en soi, en lui-même mais exclusivement dans l’effet de se produire, ce sera absolument une actualisation et de cette actualisation on ne peut douter. Le cartésianisme n’est pas seulement épistémologique (établissant la possibilité de la connaissance), mais ontologique ; au sens précis que l’ontos, cad non pas l’être mais l’exister, se rend réel effectivement dans et par son activisme et donc son actualisation effective ( on assiste au cogito et chacun le produit en lui-même de cette monstration même, qu’on le veuille ou non, et quantité de sujets ont, au moins, entendu, ça leur est tombé dans l’oreille que « je pense donc je suis », cela suffit pour que l’intégralité du rapport leur revienne instantanément) ; de même que l’on apprenait « au nom du père » ou « je sais que je ne sais rien », en quoi lors même chacun voit bien que malgré cette déplétion il est, il existe, il est ainsi une certitude (ce qui s’exprime n’est pas ce qui se ressent) qui est ce à quoi il faut se confier, avoir foi, se convertir, et qu’il est impératif d’explorer. Certitude qui n’est pas une facilité mais dès lors (dès lors qu’elle prend conscience de soi comme conscience, comme rapport) cherchera d’une manière ou d’une autre à proposer ses conditions de possibilité(s). Elle ne s’accordera pas aisément à ‘elle-même’ puisqu’elle n’est pas, mais s’avère, de véridicité, prise dans sa propre réserve infinie, en suspension, en distanciation, en antériorité et prédisposition.

On a vu que le champ de conscience est bien plus étendu que le champ du conscient (et que le dit champ par ailleurs naît dans la différence du signifiant ; non pas qu’il soit causé par le signifiant, puisqu’il n’est pas dans le pouvoir d’un signe de créer un tel arc de conscience, mais bien plutôt l’inverse, une cervelle instancie un arc qui produit ou rend possible l’utilisation de signes, qui par ailleurs se rencontre déjà dans le monde des vivants). Et que précisément l’historicité à la fois dans les faits de structures majeurs (comme dieu, la pensée, le christique, la révolution, etc, qui déborde le je de chacun et très largement et pour le dire infiniment) et en tant qu’expérience vécue et éprouvée par un tel ou tel autre (dont ils se plaisent de mener le compte rendu, nommé œuvres) l’historicité nous instruit de l’étendue des prédispositions possibles, accessibles à chacun (et indéfiniment accessible depuis notre hyper méga développement humain et personnalisé du 20éme).

Qu’on le veuille ou non chacun est mis en demeure. De choisir, de dessiner son devenir possible (n’oublions et rendons à césar que Nietzsche est tout entier occupé d’auto-affirmer son identité potentielle, de « puissance », ce par quoi débute le siècle en somme). De même que la constante exposition du genre humain dans la myriade de représentations, multi-accessible de partout, des romans aux séries tv, de l’imaginaire ou de l’enquête policière (traquant le mal), de la télé-réalité aux fantasmes de toute sorte (y compris sexuels) nous offre le spectacle de nous-même ; incrustant en nous tous nos images, mais alors est-ce pour nous convaincre (d’une telle identité imaginaire) ou pour nous projeter et décaler face aux représentations toutes extériorisées ?

Le je lors même qu’il doute, se renforce ; il sup-pose son existence déjà-là, en dehors de l’identité ou la non identité.

Et cette supposition est un affect. La certitude, qui deviendra l’auto-affirmation de Nietzsche ou la complexité néanmoins affirmative de Lacan, finalité d’une psychanalyse ; que le possible revienne accessible, qui était figé. Cet affect est la prédisposition extrêmement mystérieuse de soi. À la fois déjà acquise et en même temps modifiable, transformable, renouvelable ; le christique, le sujet et les œuvres (si l’on rencontre la poésie par ex ou la révolution), mais aussi la pensée ou dieu, l’aperception reconnaît son cheminement.

De cela la parole très étrange ; « Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables, sous son regard, dans l’amour. »

Au sens où cela exprime la circularité non close ; en somme la spirale qui revient sur elle-même par elle-même ; elle doit exister, se manifester pour que prenant acquisition de son existence, de sa vie, de sa manifestation, elle revienne sur sa décision. Selon le principe ; il y a réalité afin que se jugeant elle-même elle se transforme et le substrat supérieur de cette manifestation se nomme (ou est délimitée) comme étant le réel de la réalité. C’est pour cela, à cette fin que la réalité se voit, se perçoit elle-même.

Rappelons que le réel est plus grand que lui-même ; le réel étant déjà là (sa question ne se pose plus), le problème devient ; qu’est-ce qui est, dans le réel, possible ?

Et on a admis (c’est ici l’hypothèse formelle globale) que si le possible est le réel, alors il devient ; le possible devient ; il cherche à devenir encore-plus, encore plus loin, plus élevé et cherche son articulation dans sa perfectibilité (et non sa perfection, qui est une idée fétiche mais incompréhensible).

Dit autrement le présent, l’exister (considéré comme étant la dimension même en laquelle tout le reste se déroule) suspend la totalité des réalités (mondes et peut-être pluri-univers) et des réalisations (humaines ou non-humaines), et dans cette suspension le mouvement structurel travaille et travaille à rendre encore-plus vraies (cad articulées) le réel au travers des réalités et des réalisations.

De même la suspension du jugement de soi, son affect, sa perfectibilité (qui est divinisée de fait par le christique) ; nous existons afin de nous modifier, de transformer la forme de notre être, de travailler l’exister de notre être (notre être est l’image dans le miroir, afin que le miroir se perfectionne, lors même que le miroir n’apparaît pas … c’est tout le secret du je, de la structure-sujet, et occasionne la foi, la conversion, à ce que l’on voudra : de se confier-à).

Et ainsi le je est affecté à l’épreuve de lui-même (atteignant par là ce qu’il ignore de lui-même et notamment sa capacité, minuscule mais suffisante, puisqu’un seul signe modifie la phrase), il est ou devient sa passion, et d’autant qu’il prend conscience de ce mouvement, de cette auto modification ; le moi croit qu’il perçoit réellement, mais c’est faux ; il existe des re-plis, des re-plis qui l’attendent (su fait de vivre) ou des re-plis à-venir si jamais il lui prend de rechercher sa Possibilité, qu’il rencontrera peut-être sans le vouloir au détour de telle œuvre ou telle expérimentation, mais à condition qu’ensuite il le veuille ; c’est le problème de la conversion (en quelque élévation que ce soit) ; il faut tenir ce que l’on a Vu. Lors même que ce qui est Vu est bien évidemment invisible, puisque de l’ordre de la structure, du réel de la réalité.

On considère, ici, que cette expérience de la structure brute s’est donnée telle quelle (sous diverses formulations ou révélations, au choix) puisque bien sûr si notre être est un rapport celui-ci s’informe de sa propre relation, et s’instruit de son propre possible, accroché (fonctionnellement) et peut-être suspendu (dimensionnellement) à l’arc structurel. Sous diverses formulations ou révélations, au choix, donc mais diverses révélations affinées en comparaison de la puissance initiale, laquelle est infinie, littéralement, puisque l’on admet que le réel est plus grand que lui-même, ce qui veut dire que le réel travaille l’infini par l’infini ; l’infini est cela qui recherche l’encore-plus infini, ceci constituant la finalité même de l’infini, cela qui use du fini afin de se voir et de se transformer (le fait même de se voir le transforme).

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Tout corps vivant plongé …

16 Octobre 2021, 08:26am

Publié par pascal doyelle

Tout corps vivant plongé dans l’horizon de la conscience,
ne souhaite que disparaître.
Parce qu’un vivant se ressent comme centre de son monde (afin de répondre aux dangers),
et de tout regard extérieur porté sur ce corps il se dit ; il va me manger.
Or ce regard est le sien.
L’arc de conscience est en nous tout à fait autre et on ne perçoit pas seulement l’horizon du monde (ou du vécu ou du corps)à partir d’un point central (le vivant),
mais on se perçoit à partir de cet horizon.
Du dehors.

Et ainsi ce corps vivant se réfugie bien vite en sa petite niche ; le moi (ou la communauté).
Évidemment plutôt que de se replier en un moi, il devra faire l’effort d’explorer cet horizon de l’arc de conscience qui l’a transporté, qu’il le sache nommément ou non, à l’autre bout de la réalité.
Soit donc sur le Bord, le Bord du monde, de la vie vécue et du corps, arc-bouté par le champ intentionnel, qui est constitutivement un Bord.

La structure psychique spécifique est la paranoïa. Voir Lacan et sa thèse sur les sœurs Papin. Une conscience, intentionnelle donc, part du principe que tout ce qui vient est signifié, pourvu d’un sens. Évidemment elle s’éduque afin de réinterpréter plus objectivement ou subjectivement du reste (en assignant une interprétation par autrui, admis lui-même comme sujet, ce qui réclame une construction). Ce qui veut dire que quelque signe qui vous vienne, vous le prenez pour vous. De sorte que la circularité de la conscience perd sa capacité d’ouverture, et donc d’architecture, pour basculer dans le centripète et/ou la hiérarchie roide. Pareillement le christique est de fait la monstration de la haine de tout ce qui appartient au monde envers le un tout-seul. Et sa réponse, sa restructuration de l’architecture du possible pur ; le par-don, l’amour et le regard du Père (si on le perçoit comme étant le Fils, alors c’est que l’on admet en soi-même le regard du Père, il n’y a de Fils que pour le Père ; soit donc le regard délivré). De même que Descartes, soudainement, on ne sait comme ça lui vient, réintroduit le regard sur ‘soi’, et se tient suffisamment en grande estime afin de générer la générosité en tant qu’affect fondamental de soi (et justifie de cela qu’il y ait des passions structurelles du je ; refusant, donc, que les « passions » soient réprouvées abstraitement ; de là les passions de « l’âme », et non les passions immédiates).

Il est ainsi une quantité actuelle du je qui permet à la structure sujet de passer de l’indéfini rapport (la suite indéfinie des nombres par ex) à l’infini réel (dont on ne sait pas du tout ce qu’il peut être, puisque l’on a substitué au dieu-infini, le dieu perfectible ; dont la structure absolue, formelle est précisément qu’il peut (encore) devenir ; étant entendu que toute réalité déterminée est déterminée… cad morte, déjà).

De ceci que l’activité du je est requise afin que la structure sujet déploie ou commence de déployer sa capacité, la capacité de cet « être » spécial qui est à lui-même son rapport ; ce qui se nomme conscience.

Conscience se dit de cet être qui n’est pas un être (déterminé), et qui porte en sa nature même, en sa structure d’augmenter le réel. Et ce via une astuce (ou une destination logique et structurelle) qui consiste à se déterminer par et dans un rapport ; soit la faculté de signifier ; d’apposer des signes vers les perceptions, augmentant celles-ci, les détaillant, les précisant, les réorganisant, les transmettant, etc. Cette faculté de signifier veut dire qu’en avant de tout signe s’active l’intentionnalité, et donc la conscience ; qui est et n’est pas, à la fois, une magie ou un mystère ou une structure étrange (relevant soit d’une fonctionnalité réelle émergente, soit d’une dimension suréminente, mais dans tous les cas transcendante ; l’unité de conscience est toujours plus grande que tout contenu de conscience). Une magie ou un mystère ou une structure étrange puisque tout en maintenant la détermination (il n’est, à proprement parler, que de la détermination, puisque le réel, le présent, l’arc de conscience existent formellement, en tant que structure), la nature, la réalité, dieu ou la dimension réelle contournent cette détermination (qui périt, qui disparaît, qui est momentanée et ne dure pas au-delà de son déterminé) en usant de la détermination (le signe et la perception) pour se-signifier et tenir cette auto-signification ; l’unité du je accompagne toute pensée, disait Kant ; en vérité c’est plus subtil (mais la phénoménologie viendra après Kant), puisque ça n’est pas le je, le sujet qui est supposé en toute pensée, mais le champ intentionnel qui lui-même par ailleurs ‘accompagne’ beaucoup plus que la pensée consciente conceptuelle, et use de tous les champs (de la perception aux idées en passant par les signes de toute sorte et les affects effectivement réels).

Donc il faut le déployer comme champ ou arc. Et cet arc prend le corps, vivant ; récupérant tout ce qui peut venir du corps vivant) ; en propulsant ce corps au-devant, dans et par la perception (enfant on obtient, incorpore la conscience des autres, puisque enfant l’arc de conscience n’est pas complet, il n’a pas d’interne et d’externe, d’intériorité si l’on veut et donc pas d’extériorité ; le passage dans ce maelstrom impitoyable, de la distance, de la coupure est désigné en psy comme « castration », ce qui veut dire que l’on se sait ne plus être le centre du monde, et qu’il faut rétablir une connexion d’avec l’extériorité, par le désir, les désirs, sauf que ceux-ci risquent de se coincer, ou répéter en boucle, dans la névrose ; dans la psychose la distance n’a pas été intégrée, de sorte que l’irréel envahit par exemple les perceptions ; ce qui repousse l’irréel c’est la distance de conscience, la construction, intentionnelle, qu’elle parvient à établir (et bien que l’irréel revienne sans cesse) et donc selon ce principe qu’elle se perçoit elle-même de l’extérieur. C’est le point-autre (dieu, autrui, l’objectivité, l’horizon, etc) qui, puisque la conscience s’est décentrée (n’étant plus figée dans tel contenu ou quelque contenu que ce soit), rend possible que les contenus, les représentations, les perceptions, les désirs défilent ; pour que se déroule la multiplicité des mots, des signifiants il faut que l’arc de conscience, de chacun, soit décentré, qu’il ne tienne à aucun contenu, et que donc l’attache de l’arc de conscience au corps soit non-dit, soit juste un signe, sans signifié, sans lourdeur, sans épaisseur (que l’on ne peut donc jamais atteindre, qui recule sans cesse pour que les signes puissent glisser), mais qui assume (ou pas, et plus ou moins) l’épaisseur du corps (impénétrable, massif, matériel, raison pour laquelle, également, chaque conscience doit passer par l’autre-point de vue, extérieur, afin de transformer cette matérialité en signe, pour-une-autre-conscience, en distance et donc pour que le je puisse naître, dans le champ ainsi créé).

L’arc de conscience se suppose afin non pas de revenir à soi, mais de se lancer autre que soi (puisque « conscience » étant un rapport est déjà toujours autre, ce qui rend le moi fou). Ensuite, par contrecoup (puisque l’extension de l’arc provoque une angoisse cataclysmique au vivant, qui, lui, se ressent comme le centre du monde, question de survie, il vit dans son milieu et non dans l’horizon) le moi se crée un cocon ; il fixe son objet (ses objets et le capitalisme, libéralisme, etc, s’emploie à lui en fournir en quantité) afin de réguler son unité, laquelle est dynamique, et non pas « substantielle », il croit en la substance de l’objet et donc en la sienne, mais c’est une substantialisation par substitution, il y investit son « être » ; et lorsque son objet le déçoit, il s’effondre, du mini au supergrand effondrement de ‘soi’).

Évidemment plutôt que de se replier en un moi, il devra faire l’effort d’explorer cet horizon de l’arc de conscience qui l’a transporté, qu’il le sache nommément ou non, à l’autre bout de la réalité. Soit donc sur le Bord, le Bord du monde, de la vie vécue et du corps. Disions-nous. Chacun, au sortir de son enfance, c’est retrouvé perché sur le Bord. Se donne ainsi, si immédiatement et parfois si instantanément, la source de tout ce qui est, faut, sera. Le présent hyper actif qui déplie toutes les réalisations, naturelles ou humaines, collectives ou individuelle. Et son rejeton ci-devant l’arc de conscience dans l’arc du présent qui entame de manière encore plus précise l’actualisation. Il y a un présent afin que s’actualisent les réalités, et il y a un arc de conscience afin que s’actualise l’encore plus grand possible.

À savoir ; au lieu que le possible de la chose déterminée seul soit (sur le plan de l’être donc), alors s’invente, se crée ou est révélé le possible de cet être qui est non plus une détermination, mais le rapport lui-même (il quitte le plan de l’être pour entrer dans celui de l’exister, les êtres sont les effets d’un plan transcendant ; le présent formel ou/et l’arc de conscience). Le rapport lui-même et donc tout rapport possible (au lieu de telle ou telle détermination).

Nous n’avons pas, évidemment, pensé le rapport en tant que réel formel, mais nous l’avons dénommé ou il nous a été révélé comme divin ; le divin comme réel séparé du monde (le sacré est dans le monde une partie réservée du monde). Il débute par la seule volonté (dieu comme Intention) et par l’universel, l’universelle intentionnalisation ; toute conscience-de, quoi que ce soit, est déjà en elle-même universelle, au sens d’universalisation ; elle joue de signes, et un signe est un rapport, que la pensée entretient comme organisé, et donc en (se) situant comme pensée ; elle doit se savoir, savoir qu’elle pense et produit des rapports ; si elle pense seulement, si l’on veut, des choses (le sacré comme soleil, lune, saisons, et autres dieux naturalistes ou magiques ou de la mondanité ou du groupe particulier) on s’attache à tel contenu déterminé ; mais si on comprend que l’on produit les dits contenus, alors on commence de délimiter la capacité de produire des contenus, des représentations, cad que l’on comprend que l’on pense ; que l’on sait l’activité même en tant que telle (et non tel ou tel effet, auquel on accordait sa croyance).

Dieu (l’intention du un tout-autre), la pensée (le tissage universel organisé et conscient de lui-même, qui sait qu’il pense), le christique (qui introduit l’intention en chaque corps humain, sous le regard du un tout-seul), le sujet (qui est à lui-même le regard, le rapport qui se sait comme je), la révolution (qui partage universellement le sujet, selon la liberté et l’égalité).

Le moi, aboutissement de l’historicité (la personnalisation ayant doublé l’humanisation, l’individualité l’universalité, etc, l’humanisation est excellente mais il faut que chacun se sente, de tout au fond de lui-même, concerné par la réalisation humaine et en sorte que l’individualisation paraît le sens le plus concret de celle-ci) le moi donc est au plus proche du je ; par quoi le moi peut saisir qu’il n’est un moi que par et pour un je, un sujet qui, lui, existe.

De là qu’il faille récupérer, chacun, l’historicité ; ce par quoi s’est réalisée l’espèce humaine, et notamment son articulation tout à fait absolue, cad formelle, que tous les rapports sont accessibles, a priori, par cet être qui n’est pas un être mais le rapport à soi du rapport en tant que rapport (ou donc le moi est un des rapports, évidemment tout à fait crucial pour chacun, un des rapports de tous les rapports possibles, de même les nombres désignent la chose qui a rapport à elle-même et est une avec elle-même, on peut la décomposer et recomposer avec des uns, lorsque les unités, les éléments qui la composent sont repérés).

Et de même la psychanalyse ne permet pas de résoudre le problème du moi (son origine qui recule sans cesse, puisque la coupure dans le corps vivant est ce qui crée qu’il y ait un « moi », selon un regard-autre, autrui d’abord, l’autre en général, cad le signifiant ou le langage, et l’Autre, cad le regard diviseur qui non pas nous écrase ou nous dissout, mais nous fait-exister (et non plus être seulement, puisque l’on est ce que l’on est, mais on existe pour-soi parce que perçu, du dehors, d’un point-autre). Et le truc, l’astuce c’est précisément que l’on ne va plus seulement être sous un regard figé (autrefois) mais que l’on va récupérer un regard, neuf pour ainsi dire, autre, divergent, second peut-être (puisque le premier est inamovible) mais suffisamment réel pour que l’on s’en serve d’une manière ou d’une autre comme d’un levier ; aux désirs fixés ou répétitifs ou coincés, on va recréer d’autres désirs qui nous offriront un nouvel air frais ; c’est cette capacité qui souffrait, acculée, écrasée, obsessionnelle, angoissée, enfermée, etc. Non pas une résolution mais un ajout ou la possibilité d’un ajout, qui, enfin, nous délivre.

Cet ajout du second regard est celui de la distanciation. Et cela revient à prendre conscience de soi en tant que je. De non plus croire en tel ou tel contenu, mais à saisir que l’on est ‘cela’ qui désigne les contenus. Le cogito n’est pas seulement une opération épistémologique, mais un saisissement existentiel et pour le dire ontologique. C’est la distance du réel à lui-même, au moins en cet être spécifique du je, qui se révèle. Aussi s’entretient-on dès lors directement avec dieu, l’infini, l’absolu (des allemands par ex qui tenteront de combler la distance en absolutisant la conscience dans l’idéalisme), ou le structurel (et Lacan s’en aperçoit bien qui dialogue avec Descartes, Descartes si « spécial », dont il se conçoit comme l’envers de la face, le ‘je suis où je ne pense pas’, puisque le conscient dissimule le sujet inconscient).

Et donc dieu, la pensée, le christique, le sujet, la révolution (et ses dérivées) semblablement ajoutaient une possibilité, et non plus individuelle ou psy ou psychologique ou vécue, mais globale, collective, idéelle, singulière (le christique et le sujet) ou historique ; une porte du possible brut ; qui comme tel n’est pas écrit du tout ; les juifs ne savent pas ce que ce dieu unique « veut » ; les français ignorent ce qu’ils voudront mais aussi ont voulu en quelques années nommées « révolution », on n’y a pas compris grand-chose mais l’ont décidée, cette révolution (de quelle historicité profonde fut-elle choisie?) ; le moi ne comprend pas qu’il soit un je ou un sujet et encore moins une structure-sujet, fonctionnelle (cad permettant qu’il y ait une réalité dont il est la cause structurelle) ou dimensionnel ; cette structure valant comme réel en lui-même, les choses, les êtres, les groupes humains, les mois sont mais ce qui existe c’est le présent et l’arc de conscience ; cela seul existe et on ignore ce qu’ils désignent, ce vers quoi ces deux formes (arc de conscience dans l’arc du présent) indiquent, orientent, et invisibles mais bien plus réelles que les choses ou les êtres, et la décision intentionnelle, tout au long d’une vie, est la cause de toutes les aventures et mésaventures qui pourtant paraissent seules visibles, et éprouvées.

Or la finalité, ici, est de saisir que nous ne sommes pas réduits à un tel vécu, mais que précisément c’est le non visible qui est véritablement éprouvé. Et que les expérimentations et les explorations et les élévations et leurs affects repartirent activement à l’assaut de la sustentation du corps vivant passant dans l’outre-dehors, le regard affreusement ou étrangement ou mystérieusement ou divinement externe. Ce que l’on nommera peut-être les affects réels.

On a trop pris l’habitude de désigner comme affects les émotions et sentiments du moi, du moi psychologique ; déjà la psychanalyse étend l’attention à d’autres sortes de retentissements et même met à jour d’inhabituelles considérations, repérages, étayages. Pareillement et presque parallèlement l’existentialisme. On ajoutera que les sentiments du moi, eux-mêmes, s’imposent, au moment de leur apparition (dans la poésie, la littérature, les romans) comme des nouveautés (d’où l’engouement). Et la prise en main industrielle des affects est d’autant plus insupportable et pour le dire ignoble, immonde, cad pornographique qu’il s’agit précisément des affects ; du raccord de la conscience au corps vivant, littéralement son intimité (que Lacan projettera comme extimité, afin que le je récupère une intimité, décomposée par les signifiants extérieurs ou figés ou passéifiés). Puisque ce corps, vivant d’une part et humain d’autre part, est également ou se découvre dorénavant personnel et singulier ; mais s’ajoute donc cette étrange position d’un être qui constate l’étendue de l’existence, et prend de plein fouet la persistance du réel.

Mais il ne faut faire l’impasse sur l’ensemble de tous les affects, des plus extensibles possibles, qui tentèrent durant des siècles d’élever le je ; certes le je ne se signifiait pas comme tel (il faut d’abord attendre Descartes et Pascal, qui inventent le « moi »), mais précisément chacun essayait d’augmenter son unité en propre (que l’on ne pouvait pas qualifier de personnelle, puisque la personne ne s’imposait pas dans la représentation), ou de l’intensifier selon les grands opérateurs que sont dieu, la pensée ou le christique ; c’était bien ce mouvement de percevoir plus et autrement et de créer ces champs étendus de considération, d’attention, de découplement (par lequel chacun s’extrader hors de tel ou tel groupe).

Si l’on remonte en mémoire toutes les aventures consignées historiquement depuis le judaïsme, les grecs, le christianisme, littératures et poésies, elles se traduisent toutes par des afflux d’affects. L’effroi de moïse qui ne peut contempler dieu ou le sentiment de l’absurde existentiel lorsqu’un je s’aperçoit que l’existence existe. L’étonnement des philosophes ou l’ennui, le spleen moderne de Baudelaire. La folie illusoire et idéaliste de Quichotte, décalage fantastiquement étrange, ou le suicide de Werther. Jusqu’au sur-sentiment de Rimbaud ou de Nietzsche. Bref il y eut quantité de sentiment de soi ou de l’existence, de la vie, du monde, des autres, etc ; ça n’a jamais cessé, et c’est seulement très tardivement que ces affects (monumentaux parfois, souvent élevés, universalisés et universalisants de sorte que le moi s’y reconnaît moins) que ces affects donc furent attachés au moi psychologique, individualité et immédiateté, le moi ce qui veut dire le je concret, concrétisé à la suite de la dé-couverte, mise à jour et donc invention, création à partir de la liberté (qui ne s’entend que d’un je) se prêtant comme une vie vécue, et de l’égalité (qui communique et transmet cette liberté, ne se limitant plus à la rivalité).

L’affect n’est pas en lui-même un en-soi, une essence fixée, mais un devenir et le réemploi du corps par l’esprit, ce qui veut dire la restructuration du corps vivant par cette autre-surface du corps qu’ajoute l’intentionnalité et ses champs (innombrables), la surface des signes, ayant à passer outre la paranoïa primitive. Et cet affect est constamment remodelé et bouleversé par le positionnement de l’arc de conscience sur, vers et par le réel, en tant qu’il crée des champs de réalité, de réalisations, mais aussi qui mesure la, les distances de dieu au monde et à son peuple, du je abandonné à la haine de tous, du sujet qui s’accorde à lui-même dans son équation (cogito), du drame ou de la tragédie de la vie vécue individuellement, de l’incroyable évidence de l’exister en tant qu’autre absolu, cad formel, et existentiel, ce qui veut dire ontologique.

Rappelons que dieu est l’initiative de l’intention, la pensée son augmentation, le christique son intensification (qui déplace soudainement chacun face à la mort), Descartes l’accélération, et la révolution sa concrétisation, sa réalisation effective dans le monde humanisé puis personnalisé.

La concrétisation millimétrique, d’un corps vivant dans son aperception de lui-même (rendue possible comme autre-surface qui génère ses propres affects), la création du sentiment de soi (qui n’est possible que via une autre-surface du corps qui se re-présente son unité ou ses possibilités et ce donc par, et pour peut-être, un regard autre, externe, divin ou structurel) qui n’est pas accessoire ou second ou immédiat ou facile, mais extrêmement concret et requérant évidemment que chacun participe de fait de et dans sa propre histoire et aperception.

Du christique au moi il est une seule négociation continuée d’avec le regard, cad l’intention que l’on existe et que l’on sait, mais ne connaît pas, une élaboration continuée, et à la source, l’angoisse, le vivant surpris dans la paranoïa constitutive et autrui sans cesse soupçonné de dévoration potentielle, très sartriennement au fond.

Dont on ne voit plus que le divin s’imposait comme renversement du sens, de la signification, de l’affection du regard. Pour sortir du gouffre intentionnel : le point le plus autre (le père) et celui venu nous chercher (en s’incarnant), de même que le je venant à s’actualiser ici même sereinement, souverainement, cartésiennement, ou la tentative de résolution de soi-même comme équation lacanienne, qui essaie de piéger le signifiant, cad le rapport inactuel dans l’actualité.

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Perfectibilité brute

9 Octobre 2021, 08:14am

Publié par pascal doyelle

Si le réel a pour finalité la perfectibilité (et non la perfection)
alors que l’on ne s’étonne pas de sa brutalité.

Tout le néant existe, tout l’être existe (être au sens générique). Le principe du réel est le possible.
Il n’y a pas de question qui puisse être posée quant à l’existence du réel ; il est le possible et réalisé entièrement. Si le possible n’existait pas il n’y aurait ni néant ni être, mais juste l’absence de tout.
Les questions ne commencent que par le réel lui-même ; comment s’organise-t-il en lui-même ?
Mais dès lors si le principe st le possible, il n’y aura pas de résultat figé ; le possible demeurera encore et toujours le possible. Pour résumer ; le réel se fonde sur lui-même pour se rendre encore plus possible et non afin d’obtenir une réalisation figée de lui-même ; il n’y a pas perfection (comment alors la perfection a-t-elle, pourrait-elle sortir d’elle-même et produire un monde non parfait ?) mais perfectibilité. Il y a réalité afin que se percevant le réel avance plus encore en et par lui-même.

De même s’il est perfectibilité, le réel suppose absolument en son sein toute l’altérité possible. S’il est rapport alors il rend indubitables tous les autres rapports. Et dans cette logique des rapports ceux-ci doivent se rapprocher de la plus grande, toujours plus précise réalisation, soit donc de la plus aiguë possibilité.

Ce qui est mis en scène c’est la capacité de plus perfectible organisation. Non pas d’une organisation fermée, mais d’une organisation qui rendra encore plus présente et active la réalisation.

La finalité pour un arc de conscience (qui est un rapport) est d’instruire encore plus de rapports.

L’universel par exemple, est l’universalisation, un processus qui est inscrit dans la structure même de l’arc de conscience ; lequel est un rapport et l’universel le tissage de rapports organisés. Mais le sens de l’universel, comme de la conversion des perceptions en signes (en couleurs significatives, en formes) s’adressent à. Ils s’adressent à un sujet ; ils étendent, ce sens et cette conversion, la perception, parce qu’ils la font entrer dans un champ plus spécifique mais spécifique ne veut pas dire spécial (qui serait réservé à une partie du monde), spécifique veut dire ; le champ qui porte plus loin telle détermination, qui lui permet d’entrer dans un possible plus grand.

Aussi bizarre que cela puisse nous sembler (la phrase ; comment se fait-il que les mathématiques ou les lois physiques correspondent aux réalités étudiées ?) il apparaît que le donné soit susceptible d’être ré-exprimé dans des formules, et des formules qui agrandissent la perception (on a vu qu’il s’agit toujours d’exprimer des rapports, un étant égal à un et désignant la forme de l’objet, tout relevant la forme de l’unicité ; il y a un espace-temps qui rend unique chaque point) ; on perçoit plus de choses sous la formule, physique, mathématique, mais aussi sous une idée on rassemble et même on aperçoit plus de réalités, et de manière générale sous une idée on énumère encore plus d’idées, ce qui n’a pas en soi de fin, de même que la suite des nombres infinie, sauf qu’en définitive l’horizon des idées, de toutes les idées, est un je, une conscience.

La vérité est que les signes s’utilisent afin de créer des perceptions, lesquelles sont réelles ; puisque la réalité n’est pas un ordre mais un possible ; l’arc de conscience crée une interprétation (des réalités ou de lui-même) mais ces lectures sont réelles. Que tel universel soit vrai, ne signifie pas qu’il soit intégralement ce qui est, mais une partie de ce qui est (possible) ; si l’on veut il existe toujours un universel plus grand qui englobe le premier (ça se constate dans notre historicité même). Et cela vaut également pour la position ontologique ; on ignorait le dieu un tout-autre avant qu’il paraisse (ou se révèle) ; on ignorait le corps-christique (de chacun) ; ou le rapport à soi du sujet (cartésien ) ; ou la révolution liant liberté et égalité. Ceci toujours nous indique le sens de la perfectibilité (qui n’a pas, a priori, de cesse ; ce qui veut dire que dieu ou le divin ou le dimensionnel eux-mêmes progressent, avancent ; ce que nous révèle le divin ou le christ, et que ces positions, ontologiques, touchant au réel et non à la réalité, ça n’est pas une puissance du monde mais un potentialité structurelle, l’amour christique par ex la foi en la foi).

Rien ne dit que ces tissages (maths ou autres) soient les seuls et derniers tissages réels ; il existe probablement d’encore plus grandes « mathématiques » qui intègrent celles-ci, d’encore plus grandes idées philosophiques, d’encore plus grandes Intentions. Il faut réfléchir quant à l’instanciation d’une « conscience plus grande » ; dans ses contenus ou ses possibilités peut-être, mais surtout dans sa nature, sa structure ; conscience étant le rapport, on n’imagine ni ne pense un « demi rapport », bien qu’en lui-même il peut obtenir une encore plus grande perfection, de structure en ce cas ; aussi les expressions « à l’image de dieu » et « frères du christ » « adoptés » veulent dire ce qu’elles veulent dire ; il n’y a pas trente-six manières d’avoir conscience-de.

De deux choses l’une ; ou la cohérence est dans la pensée, les idées, les maths ou les lois. Ou la conscience est ce qui est capable de la cohérence, des cohérences différentes (esthétiques par ex, éthiques, politiques, évidemment, etc). Peut-on concevoir ou imaginer une cohérence « dans » une idée ? La pensée crée-t-elle la conscience ? Ou la conscience n’est-elle pas cette structure qui rend, entre autre, la pensée possible, et donc comme expression de sa vision ?

Si on croit que la pensée contient « de la conscience », on ne voit pas du tout ce que cela signifie. C’est seulement que l’on prête l’activité ‘de conscience’ à un ensemble de signes (qui ne sont rien d’autre, que des signes et non des «idées » ou une symphonie, qui n’a aucun sens hors de l’écoute par un je). On dira que les mathématiques sont vraies, mais qui dit que l’actuelle formulation des mathématiques est achevée et qu’il n’existe pas de plus grandes formules encore ? Et qui dit que les choses, physiques par ex, soient constituées de mathématiques et non que celles-ci sont juste des moyens, parmi d’autres peut-être ? ça n’est pas supposé abusivement, puisque de telles révolutions modifiant la perspective se sont déjà produites. Et on a dit que les nombres sont des rapports, du un sur le un.

Dispatcher la « conscience » en des tas de ses productions rend fou. Il est dans l’activité même de conscience de se voir partout ; de même que chaque moi, chaque moi-même ne sait jamais qui, de où, quoi le regarde. Est-ce lui, lui-même ? Non seulement pas sûr, mais bien plutôt on connaît la dérive énorme dite de l’inconscient… le moi, son identité plus ou moins consciente, est tel un îlot dans les signifiants, qui eux-mêmes, a priori, ordonnent les perceptions, les affects, les gestes et comportements, les regards d’autrui, les images, etc.

Si on avance que l’arc de conscience est absolu et formel, on ne veut pas affirmer par là qu’il est « tout ». il est au contraire dans sa nature même, dans sa structure, de se dévouer ; il est une structure, laquelle n’apparaît pas, jamais (mais se signifie et elle seule perçoit ce signifiant ou qu’autrui est une autre conscience), et n’apparaissant jamais elle met en avant, en place ou laisse advenir tous les contenus. La conscience n’est pas le conscient, qui doit définir tandis que l’arc de conscience trame des signes. Aussi le donné, la vie vécue, le corps, la perception entrent de fait dans le champ ; il suffit de les lier par des signes d’une part ou de glisser leurs densités entre les signes d’autre part (on perçoit quantité de nuances de bleu au travers du signe « bleu ») ; la faculté de conscience crée des signes, qui sont des rapports et permettent de voir au travers de ces signes, d’accumuler des perceptions mais également de se signifier ; et alors plus il lui apparaît qu’elle est seule existante, elle déploie, cette structure, et d’entrer elle-même dans son propre champ (ce qui se nomme dieu juif, pensée grecque, corps du christ, sujet cartésien ou révolution) remodèle toujours en totalité non pas les larges domaines seulement mais le centre de conscience, ce par quoi et à travers quoi elle se dé-place.

Elle se déplace et donc crée une stratégie. Stratégie est réservé exclusivement aux déplacements de l’arc de conscience dans le champ intentionnel de la conscience.et c’est pour cela qu’est requis une étude de ce déplacement. On tient qu’il est unique ; puisque si le réel est l’exister, soit donc une forme, sans contenu, indéterminé, il n’existe qu’un seul réel (le problème étant ; jusqu’où s’étend-il ? Et alors on peut installer, si l’on veut, dieu ou le divin, le dimensionnel ou équivalent). Rappelons que ‘le réel’ est indéterminé (ou « il y a de l’indétermination ») parce que le réel est le possible et qu’il ne convient pas que le possible (qui est juste la possibilité de la possibilité) soit quelque chose (auquel cas de possible il n’y en aurait pas).

Que le possible soit précisément cela qui est en jeu veut dire, pour nous, être humain ou toute espèce douée de conscience (cad d’un rapport à (soi) dans lequel rapport le « soi » est le rapport et non une quelconque identité ; toute identité est quelconque par rapport au rapport-même), ce qui veut dire donc que l’on doit trouver une unité qui soit adéquate ; ainsi dieu, le un tout-autre, est purement une Intention ; le christique est l’intention ramenée au sol même et au corps de chacun ; le sujet est l’entrée de l’intention dans le champ de son intentionnalité (surpassant la pensée qui était amenée à définir objectivement un être universel, ce qui était encore trop) ; la révolution est l’inscription parmi les consciences coordonnées les unes aux autres dans l’élément (comme dirait Hegel) de l’activité de conscience (peu importe ce que vous désirez, décidez, projetez, pourvu que cela n’écrase pas les autres libertés, et que toutes se considèrent, s’admettent comme égales, par quoi la liberté se dote d’un véritable ‘contenu’, et est poussée à élaborer des contenus spécifiques « sous la forme de l’universalisation » comme dirait Kant).

De sorte que l’intention, la pensée et la conscience de soi sont instanciées dans la structure même.

Remarquons ceci ; que l’universel n’est pas en lui-même, mais se tient de ; se tient de la conscience comme activité intentionnelle qui relie par des signes et surtout voit au travers des signes ; elle ne tient pas dans le « langage », même si il revient à Lacan de délimiter la puissance du signifiant ; mais cela veut seulement dire, si l’on veut bien, que le signifiant est un rapport, qu’il est discerné sur l’horizon et l’horizon réel, du monde, du donné là, et d’autre part qu’il est discerné sur et par le corps même du moi, la ligne de signifiants passe au travers du corps, et produit qu’il y ait un moi, un conscient et un inconscient, un langage, etc, bref tout, tous les champs intentionnels.

Le signifiant (cad l’arc de conscience qui rend possible en tant que rapport qu’il y ait des rapports, des signes) coupe le corps vivant en deux, ce que ce dernier ne comprend pas du tout (au sens fort ; il ne saisit ni l’envers ni l’endroit, ni le début ni la fin, pas plus le premier terme que le dernier) et dans cette division (qui ne cesse jamais) se dépose un « moi », un « moi-même » qui n’est que si il existe, ou donc qui n’est (relativement) que si il existe dynamiquement, comme et dans le mouvement (il n’existe aucun champ intentionnel qui ne soit pas en mouvement).

Dit autrement ; l’être est, oui, la détermination, mais dans et par et peut-être pour l’exister, le mouvement. La matérialité (ex-énergie) est, mais dans le mouvement de l’arc d’exister. Les contenus de conscience sont mais pris dans la dynamique intentionnelle.

Ce que l’on voit, perçoit, ce sont les perceptions qui apparaissent d’elles-mêmes mais ne sont retenues que dans les filets de signes et à partir de là dans la dynamique collective, ou si l’on veut l’inverse; les filets collectifs sélectionnent les perceptions, puis s’appliquent individuellement, sauf que depuis la méditerranée le groupe n’est plus le monde ordonné (sortie du sacré et du ritualisé), et que, c’est un fait, seuls les sujets perçoivent la réalité donnée « là ». Au travers du langage et des systèmes de signes, créant de nouveaux langages, plus ou moins complets mais un langage est toujours incomplet (même les maths, dont on ne sait pas si elles sont prises dans un plus grand système encore). Et comme l’organisation, humaine, passe de plus en plus de transmissions individualisées en transmissions individualisées (le christ en fonde le réel pur et brut), chacun peut supposer la prédisposition de sa compréhension en tout autre. L’individualisation se propage, poussant l’organisé à grandir, agrandir ses cercles déconcentriques (la révolution rendant, au moins a priori, à chacun le mouvement de sa propre vie).

Mais la finalité fut de rendre à chacun sa capacité ; c’est le possible qui s’est soudainement agrandi. À quelle fin ? Qu’il puisse se propager encore plus ; et passer de l’organisation interne du je à la coordination externe de tous les je.

Bien évidemment le gouffre ouvert en chacun, en chaque conscience, que l’on n’a pas su ordonner et qui s’est déraisonnablement investi en quantité de baudruches, d’images, d’idée de soi-même, n’a pas permis de réguler l’intentionnalité ; qui est partie en tous sens, toutes les significations faciles et immédiates, accessibles et dont la finalisation s’est effectuée vers le bas, vers le corps, la satisfaction apparemment concrète du corps, plutôt que de postuler à l’impossible je, dont l’insatisfaction structurelle est absolue (rien dans le monde, la vie vécue, le corps ne correspond à l’arc de conscience, au je, au sujet, à la structure-sujet, au divin, qui ex-siste séparément).

En un sens la structuration de l’intentionnalité sous la forme du désir (qui s’adresse à des objets) tentait de fonctionner comme régulation de l’arc de conscience ; puisque cet arc ne peut que difficilement s’adresser à lui-même et se contrôler, il en passe donc via un média.

Autrefois dieu, le christique, la pensée et l’universel (dans l’historicité cela donne l’humanité, et l’humanisation de la révolution), et le moi essaie de se mesurer lui-même au travers de fétiches, d’images, de valeurs, etc.

Ça ne fonctionne pas vraiment parce que ce qui existe structurellement ne s’y retrouve pas du tout dans une réalité déterminée ; ce contrôle tombe toujours dans la détermination et finit par désirer des choses ou des objets donnés (ou fabriqués, et qui plus est fabriqués exprès pour attirer le moi, la conscience dans des signes déterminés).

Que la structure de conscience devienne à elle-même sa régulation suppose à tout le moins ceci ; qu’elle considère que tout contenu jamais ne se donne spontanément mais qu’il est produit (soit produit de par le moi ou de son organisé sociétal ou d’une industrie dédiée, etc). Et ainsi que lui, le je, ne s’adresse à rien ni à personne qui soit du monde ou du vécu.

C’est pour cela que le chrétien, théoriquement, ne retourne au monde ou même aux autres que via et par le christ ; rien ne vaut dans le monde sinon en empruntant la voie du regard absolument externe à tout. Seule la séparation garantit à la fois l’individualité du je (sans lequel même l’humanisation perd le sens, la qualité que par ailleurs elle actualise en propre ; si chacun ne se sent pas concerné par le devenir, l’histoire, le progrès, quelle que soit sa nature, l’humanisation sans personnalisation ne fonctionne pas ; les salariés ne sont plus des « ouvriers » et pourtant « ouvriers » définit tous les salariés) et l’élévation du je.

La structure du possible veut dire, individuellement, que chacun est découplé. Découplé en et par lui-même. Le moi se tient d’un horizon, le sujet veut devenir cet horizon, mais il ne le peut pas ; il doit se soumettre. Outre les différentes abnégations (par quoi on se dépasse soi-même), il faut saisir que le je est un rapport et qu’il n’est évidemment pas à la fois au début et à la fin du rapport. Il n’est peut-être même ni au début ni à la fin. Où se situe un « rapport » ? Il est le mouvement. Raison de plus pour que le moi soit envahi d’un horizon qu’il ne contrôle pas, qui se révèle qu’en vérité il n’y était pas du tout (il était, par ex, soumis aux signifiants, de la psychanalyse, ou du regard des autres, sartriens) ; le moi se tient d’un horizon qu’il croit contrôler mais cependant par les objets qu’il y déplace, objets qu’il entasse autant qu’il peut, horizon saturé en quelque sorte. Mais qui, de par cela même, vide le désir, l’intention, le projet, et écrase le moi au sol, au sol des déterminations.

Inversement le je se prend soudain de l’infinie possibilité ; qu’il peut interpréter comme « infini » (tel un signe) mais en vérité qui se dit comme perfectibilité. Non pas perfection mais perfectibilité. Supposant, sous-entendu, que le possible se réalisera … afin qu’il s’obtienne encore plus de possible. Dont on a dit qu’il, le possible, est dieu, divin, dimensionnel ou à tout le moins fonctionnel (il est cela même qui rend possible qu’il y ait une réalité et en l’occurrence cette réalisation qu’est l’humanité.

C’est pour cela (le possible du possible-même) que la finalité n’est pas du monde, ou du vécu ; ça n’est pas le possible du monde (ce que l’on pousse au maximum depuis 2 siècles, en bien, cela nous facilite la vie ou la rend complexe, ou en mal, en pure perte et distractions diverses qui tournent en rond, la financiarisation, par ex), mais la capacité toujours plus grande de la capacité.

Suivant le christique le divin est la foi elle-même ; autrement dit croire au point totalement éloigné du réel. Comprendre que dieu est amour, etc, oui, mais avant il faut croire qu’il existe un point-en-plus qui n’appartient à rien (et qui autrefois a créé le monde, cad tout, y compris ces petits rapports que nous sommes qui se tiennent du grand, et petits rapports faibles et incertains mais qui se constituent déjà, aussi minuscule cela soit-il, du grand ; le grand est déjà tout entièrement là, même minuscule ; un rapport ne se mesure pas, de même que l’on ne mesure pas le présent ou l’exister).

Et on ne mesure pas, ni ne représente, et ne peut aborder autrement que de le signifier l’arc de conscience ou l’arc de l’exister. Ce qui vient alors instantanément est outre mesure ; il s’agit de la communication du je à lui-même, et il se découvre autre, alors qu’il est visiblement un, et ne sait pas du tout où existe cet autre-je qu’il est. Mais il est, effectivement et réellement, ce je-autre ; le je est fondamentalement et structurellement autre ; l’altérité est son principe même ; ou donc il est cette sorte d’unité tout à fait incompréhensible qui est le rapport qu’elle est, et donc qu’elle existe.

C’est pour cela que chaque je est infiniment donc. Le rapport qu’il est renvoie indéfiniment à un horizon qui ne s’éteint pas, théoriquement. Théoriquement parce que l’on peut tout aussi bien considérer cet horizon comme une fonction, la fonction « réel » de la « réalité » ; le présent de l’actualisation des réalités, des choses, des êtres, etc. Par quoi déjà le transcendant précède l’immanence ou les immanences, mais transcendant qui ne « dure  pas ».

à l’inverse on peut supposer ou croire que le présent est intégralement, brutalement ou purement en suspension. Il est cela même qui dure. La forme qui précède et qui suit tout ce qui fut, est, sera. Tout est suspendu dans le présent et ce qui prédomine c’est le formel (raison pour laquelle on ne saisit pas le présent, et que l’arc de conscience ne peut pas se saisir lui-même, sinon il ne serait pas libre, mais seulement une partie de lui-même, une détermination dans la détermination ; il est une détermination dans la détermination mais en tant que signe, cad non-être ; le signifiant est la ruse qui permet à la détermination d’outrepasser la détermination).

L’horizon infini, celui que l’on ne peut pas maîtriser (doué du double rapport, un rapport étant toujours double, la fin devenant le début et donc littéralement infini) et auquel il faut se confier, est évidemment dangereux ; en ceci que l’on ne sait pas si l’on est fou, égaré, empli de malheur ou déraisonnable, névrosé ou psychotique, etc. Ou juste enthousiaste, ou réellement absolu. Le seul garde-fou est précisément le détachement ; il faut envisager sereinement la possibilité ou plus exactement la Possibilité. Cartésiennement, qui voulait conserver ce calme souverain de la certitude mais mesurée. Le je est indéfiniment, cad infiniment, ramené à la Possibilité.

Puisque cette indéfinité du rapport (qui ne se connaît jamais, comme une chose déterminé) dépend et se trouve lui-même dans le je qui le signifie et acquiert par là, en ajout à son indéfinité, son infinité.

Par exemple les nombres sont indéfinis, mais seul le je est infini (cependant uniquement dans son actualisation ; il lui faut le décider).

Pour lui cela veut dire que si on veut le « comprendre », commencer à peine de saisir ce je-là, autrui, il faut entrer dans son horizon. Mais évidemment on ne peut pas actualiser en nous l’horizon de l’autre ; cet horizon existe matériellement de fait, en tant que ce monde réel effectivement là et qui n’appartient à personne (dont on connaît 3 ou 4 %, grosso modo et autant que l’on sache et on n’en sait pas beaucoup), d’une part et d’autre part existe comme ce corps-là, la coupure par le signifiant de ce corps-là et qui, lui-même, se ressent à peine, reconnaît à peine son affect primordial, pour ainsi dire ; l’horizon d’un autre je est en soi, pour ainsi dire ; on ne peut pas percevoir tout la perception de cet autre je. Or cependant cet autre je peut tenter de susciter en nous cette perception radicale (cad à la racine, compte tenu que la racine est, pour une conscience, l’horizon, le je se tient d’en-avant).

Or ce qu’il va déployer ça n’est pas cet être qu’il est (Arthur Rimbaud, le bonhomme Arthur Rimbaud) mais il va signifier son possible ; c’est son possible qu’il nous fait Voir. On n’obtient de « salvation » qu’en avant. Lorsque l’on tombe-amoureux, on est en-avant et on fait tout ou attend que « cela » se révèle, que nous nous révélions nous-même ou tous les deux dans ce possible-là. Les français ne savaient pas ce qu’il allait advenir comme « révolution ». Les apôtres ne comprennent pas du tout ce qui se joue ; au point que le texte les prévient « vous ne comprendrez pas » avant longtemps. Montaigne joue entièrement l’ouverture de chacun au « moi-même », il inaugure qu’il est, au point que ses écrits sont lui-même et lui-même ses écrits ; chacun sait qu’il peut dresser son horizon et le déployer.

Et c’est cela même qui peut vous arriver, comme un coup de foudre ou comme une conversion (amoureuse, révolutionnaire ou poétique, etc). Des expériences tout à coup vous font voir ce qui va ou pourrait venir ; selon le possible et votre décision. Décision, qui s’étire ou se concentre depuis la lenteur ou l’illumination ; et dont on comprend bien qu’elles, ses expériences supposées, engageront tout votre être, votre vie et au-delà de votre vie (puisque ça n’y existe pas déjà et est seulement pré-vu, on ne sait comment) ; vous dévoileront ce que vous ne savez pas, n’éprouvez pas, ne recevez pas, pour le moment. Un possible qui ne retentit pas en vous déjà mais viendra comme révélation.

Et historicité.

Historicité en propre, la vôtre. Cela veut dire que si un éblouissement vous vient, révélant un possible possible, alors il y a de fortes probabilités que s’impose un devenir de cet horizon ; le propre d’un horizon est de placer difficilement ou aisément, obscurément et de plus en plus lumineux des « objets spéciaux » dans cet horizon, des stations dans ce possible, des déroulements du possible ; la nature du possible est de se réaliser.

Or il apparaît très certainement que la possibilité envahissant le moi dénoyaute radicalement (à la racine, comme ci-dessus, en terme d’horizon et non pas qu’il puisse résoudre l’équation du moi, consistant en signifiant/corps vivant, laquelle est inatteignable), dénoyaute pour le moi non son identité mais son intentionnalité, son existence sous-un-regard ; on a vu que le signifiant/corps vivant est, en tant que signifiant, un regard ; tout signe « contient » une intentionnalité, au sens de présuppose telle intention ; le moi qui n’est pas un quelque chose qui serait scindé en deux, il naît de la scission même (sans la coupure du signifiant le moi n’est pas, il ne naît pas, la « castration », qualification bizarre qui veut dire ; l’adolescent s’aperçoit qu’il n’est plus le centre du monde, il n’est pas «fou » donc et même si cette scission l’autorise à s’imaginer « être », ce qu’il n’est pas, parce que rien n’est ; l’être est second par rapport à l’exister, cad au mouvement et en l’occurrence l’arc de conscience comme rapport et ici regard ; peut-être est-ce pour tel moi le regard d’un autre autrui, mais de toute manière c’est toujours le regard de l’Autre, de la distance, par lequel il se perçoit du dehors, d’un extérieur, d’un horizon).

Si le moi parvient à se projeter dans une possibilité, c’est l’arc de conscience qui se crée instantanément comme intention en-avant, qui crée qu’il y ait un grand regard, une grande intention (dieu, sujet, poésie, révolution, etc) qui l’extirpe non pas « hors » du regard-signifiant (on ne peut pas) mais s’ajoute à ce regard ; de créer de nouveaux rapports (ou comme disait Lacan, la psychanalyse permet que le désir continue de se tisser, ou dit autrement qui engage bien autrement et autre chose que le passé du sujet, que la liberté continue de signifier ; il y a littérature ou éthique ou politique afin que le lien qui prédominait en tant que groupe autrefois s’élabore et s’invente à partir des je, mais le je n’indique pas le moi).

Cette capacité de conversion (ça ne peut pas se nommer autrement) est une foi. Cela même par quoi débute, s’initie toute notre historicité ; celle de dieu qui crée une nation, à partir de rien (littéralement, une forme, Israël n’est pas, avant qu’il soit appelé), mais aussi de la pensée, à laquelle personne ne croyait en son apparition, du christique évidemment et en tout cela il n’y a pas lieu, pas lieu du tout, de nier le même caractère d’actualisation.

Le possible ne se dé-couvre que dans l’acte, l’actualisation ; le réel vient au jour, à la lumière, naît, dans le présent. Le présent accouche de toute position du réel. Et on ne sait pas ce qui vient. Il n’y a pas un ordre préalable qu’il faudrait appliquer ; ‘où’ serait-il ? Que ce soit le possible qui arrive, veut dire qu’il ne vient pas du passé, ou de ce moi que l’on est, mais qu’il naît d’en-avant. Ce qui se réalise de notre vivant est inattendu, qui ne rendre pas dans les circuits déjà inscrits, pas dans l’image de ‘soi’, nous a déjà sorti de notre moi-même.

Or donc il faut en être prévenu, parce que sinon on le verra peut-être, mais on ne le retiendra pas. Un éclair et puis plus rien, sinon le monde atone. Et c’est la capacité d’un je structuré et prédisposé que de soupçonner l’élévation. C’est la nature, la structure même de notre attention qui génère une actualité réelle potentielle, dans la trame même du rapport qu’est un arc de conscience. Comment se prédispose un arc de conscience ? L’insondable décision d’être, de Lacan ? Une révélation, une illumination, une crise existentielle, une dépression, une conversion, une conviction, une certitude acquise, une disposition du corps, l’aperception de l’autre-surface du corps tissé de signes ?

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L’esprit de liberté et d’égalité

2 Octobre 2021, 08:43am

Publié par pascal doyelle

Montaigne ;
« c’est moi-même que je peins, je suis moi-même la matière de mon livre »

« étant hors de l’être, nous n’avons aucune communication avec ce qui est »

Reste le je. Qui lui existe (et n’est pas).
Et dès lors s’ouvre la possibilité de décrire l’ici et maintenant réel. Soit donc Descartes.

C’est Montaigne, ce français, sait bien que l’être est au mieux un concept opératoire (qui permet de subsumer quantités d’analyses sous son regroupement) mais pas du tout réel, une « solidité » qui n’est pas, sinon imaginée (le sujet transférant sa structure dans ledit concept, de même que l’on investit l’objet d’un désir, qui en vérité n’existe pas plus, il s’auto-suscite, permettant qu’un moi existe, dynamiquement, aucune moi n’est au repos, au pire il tombe en dépression, cessant tout désir). Le français est suffisamment arrogant pour ne rien placer au-dessus du je, et suffisamment lucide pour ne reconnaître que dieu, ou la révolution (la liberté de tous sous l’égide l’égalité).

Et donc que l’être ne soit pas, renvoie au je et à l’apparaître ; par quoi ce qui ‘est’ c’est le devenir, ce qui veut dire la possible. Et que la finalité du possible n’est évidemment de réaliser un « quelque chose », toujours quelconque, mais la finalité du possible est de réaliser le possible ; d’agrandir le possible (le réel est plus grand que lui-même).

On pourrait dire, pour les croyants (ici nous ne choisissons pas, sinon personnellement), que dieu est le plus des possibles ; raison pour laquelle il nous demande de devenir, vers le haut.

Le libéralisme américain n’est pas un système mais un laisser-faire inconséquent, qui dévore le monde et se dévore lui-même. Dans le libertarisme américain (et donc mondial) il n’y a pas de régulation intérieure. Le christianisme américain est un légalisme, sous une forme hyper communautaire ou alors en une généralisation avant tout morale de conformité, étouffante, engendrant d’énormes difformités, puisque le principe est la liberté, de chacun, selon son vouloir, conformité qui glisse conséquemment dans le pur libertarisme individualisé.

Qui sera du reste peut-être un très joli rêve, un rêve individualiste et naturaliste et idéal et peut-être sans péché, innocent, rêvant de son innocence, dont la substance même restera ce rêve ; les belles images individuelles et parfois grandes images de la communauté suscité par le héros, celles du cinéma américain, cette réconciliation messianique, au sens où le paradis devait se réaliser ici-bas, sur terre. Ce qui n’est pas christique du tout, qui ne se réalise qu’au-delà, ce qui signifie en esprit, en présence du divin qui est, lui, hors-champ, hors du donné.

Le cinéma est hors-la-loi, en bien et en mal. Clint est hors-la-loi, on ressent son rêve ou proportionnellement la fureur de son rêve, rendu au sol et irréel ; tout cela tourne en violence, ou se déplace sur la limite de la violence, même les gangsters de La horde sauvage n’obtiennent une rédemption que dans le plus brutal déchaînement. La loi, comme pour les juifs, la loi qui est extérieure, pousse au crime, par idéalisme ou par refus buté, par amour du monde sans doute ou de soi, mais dans tous les cas qui ne comprend pas que la vie a, par le christique, changé. Ça n’est plus la loi qui compte ; on ne peut plus vous juger, mais vous vous jugerez vous-même. Le cinéma émission du rêve, la série télé émission du cauchemar. Le fantastique quant à lui va incarner le mal, puisque tout est selon le monde, le donné, sorte de dualisme au final païen ou magique. Qui cherche à transformer l’esprit, auquel il faut se plier, en magie, que l’on serait en mesure de contrôler, par orgueil, amour propre, auto-justification, ténèbres. Toute conscience, tout rapport qui se croit des deux côtés, des deux termes à la fois s’égare.

Les anglo-saxons privilégient la liberté, chacun est libre originellement. Mais pas l’égalité. La liberté, toute seule, réclame une loi, qui sera tenue pour extérieure. Les Usa privilégient une Loi étatique limitée à la garantie des citoyens, mais non pas valant comme organisation ; la planification de la société est ou devrait s’imposer comme le contrepoint nécessaire au libéralisme ; le contre-pouvoir même, sans lequel l’entièreté du monde humain serait, et est de fait, privatisé. Et en découle une loi morale, une certaine « moralité », voire une démonstrativité, hypocrite en partie ; celle de la communauté des croyants, des fidèles, des villes dispersées dans tout le territoire américain, des églises, des sectes (à foison), et donc des morales personnelles, des « visions du monde », ce qui aboutit au communautarisme évidemment ; cette loi morale en tant que conformité. Ou une loi personnelle, qui ne fonde pas un monde (mais un Empire oui, qui ploie lorsqu’il ne peut plus s’étendre, plie sous son propre poids désordonné).

Originellement le christique ne relève pas de la Loi, et il n’est pas une morale. Il n’est pas une morale assignable. Ou plus précisément il s’ajoute à la loi, légale et morale. Et leur donne sens ; il rend justice non du fait mais de l’intention.

Les Américains s’assignent à la loi morale ; et donc passent, légèrement ou lourdement, en dessous de l’intention christique ; de sorte que leur christianisme finit par ressembler à un légalisme ; légalisme de type judaïque ou selon les prescriptions de toute société traditionnelle, communautaire, extrêmement diluée et tenant à tout le moins sur l’apparence (apparence de réussite ou de moralité). Puisqu’il n’existe pas d’auto régulation de la liberté (ce en quoi consiste l’égalité véritable) le risque est très fort de durcir la loi (légale ou morale) afin que chacun puisse s’appuyer sur ce légalisme pour maintenir sa liberté.

La France a conçu un tout autre projet (qui s’est appuyé évidemment sur les précédents anglais et américains ; là où l’indépendance du nouveau monde commence par « nous le peuple », cad une identité forte, la Déclaration est celle «  des droits de l’Homme et du Citoyen », une proclamation absolument universelle, qui sera copiée partout, hypocritement ou effectivement peu importe). L’égalité de liberté-égalité-fraternité est ainsi la régulation interne à la liberté et non pas une régulation externe comme la loi ; bien sur l’égalité se concrétisera dans des lois, mais ce qui se discute ici c’est la ressource interne de chacun qui puisse ordonner la liberté, pleine et entière et qui donc doit se composer elle-même, et non extérieurement, en tant que régulée. Égélité, cette prédisposition se présente de loin. Elle ne se crée pas de but en blanc et relève d’une culture.

L’égalité française est celle universelle ; elle consiste originellement à douter. C’est une anti-loi, ce qui veut dire que oui « il y aura la loi » mais comprise, passée au travers du doute ; qui signifie que chacun en sera convaincu (de par son doute même), et non pas recevra la loi de l’extérieur ; les américains restent rétifs aux lois qui empiéteraient, mais ne peuvent pas s’en passer et à la fois difficilement l’intégrer en eux-mêmes, ils garderont le réflexe de la liberté brute et pure.

Or la liberté « pure » c’est très bien (sans eux l’histoire ne l’aurait pas actualisée), mais existe-t-il une liberté « pure » ? La liberté n’est-elle pas justement la réflexion ? Et ainsi pas pure du tout, pas spontanée, mais réfléchie. La liberté pure aboutit et même s’initie par l’intérêt immédiat et donc plus loin à la non coordination des uns et des autres. À la rivalité et rien que.

La liberté-égalité puisqu’elle se présente comme principe (et non comme un état naturel) sait bien qu’elle ne se produit pas comme monde ; elle se concerne comme esprit, de chacun mais partagé et donc comme la plus grande impossibilité dans le monde. Et elle ne veut pas tant rendre réel comme un monde parfaitement réalisé sur sa propre base, que convaincre chacun d’entrer dans la dualité, le dialogue liberté/égalité, et possiblement fraternité ; les libertés ne sont pas jetées les unes face aux autres.

Posséder en plus de la liberté l’égalité, cad le doute et l’établissement de vérités passées au crible et partagées (dans le dialogue, la discussion, la confrontation, l’argumentation, l’exposition ne serait-ce) est bien différent d’une liberté idiosyncrasique, donnée telle quelle, en proie à ses décisions mais aussi à ses envies, et qui se fonde sur elle seule. La liberté toute seule a reconduit en Angleterre à la monarchie ; ce qui veut dire dans les faits à l’oligarchie, doublée d’un parlement et non à la notion de peuple souverain, de lieu symbolique de pouvoir vide et seulement formel (vide qui renvoie à chacun, le citoyen).

Évidemment il va sans dire que l’oligarchie, l’autoritarisme sans cesse reviennent. De même que les intérêts du monde ou les désirs, envies et autres bricoles. Mais c’est une chose de constater ces vagues d’immédiatetés continuelles et de leur ajouter l’universalisation. Et une autre d’en approuver la puissance exclusivement libertarienne comme principe, dont on ne justifiera la validité que d’une « innocence » présupposée. Le doute exclut que l’on soit innocent ; on se trompe toujours. Toujours.

Pareillement le doute (qui s’est emparé de la pensée anglo-saxonne) ne demeure une constante qu’au et sous le regard d’une liberté critique débridée, qui ne cessera de couper les cheveux en quatre, alors que le doute dont la liberté se sait rassemblée en l’esprit, aura pour but, pour finalité avérée d’assurer le je. Le je qui est hors-doute, puisqu’il est le sujet (sans lequel rien n’apparaît et sans lequel on ne fait pas société, mais juste un empilement, une accumulation, une étendue, un empire, anglais ou américain).

La liberté dotée de l’égalité est donc auto-régulée en esprit. De ceci qu’elle put développer le récit, de la littérature du moyen-âge au début du 20éme, la poétique en général ; puisqu’il faut, c’est impératif, que l’on sache ce que pense, ressent, désire, perçoit autrui si l’on entend recherche cet autre soi-même en tant que lui-même, et cohabiter intérieurement ; sans quoi l’autre n’est juste qu’alter. Or il se trouve donc que cet autrui, lui-même, lit … lit ou s’instruit dans le même sens. Il n’en passe pas d’abord par un « média », tel que cinéma Hollywoodienne ou la télévision, qui se déversent mais ne dialoguent pas intérieurement, mais par la pensée, la représentation, la reconstitution en soi-même de l’autre intention, vie vécue, sentiment, perception (et cela via tout autant les œuvres esthétiques qui amènent à percevoir la densité de la réalité, du monde, naturelle ou humaine dans son apparaître même, et non tant dans son comportement béhavioriste du cinéma « grand public », on excepte évidemment les œuvres véritablement créatrices qui se référent à un créateur en personne et à sa manifestation propre).

La liberté-seule requiert la loi, qu’elle déteste ou considère comme extérieure (puisqu’au fond il est dans sa structure même de ne rien reconnaître au-delà d’elle-même, raison pour laquelle l’égalité est un ajout intérieur et non pas extérieur) et privilégie cependant la loi « morale » made US (soit selon un naturalisme ; on naît libre ; soit théologique ; il nous a créé libre) et laquelle varie selon un laisser faire qui conduit aux plus addictifs effets (les usa sont les plus « délurés » qui soient, industriellement) ou une surveillance mentale et communautaire très puissante, sans qu’aucune règle universelle non pas soit appliquée parce que quand même la société doit fonctionner, mais sans qu’une telle règle soit reconnue ‘en conscience’ par chacun ; le doute étant exclu, la liberté immédiate et les effets jugés individuellement et non selon une universalité ; l’empire n’est pas la nation, l’empire est constamment en guerre, l’empire est auto-justificateur et s’étend et n’a affaire qu’au monde, non à l’esprit d’abord.

Le doute, qui introduit à l’égalité (le doute, Montaigne, pour donner un repère, ou le « croire pour comprendre et comprendre pour croire » des théologiens, qu’est-ce et où est le Graal ? la plongée dans l’incertitude de Don Quichotte) n’a pas pour finalité de douter, mais d’affermir les propositions (qui ne sont plus des idées égarées mais des argumentations) et depuis Descartes feront de plus référence à l’expérience existentielle et ontologique du sujet (seul un sujet peut lire Descartes, qui manifeste cette subjectivité dans sa cohérence en tant qu’elle contient la plus importante objectivité, les mathématiques par ex ; le sujet n’est nullement second par rapport à ses contenus, il n’y a de contenus que d’un et par un sujet , dont le sujet est autrement-plus-grand ; dieu crée les vérités, proposition extrêmement audacieuse).

Pour remonter encore plus loin ; la Loi juive ou ensuite musulmane, se bâtit sur le jugement, d’un fait, d’un péché ou d’une faute ou d’un égarement. Le christique est absolument différent ; il « juge » sur l’intention… et l’intention est beaucoup plus étendue que même la morale et a fortiori la Loi (dit autrement le Jour du jugement vous ne serez pas jugés, sinon par amour, cad pardonnés, sauf si vous-mêmes vous vous jugez … c’est votre propre intention qui vous révélera… et c’est assez conséquent… puisqu’il ne s’agit pas de se pardonner à soi-même, c’est plus difficile et éprouvant que cette simple intention abstraite). On en conclut que l’Empire (USA et Angleterre sont parvenus à ce statut d’empire, au 20éme et au 19éme, respectivement, puisque leur liberté leur ouvre les portes de l’espace, à conquérir, inversement la France œuvre selon le temps, puisqu’il faut le dire), l’Empire donc finit par se fondre dans le principe de la Loi et non pas de l’intention, et s’écarte (plus ou moins selon) du christique ; qui précisément non pas seulement crée l’individualité (ni homme ni femme, ni esclave ni libre, ni pauvre ni riche, ni juif ni païen, mais tous uns en christ) mais impose surtout l’égalité de tous au-devant. L’égalité est première (mais ne peut pas s’imposer sans la liberté de chacun), c’est ensuite que la liberté s’ajoute à l’égalité, en tant que l’on ne comprend l’autre que si il est un « autre » (cad est lui-même) que l’on ne comprend (comme autre) qu’en vertu de soi, comme un, et ça n’est pas du tout un être formel mais un corps, des désirs (seraient-ils faiblesses dans le christianisme. Comme existant soi-même en tant que je doute et me force à élaborer et ré-élaborer le moi réel.

Il est tout à fait stupéfiant de s’apercevoir que l’on comprend de moins en moins, si l’on veut, le christianisme. Si l’on repère les signes de la pop culture (cad de notre culture depuis les années soixante ; les années soixante, insistons ; elles ont créé, rendu possible les décennies suivantes ; de même que le post guerres mondial l’industrialisation ou la guerre froide le nucléaire) on se rend compte de l’impossibilité de comprendre ce que c’est que l’esprit, au sens chrétien.

L’esprit n’est pas la pensée, ça n’est pas, par exemple, la pensée hégélienne (dont on n’a jamais trop saisi s’il entendait exposer la pensée de dieu (la logique au sens hégélien) ou la pensée qui pense (la pensée sujet). Et l’esprit n’est pas la loi. Et l’esprit qui se fonde historiquement, que l’on y croit ou non, sur le christique désigne effectivement le Saint-Esprit ce qui veut dire la communauté, non des croyants, mais «en esprit ». On a défini cet esprit qui se nommait tel jadis, l’intention. L’esprit ne se divise pas en une myriade d’églises, de communautés diverses, de sectes, de croyances (ce qui est le cas aux États-Unis) soumises finalement aux interprétations de la liberté déliée ou délirée.

L’intention est ce par quoi vous vous jugerez vous-même, ou, pour les non-croyants, ce par quoi à tout le moins vous vous jugez ici et maintenant, dans l’énorme ici et maintenant qu’est votre vie. Il faut imaginer la boucle que de votre naissance à votre mort forme Votre Intention. La boucle de rétro-action positive ou négative, à vous de voir. Puisque vous seul Voyez. Il n’y a rien ni personne qui puisse perce-Voir à votre place (sinon le christ, qui vous par-donne, puisqu’il sait, ayant vécu, ayant éprouvé la dureté, la terreur et l’horreur).

C’est précisément celle-là que le christique initie, instancie d’un point, évidemment, hors du temps, hors du monde, hors du laps de temps naissance-mort. Puisque c’est l’intention que vous décidez, dans l’obscurité et la difficulté, ou la douleur, et qui vous porte. L’intention que tout intérêt selon le monde, immédiateté ou Empire veut vous retirer.

Reprenons : entre l’égalité (originelle et christique, tenue sous le regard du un-tout-seul, abandonné, forcément unique) et la liberté on situe l’éducation de soi par soi, selon le doute et ainsi l’argumentation et littéralement la pensée, non pas abstraite mais ici même examinant la réalité et la vie, autrui et le je, l’humain et la société ; de telle sorte que chacun, chacun, soit au fait, soit instauré en et par sa souveraineté personnelle qui ne se conçoit, ne se représente pas sans celle des autres, et dont la commune règle consiste justement en ce doute qui suspend l’affirmation mais se constitue lui-même comme partage. Il n’y en a pas d’autre. Le doute est cela même qui tout en n’étant pas un contenu, peut se propager dans le langage, les signes, l’attitude et le comportement. Son ampleur (qui touche donc toute intentionnalité) est radicale et assurée. Que le doute soit assuré n’est pas contradictoire, puisqu’il s’agit de passer d’une conscience spontanée (qui demeure dans la croyance de sa naturalité ou idéalité) à une conscience actualisée, mise à jour, pointue, au fait de « (ce) qui est là ». Je ou autrui, chose ou objet, affect ou désir. À quoi s’emploient les poétiques et les récits, et tout le domaine de la pensée (laquelle, française, ne tient pas en place ; elle part dans tous les sens du réel possible, et ne tient pas à quelque irréalité que ce soit ; c’est quand même par là que, chaque fois, l’historicité fut recommencée et qu’elle put effectivement avoir effets, effets innombrables).

Dit autrement le doute remplace les contenus, les certitudes par une structure de conscience()s. À la fois la-conscience formelle et chacune des consciences réelles. Et dans la société par la Constitution, qui ne juge pas de ce que vous faites de votre liberté, à condition qu’elle ne contrevienne pas aux autres. Il n’y a pas de contenu sauf ce non-contenu qu’est la liberté-égalité de chacun. C’est cela la substance. Aucune autre.

Le doute est la distance vis-à-vis du contenu ; il faut réfléchir pour atteindre son doute à soi, et énormément de littérature... et c’est ainsi le je qui se-sait, le je qui n’a pas de représentation, et qui se sait, se-sait, alors comme tel un « je » formel, et suppose autrui comme un tel je, et non un quelque chose ; la structure du je est l’expérience même, et celle du réel, en tant que ciblé, et par quoi on pourra hiérarchiser les degrés d’incertitude, la perception fausse, le rêve, la folie, le dieu trompeur, etc.

Par l’égalité qui vient réfléchir chacun du dedans de la liberté même, de chaque je, cette liberté se réalise, et non pas s’irréalise dans une intention 328 millions de fois décuplée et indéfiniment et seulement « libres ». Le territoire américain est gorgé d’irréalité, usine à rêves, les libertés n’ont pas de densité ontologique.

Il n’est pas de liberté naturelle ou de liberté légaliste seulement extérieure, ni de laisser-faire généralisé, ni de rivalité, mais l’esprit et l’esprit seul (on emploie « esprit » en un sens inhabituel, évidemment, le doute est un corps qui perçoit, qui par le doute délivre la perception, et évidemment les affects, annule qu’il y ait un contenu et rend au je son réel). Le sujet libre admet en lui-même sa régulation interne, l’égalité et ce qu’elle implique. Ou le doute. Mais alors ceci ne tient que lorsque le je ressent indubitablement sa certitude, ne s’effrayant pas du tout de son vide, puisqu’il saisit ce je qu’il existe formellement et sans contenu. Mais alors de tout où se tient-il ? De quelle sorte de règne qui n’est pas du monde, ni de la vie vécue ?

Le doute n’a pas pour but de douter, abstraitement (forcément abstraitement alors) mais de rompre tous les contenus, sauf cette structure qui fait défiler les contenus. Que ce soit notre être naturel (qui n’est pas), nos pensées, nos désirs ou nos sociétés. Rien de tout cela n’est immédiat.

On ne peut pas douter d’un rêve, du rêve individuel américain, on s’effondre ou s’effondre le monde. Mais le je, lui, est précisément ce qui surmonte le doute : puisqu’il s’aperçoit qu’il n’est pas du même ordre, n’existe en aucun contenu. Mais à quoi, dès lors, correspond ce non-contenu, cette Indétermination ayant aboli le rêve de soi ? Pourquoi le je n’est-il pas un soi ?

C’est toute l’élaboration, depuis Descartes, qui veut saisir ce qu’il en est de ce « soi », de « cela qui voit ». Qui est pris déjà dans et par la perception, et beaucoup plus étendu que la pensée ou l’intellect ou l’universalité définie. Hegel n’expose pas le savoir, mais les phénoménologies du savoir, et il en fait le tour (quelle que soit la cohérence de son système, parfait, perfectible ou hasardeux, en tous cas descriptif), mais il n’opère pas la conscience qui participe de quantité de perspectives (autres que le savoir universel philosophique, puisque l’arc de conscience crée le champ de tous les champs). C’est bien pour cela, ce je exogène, qu’il est l’expérimentation même, qui se déroule comme historicité et quantité d’explorations, explorations de son possible impossible à pré-voir ; il doit les éprouver et les éprouver à partir de son intégralité et intégrité ; de là qu’il soit l’éthique de l’éthique, antérieurement à toutes, élaborant les champs intentionnels de tous les niveaux, selon tous les degrés, le devenir méta-culturel qui se déroule selon ses diverses actualisations (lesquelles doivent être reprises et donc analysées et re-synthétiser à chaque station) ; il doit, ce rapport, s’actualiser afin de s’éprouver. Il doit ex-sister puisque le rapport est précisément cela qui devient, et, qui est pour nous, ici, seul réel (le reste ce sont des réalités, cad des effets, qui, dans notre historicité, renvoient et n’ont de sens que pour les je, l’œuvre existe par et pour des je).

En tout ceci, soit on considère qu’il est une immédiateté, divine ou naturelle et il suffit d’user de ce que l’on est. Soit on admet que nous n’existons que par et dans la médiateté, et qu’alors il ne faut fonctionner ni selon une morale ou une religiosité appliquée, mais selon la continuelle modification et de la liberté et de l’égalité. Ce qui veut dire non plus appliquer des contenus (seraient-ils des religions ou des données génétiques, qui du reste ne nous viennent qu’au travers de discours) mais ajouter à notre réalité propre.

C’est cette modification (de soi par sa conviction propre, ce qui veut dire de par son doute et sa certitude) d’une part et cette coordination (entre tous les je) que l’on nomme, de manière tout à fait générale, révolution.

Dit autrement ; n’importe quelle autre résolution (du « problème humain ») est toujours valable (du totalitarisme à la démocratie républicaine, de telle ou telle version, plus ou moins juste) mais la question est ; à quel degré de complexité, si l’on veut, on peut, doit atteindre ? En quelle mesure, donc, chacun, chaque un, est concerné ? Comment chacun s’organise-t-il en lui-même et vis-à-vis des autres ? Sous condition alors que tous et chacun doivent partager une même aperception (de soi, d’autrui, de la vie, de ce qui est, de dieu, etc).

Ou encore ; puisqu’il y va de notre survie (et pas seulement la nôtre, celle du vivant), le doute voudrait que l’on puisse remettre en question ce que nous admettons comme notre nature, notre identité, notre comportement. Et donc penser. Mais apparemment il nous est devenu impossible de relativiser notre image, notre idéal, notre envie, et on continuera de nous enfoncer dans la déchéance. On a vu que grosso modo, cela revient à confondre notre liberté et notre désir (le désir croit naturellement qu’il sera satisfait puisqu’il est, prétendument, selon le monde ; ce qui est faux, puisque tout en nous est construit, artificiel et pas du tout naturel).

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Le moi et le propitiatoire

25 Septembre 2021, 05:41am

Publié par pascal doyelle

Il paraît donc qu’il fallut décider. Que cette décision est à la fois déjà prise et encore indécidée. On sait très bien que parfois on se convertit ; vers dieu, pour la pensée, par le sujet, selon la révolution, soudainement illuminé par la poésie, pris de passion pour quelqu’un d’autre, et autres phénomènes étranges. Dit autrement : il arrive des choses. Non soupçonnables antérieurement et par lesquels événements c’est le possible qui se révèle antérieur à ce que l’on croyait être. Soit donc des devenirs infinis.

Puisque l’infini est la substance, cad le mouvement, de ce monde, de cette réalité et ainsi de cette vie. À voir comment et jusqu’où il est possible de comprendre l’infini, ou donc l’indétermination. Rappelons qu’il n’est que de la détermination. Mais que celle-ci est prise dans le non-visible ; l’acte d’exister (qui se donné pour nous comme présent) et l’arc de conscience, dont nous ne saisissons que les contenus (sans qu’aucun ne puisse remonter dans l’arc).

L’articulation décisive que ces extases provoquent modifie le déroulement de l’attention, non pas « seulement » de la conscience ou de l’intention, mais de l’attention. De la capacité de faire attention à ceci ou cela et en général ces grandes configurations passant via le menu poinçon de l’attention, parviennent durablement ou momentanément à bouleverser l’entièreté de ‘qui’ l’on est.

En quoi, par ailleurs, on éprouve la résistance de notre fidélité, comme dit Badiou (qui n’annonce pas que des choses compliquées et incertaines).

Ou selon Descartes, égaré en peine foret il faut avancer tout droit. La structure de l’attention se doit à elle-même (l’estime de soi, sous condition que l’on se donne du mal, sinon il s’agit juste d’une tautologie, égocentrée, il faut que l’on se donne des preuves).

C’est bel et bien du fait de son exiguïté que l’attention, l’activité de conscience, cad l’intentionnalisation, qu’elle peut se permettre de passer partout. Elle peut se nier dans un discours, qui prétend à l’objectivité ou plutôt à l’objectivité totale (ne laissant aucune autre possibilité que la réduction objective, l’objectivité oui, mais l’impérialisme de l’objectivité non, puisqu’elle ne fournit que des discours, vrais et réels, mais localisés et limités, hors de quoi il s’agit d’une idéologie qui ne peut plus revendiquer le titre de « science » qui ne se définit que par son objet, toujours précis et borné). Mais toute science relève de sujets, lesquels doivent à tout prix s’établir par un autre discours, cette fois idéologique mais au bon sens d’expression de la vision que l’on retient (de l’humain, de la société, de la morale, du vrai et du bien, ce que l’on voudra). Et cette mise en forme idéologique doit s’exprimer selon et par son argumentation et son architecture propre ; il est inutile et stupide de censurer la pensée (de quoi que ce soit) au nom d’une véridicité qui se voudrait scientiste (et non pas scientifique, puisque l’on se retrouve là dans la caricature d’une position forcée). Dénier la possibilité d’une argumentation sous prétexte de sa non scientificité, de son non empirisme, de son « illogisme », c’est la faillite de toute argumentation et organisation qui outrepasserait le dit scepticisme prétendu. Et ainsi rendre impossible à quiconque de s’ordonner lui-même autrement qu’en s’érigeant en censeur, n’instrumentalisant qu’une critique inadaptée ; inadaptée à la construction même de l’activité de synthèse et d’analyse de toute conscience existentielle qui, elle, a affaire au tout, à l’ensemble des activités humaines, à tous les registres de perception, à tous les affects et non aux conditions prérequises des laboratoires scientifiques (ce qui est juste) ou scientistes (ce qui illégitime et injuste).

Ce repli dans un criticisme ne permet pas de manifester, d’exprimer l’architecture de l’activité de conscience en tant qu’elle se révèle comme ceci ; détenant la décision conclusive, sans cesse ajournée (puisque prise dans le temps et existant en tant qu’actualisation, en tant que présent universel).

Ceci pour insister sur le fait majeur, et à vrai dire absolu, qu’en définitive tout vient à se décider en et par la conscience individuelle ; non pas qu’elle puisse occuper tout le terrain, c’est un fantasme irréaliste et lui-même idéomaniaque ; mais elle est conclusive. Ce qui veut dire qu’évidemment nous sommes multi-causés et informés par quantité de systèmes, mais le dernier mot, celui qui peut changer, en partie à tout le moins, le jeu des causalités, nous revient. Ce qui ne se peut que difficilement si on ne le sait pas ; cad si on n’a pas, préalablement à tout, posé, supposé la liberté et le sujet (avant Descartes il n’existe qu’un seul qui soit sujet, le christ, et une seule pensée, la pensée métaphysique et théologique, c’est à peu près la même ; Descartes, qui n’est pas le seul ni le dernier, qui n’invente pas le sujet mais qui l’exprime et rendra possible, de ce fait, une accélération des sujets). Exprimer, représenter le sujet c’est ouvrir la porte, la possibilité.

Il faut que le sujet, qui est un rapport, entre dans son propre champ et évidemment s’y introduise de telle ou telle manière et non pas n’importe comment, livré aux immédiatetés auquel cas la liberté ne servirait qu’à de faibles finalités (orientées par le poids du corps, ses envies immédiates qui engagent une réponse facile et effective). Et cette éducation s’installe depuis longtemps comme littérature, récits, poésie, lesquels ne sont plus ritualisés et donc reliés à la communauté mais dans le silence de la conscience, sa distance, et fondamentalement l’altérité du monde, du vécu, du corps ; mettant en jeu non seulement les éléments de disposition que l’on perçoit, lit, mais l’aperception de soi, la vue globale du corps affecté.

L’aperception est ce lieu qui retient ce qu’il voit, ressent, pense, imagine, désir et les résultats, les effets, les conséquences de ses actes et activités ; il voit ce que cela donne et ce qu’il donne lui-même et en retire et ce que cela cause dans le monde, parmi les autres, vis-à-vis d’autrui, des choses naturelles, des objets produits, des œuvres créées, au sens large (de l’éthique aux esthétiques en passant par l’idéel, la science, les théories, les systèmes).

La constatation des effets n’est nullement objective, ou alors partiellement, ou encore totalement objective au sens étendu ; à savoir que c’est tout entier que l’on reçoit et ressent les effets affectants.

C’est pour cela que toute l’historicité, effective, les événements et les faits, les systèmes économiques et les États, aboutit au moi-même ; une société humaine non universelle est particulière, aussi la révolution (et la forme moderne de l’État mais aussi de la Constitution, et de la société civile donc) hausse la réalité humaine à l’universel (de quoi tentera de se satisfaire le communisme dans et par les « besoins »), mais cet universel n’a de sens que si je, chacun, y trouve son compte, ce qui veut dire sa vie, sa vie en tant que vécue ; et le libéralisme parie sur le désir et non le besoin.

Ce qui veut dire que chacun aura en charge ou plus exactement aurait dû… aurait dû… se personnaliser, organiser son être, qui n’est pas naturel, qui est construit. Il y eut substitution, le je remplacé, comme par magie, par la version fantasmatique du moi ; qui n’est plus du tout le moi engoncé, c’est vrai, dans l’universel d’avant, si l’on peut dire. Le moi, engoncé, coincé, ne pouvait pas ne pas se rebeller (et il y eut quantité de ‘libération’, vraies ou fausses, mais pas de je.

Sans doute le moi doit-il croire en la spontanéité de son identité ; il est « lui-même » et ainsi se baser sur cette hypothétique d’évidence forcée (sinon il lui faudrait constamment penser à son existence). Il est clair que ce constructivisme s’oppose radicalement à la spontanéité entretenue par l’ensemble de l’idéologie (au sens large et à la fois péjoratif et non péjoratif) ; rappelons qu’entrent en concurrence la « gauche » qui veut perfectionner l’humain (par les besoins communistes et le collectif et puis par le désir ‘libérateur’ et donc le libéralisme…) et la « droite » qui considère que l’homme est déjà irrémédiablement qui il est, ses envies, ses désirs, ses objets, sa rivalité, sa hiérarchie (les anglo-saxons prédisposent que chacun est libre et en cette liberté originelle égal à tout autre, mais ensuite… c’est la loi du plus fort, et pas du tout d’égalité)

parce que si chacun des mois s’imaginait, se pensait comme élaboré il ne manquerait pas, en transformant son identité en je, en sujet, d’envisager un débouché sociétal, comme on sait, social, par revendications, politique, par décisions valant en elles-mêmes (selon l’ordre politique et non sous influence) existentiel (sortant les mois de leurs enfers), métaphysique (l’universel ne se suffit pas) ontologique en ce que les contenus du rapport de conscience, quels qu’ils soient, n’atteignent pas et ne satisfont pas le rapport lui-même.

Si le je se sépare de son être direct, spontané, supposé, il se construit, d’expérimentations, d’aventures, d’explorations, de créations en créations. Selon ses efforts. De toute manière « la vie » se chargera de remodeler son image de lui-même. Même lors qu’il réaliserait ses projets. Il existe une lutte interne entre l’idée de soi et la réalité de soi, l’une couvrant ou étouffant l’autre, selon. La structure de conscience est celle-là même qui revient non pas à un être immédiat mais synthétise l’historicité, tout comme elle avance dans le temps ; le moi demeurant déséquilibré entre un inconscient irrémédiable antérieur, coupé par le signifiant (en gros par le regard, l’intentionnel qui porte le signifiant, qui n’existe pas ‘en soi’) et une structure en-avant propitiatoire ; dieu, la pensée et l’universel, le sujet et la révolution et le réel et leur prédisposition de l’aperception de soi, du soi non-visible, alors que moi ne désire que cela ; se rendre dans la visibilité ; mais on ne peut pas à la fois se voir, et tant qu’à être vu, autant que ce soit de dieu, de la pensée (et de l’universel, y compris dans les domaines esthétiques, poétiques, éthiques, idéels, etc), du sujet et du réel, qui sont en-avant. Dans son entre-deux le moi est obligé de faire comme si ; comme si il était vu tel que se voyant (ce qui est le fantasme, en ce sens ou en sens inversé, dans les deux cas il est pris-dans, comme une image entre deux miroirs, jamais l’image ne rejoindra aucun des deux miroirs).

Le je est celui qui sait se confier, abandonner son être, pour son existence, qu’il ne saisit jamais mais dont « il est saisi » (par dieu ou la poésie ou la révolution, etc) ; il n’y voit goutte mais au moins il a cessé d’être (ou de croire qu’il est). Ça ne résout rien du tout, mais permet de créer des stratégies ou de s’approprier quelques-unes préexistantes (dont la philosophie ou la politique, etc).

Seules les élaborations de structure (dieu, la pensée, le sujet, le réel) avancent dans le temps et par le temps, le reste est miroitant et bien joli, mais se répète ; chacune des possibilités du je, du sujet furent acquises de par leur actualisation (au moment de leur émergence) ; la cessation, la dispersion, l’évanouissement dans les miroitements du monde immédiat de cette montagne ontologique élaborée c’est le déni. Que le je se perde dans les confins, cela fait beaucoup rire le moi ; qui ne voit pas du tout ce que quiconque de sensé peut « voir » dans cet état ésotérique du je ; or pourtant même que tout file et se désagrège dans la vie vécue du moi livré au monde et dont la finalité incline vers le corps, vers le bas, et non vers le haut ou le temps.

Le je sait tôt ou tard que le temps est précisément l’inverse de ce que l’on imagine ; le temps est l’actualisation brute, et non « le temps qui passe » laissant les choses et le moi inchangés, alors même que le moi et les choses se décomposent, le corps y compris. Et peut se remémorer les actualisations passées, les restructurer en lui-même ; l’actualisation est toujours déjà jamais ici même et maintenant ; c’est cela le sujet, la structure-sujet, le réel qui contient la réalité.

Comme le moi se dissout, il voudra constamment tout remplacer et faire comme si ça n’avait pas bougé. Et remplace, notamment, dans la roue des finalités naturelles ; imaginées ou idéologiquement empruntées, qui se recyclent continuellement dans toute la densité publicitaire, ce qui inclut les productions industrialisées de la personnalisation, par ex depuis le rock et le pop, il « convient » de se révolter…, c’est devenu un signe, de même l’épopée « nihiliste » se poursuit, et donc la certitude (on ne sait à partir de quelle argumentation, parce que le moi veut seulement par là justifier son laisser faire et continuer l’apparence du monde et sa vie apparente) la certitude que le réel, la réalité, la vie sont absurdes et vides de sens ou que la liberté n’est pas ou que le désir seul nous constitue de pied en cap, que chacun soit telle une somme de déterminations (définissables via tel ou tel discours « objectif », ,et que les discours découpent), de déterminations et d’images de ces déterminations, des images qui ne sont pas des pensées, mais l’apparence du corps. Et ainsi ne sont pas le corps lui-même ; on l’a dit déjà, ça n’est pour rien que l’initialisation de notre temps est le christique, qui dit ; « ceci est mon corps », sous-entendu, cela n’est pas le vôtre, vous avez un autre-corps, une surface autre du (même) corps. Rimbaud re-crée votre corps, lui-même ne sachant pas trop quoi faire du sien.

Dit autrement l’accès des mois au sujet est limité et expressément limité ; quantité de théories et d’idéologies et d’images anéantissent cet accès, niant qu’il existe un tel sujet. Que tout soit entièrement là, monde étouffant sans aucun en dehors dans le donné, vous livre aux discours extérieurs, qui ne naissent pas de n’importe où, mais dans d’autres consciences. Ce monde refermé implique, selon son idéal (parce que cette « objectivité » est un idéalisme ; Descartes n’est pas du tout idéaliste, qui ne définit pas « la pensée » par la notion, ni les mathématiques ; qui sont seulement des moyens ; Descartes invente la chose-en-soi, il n’est de chose que réelle, il n’est d’objet que construit, mentalement)

selon cet idéal donc cela veut dire que le désir du moi sera satisfait, idéalement (on est en plein rêve éveillé, l’évacuation du tragique ou du mal et donc de l’existentiel et de la liberté, mais également le remplacement même du « bonheur » ou de la sexualité, puisque ce sont les images du bonheur et les images du sexe que l’on consomme) et l’homme comblé et l’humanité réalisée, et bien sûr transhumanisé ; hypothétiquement et imaginairement en vérité, cad que l’on croira « avoir vécu » l’imaginé, de ressemblance aux images déjà perçues ; moyennant quelques aménagements, colossaux avec le communisme ou le fascisme, ou quelques adaptations avec le libéralisme et ce avec le consentement enthousiaste des consommateurs et puis des salariés… (c’est une foi qui ne dit pas son nom, on « devra » y croire), s’engageant dans une sorte d’auto-transformation, transhumanisme psychologique généralisé mais individualisé, immense déploiement mass-médiatique, et de là l’auto-conviction psychique et la torsion ou torture que tout moi subit, alors même qu’il en est l’agent essentiel ; la difficile conformité de l’image qui pénètre la rétine et donc le corps au je.

Le je qui n’en peut mais de cette identité ; lui qui n’en est pas une, et qui cependant n’est pas du tout l’universel, mais une unité spécifique et autre qui ne se rencontre nulle part ailleurs, qui est à elle-même son propre formalisme, qui donc du cœur de cette formalité doit se signifier comme dieu, pensée et universel, christique, sujet et singularité, révolution et triade de la liberté, égalité et fraternité, et finalement du je dans le moi.

Rien ne vaut sans la liberté, mais la liberté n’est cohérente que de reconnaître l’autre liberté (sinon elle perd de vue sa structure même, qu’elle envahit, remplit d’immédiatetés ou d’intérêts légitimes mais limités, et limités de par leur nature de déterminité même), et fraternité afin qu’il y ait un monde commun, ce qui veut dire que chacun non seulement reconnaisse autrui mais qu’il le connaisse comme centre de signes, qui crée et réclame et absorbe quantité de signes (cette historicité donc), par un récit culturel, civilisationnel complet ; soit donc que chacun se sache, se connaisse, se reconnaisse lui-même comme je et comme sujet. Tout tient dans l’aperception structurelle du sujet ; les mathématiques, les sciences, la littérature, la politique ou les sciences humaines n’existent que du fait fondamental, absolu de l’accès du je au réel donné là, et donc au réel donné « là », au « là » qu’est le réel.

L’actualisation.

Comme ce qui vient, ce qui est venu, ce qui doit venir dans le champ d’actualisation, qu’est le champ intentionnel, est « en personne », ce qui veut dire le contrôle par le je du champ du sujet, alors le je doit se délester du moi et comprendre que ce je est bien plus important ou comme disait St Augustin plus lui-même que lui-même (à propos de la volonté de dieu), et que son « identité » réelle n’est pas du tout ce moi construit (qu’il prend pour spontané et argent comptant et supposé content, heureux, satisfait, alors que seul un corps vivant peut se considérer repus mais non pas un arc de conscience), et que le sujet dessine seul des intérêts bien plus complexes et des finalités plus dégagées que la coercition qu’opère sur le moi les images du moi (dont la production s’avère au bout du compte celle industrielle et technologique et non plus du tout d’une spontanéité naturelle désirante, ce qui n’a pas grand sens ; personne n’a vu jamais un animal vivant mené un tel « désir » au train d’enfer et surhumain ou inhumain, c’est juste notre invention au centre du 20éme).

Lorsque l’on invoque le contrôle du moi par le je, il s’agit exactement de « la sorte de contrôle qui caractérise le je ». Et non d’une main mise…

Comment alors comprendre la saisie du je sur l’intentionnalisation (dont dépend le moi et qu’il laisse indifféremment, comme de sa « nature spontanée ») ? puisque cette saisie si elle passe via l’objectivité ne fonctionne pas ; raison de la présence du psychanalyste à côté du divan ou du psychologique qui vous intime l’ordre (pour caricaturer) de changer, de renforcer votre moi, de prendre des distances avec vous-même (ce qui peut aboutir, mais c’est néanmoins très étrange).

Ou de dieu, qui est-autre, mais structurellement puisque l’on ne « sait » pas ce qu’il njous veut (on n’a pas encore bien compris). Tandis que les images sont-comme un regard extérieur qui « voit » pour vous et qui vous voit. C’est bien là le piège.

Aussi les techniques qui n’adressent plus des contenus mais une activité (la philosophie, l’esthétique, la politique, etc) seront annulées, dépériront lorsque vous serez immergés dans un milieu et non plus dé-placés dans un horizon qui vous force à restructurer votre horizon ; évidemment l’esthétique ou la poétique (etc) formulent dans leur manifestation même qu’il existe un tel déplacement. De ceci qu’aucune œuvre n’est accessible immédiatement, sinon par malentendu, ce qui peut aider, comme chacun sait, et que doit être informée l’attention qui en est transmise (des signes de l’œuvre qui restructure l’attention et donc possiblement tout, de par ses approximations et ses certitudes). L’intentionnalité naît de la disposition des signes (ce qui veut dire que si évidemment le langage est fondamental, la signifiance ne s’y limite pas ; de même que pour chacun le nœud du langage rend possible d’autres signes qui s’empruntent alors des perceptions, du corps, des affects, du passé, etc. C’est en traversant le langage, et toute langue que le signe, la capacité de signifier, de créer des rapports, est transporté dans le réel, dans les réalités, dans le donné là ; c’est bien pour cela qu’il y eut un tel déploiement, durant 25 siècles et plus, s’adressant directement aux arcs de conscience ; la capacité d’inventer des langages, des plus objectifs (les mathématiques) aux plus subjectifs, qui de fait sont aussi efficaces que les premiers et même plus puisque s’adressant à, potentiellement, tous, comme la politique est structurelle, instituant chacun dans une Constitution ou l’œuvre toujours amenant sa prédisposition dans la vue de chacun.

Donc les aventures, les explorations, les inventions, les créations de toute structure-sujet sont réelles. C’est sur cette ligne, du Bord du monde et du Bord du corps, l’autre-surface qu’ordonnent les signes, cette ligne du Bout de la vie vécue, que l’on se tient en suspension, puisque notre être est un acte, soit donc une actualisation et que celle-ci est in/déterminée, à la fois déterminée, déjà, et jamais complétée, étant un rapport dont on ne connaît pas l’autre bout, que ce soit celui initial ou terminal ; un rapport du rapport n’est jamais un être.

Les réalités sont tirées du donné vers l’universalisation, ce qui veut dire « ce qui se tient dans la vue de la structure-sujet » : il n’y a aucun autre sens à l’universalisation que de se créer du sujet. Lequel est, on le rappelle, un rapport, un (soi) en tant que rapport (et donc le se-savoir de ce rapport est le seul et unique rapport, qui se tient selon dieu, du divin, de la « substance » en tant qu’acte, du présent, du réel brut, de la dimension). Le je est un rapport et donc instantanément plus universel que l’universel abstrait, tout comme les contenus sont des figurations de la configuration, des tactiques dans une plus grande stratégie.

De cette stratégie il n’est aucun contenu, mais des signes, que seuls les sujets, et donc pour nous les je, saisissent, sous la forme d’en être saisis. Ça ne naît pas du moi (ni de l’humanisation de telle ou telle époque) mais de l’actualisation, de « cela qui arrive » du vivant comme révélation, foi, extase, illumination esthétique, poétique, révolution.

 

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