La philosophie et l’universel, (ce qui veut dire le droit, l’Etat, la raison, les sciences, la culture, littérature et esthétiques, etc) destinaient leur projet à la réalisation commune en chacun comme en tous ; mais sitôt le sujet posé, déposé sur l’histoire, il se rend bien compte que sa volonté, son désir, ses intentions, son corps, le monde-donné-là-immédiat et vécu, lui appartient.

Mais il lui appartient bizarrement ; il sait bien qu’il n’est pas lui-même celui qu’il est (il s’en aperçoit durant son vécu en tout cas) et il observe bien que le monde donné, là, n’obéit pas ; pas au sens qu’il aurait du avoir, et que sa matière, sa pesanteur, sa difficulté, sa complexité découpée en tranches profondément diverses, ne rentre pas dans l’intention que lui, moi-même, est pour lui-même. Or de clef pour réguler le monde-là, il n’a que son lui-même ; qui est en tant que corps, affectivité, images et imaginations, pensées, etc, ce qui ouvre ou ferme le monde, et bien sur ce qui ouvre ou ferme que les autres sont précisément l’accès ou non au monde, puisque le monde, le donné, n’est, pour-nous, que ouvert ou fermé humainement. Il n’existe pas d’autre approximation du monde-là que le monde communément partagé.

On remarquera que l’Etat (le droit universel démocratique) est en lui-même justement la cessation de la pression des autres sur chacun ; il se prête comme clef universelle qui admet chacun, quel qu’il soit, dans son être même de moi-même. Est le recours censé préserver quelque dérive que ce soit qui annulerait que « un égal un » ; et donc plus loin que tout moi est un sujet. Et il n’est nullement étonnant de comprendre que toute annulation de l’être du sujet, passe par une ségrégation, une non universalité ; au profit de la « chaleur » d’un entre-nous, d’un entre-soi.

Ce qui ouvre ou ferme le monde, via la clef que l’on est pour soi-même, c’est en tant que l’on est un-tel ; limité par le fait même de son identité propre. L’acculturation universelle est la coupe radicale (qui interrompt le monde) qui donne à chacun qu’il ne soit pas « lui-même » seulement, mais quiconque, et quiconque en tant que poussé au plus, au plus loin de son possible ; soit donc l’homme universel, celui qui peut tout ressentir esthétiquement, qui peut saisir le politique, comprendre les avenues des sciences, et qui peut d’une manière ou d’une autre venir à bout de son identité de simple moi-même. En tout cela il n’est pas répudiation du moi-même, mais son amplification pour encore plus de perceptions allouées, plus de vécus enroulés, plus de possibilités ouvertes. Une vie qui ne s’éteint pas de son étouffoir limité, mais qui se propage et sans cesse.

Quoi que alors il est en cela une perturbation conséquente de l’universel idéal, qui pensait appliquer tout uniment la même formulation de contenus vécus, politiques ou de sciences closes et refermées. Tout s’est avancé à l’inverse ; les sciences ont explosé en diverses perspectives, les politiques révélées insuffisantes et limitées, les vécus multipliés en tous sens.

Il s’est déployé alors des pensées sous la puissance du  changement gigantesque de possible, par lequel tout nous échappait, s’enfuyait comme mondes humains, chacun développant son identité et comme chacun est sujet extrapolant cette identité comme « vérité » et sans régulation aucune.  

Chacun est de par la forme même de son être dans la plongée abyssale qu’il ne peut éviter ; un sujet doit savoir, connaitre, éprouver, ressentir ce qu’il est. il ne peut pas se satisfaire d’un contenu universel duplicable indifféremment. Un sujet n’est pas une psychologie (il aurait à arranger à peu près présentable son « intérieur »), n’est pas une sociologie (il en est du reste garanti par l’Etat constitutionnel ; indépendant de toute interférence commune). Ce serait plutôt un laboratoire vivant qui trouve, cherche ou perd irrémédiablement le sens, ce qui veut dire la portée, la capacité, la potentialité de ce qu’il peut étant donné qu’il est.

Autrement dit, sorti de l’entrelacs d’identité, de psychologisme ou de sociologisme (et il en est à foison), le sujet revient en sa dimension, en son unification même, politique, esthétique, éthique et absolument existentiel ; ce qui veut dire ontologique.

Au sujet homme universel, ayant à accomplir le vrai, le beau, etc, s’est substitué dans le monde, le sujet dans un moi-même qui l’entraine comme seulement une identité, qui lui absorbe le monde, le donné et même le vécu, puisque ce dernier est dévoré par l’identité (cad la seule clef qu’il puisse).

Autrement dit cela revient à avouer que bien que libre, si cette clef de monde-là s’impose à ce point d’absorber tout l’être, c’est que l’on se déplace sous pression ; qu’une pression constante demeure exercée sur le chacun, et que l’on y est soumis à la rareté. Et non à la gratuité. Rareté organisée, concertée, qui relève d’un système entier de (non) compréhension de soi. 

Le principe cartésien de véridicité

A cela, hypothèse cartésienne de l’être qui se dit lui-même sans s’effacer en tant qu’être, on oppose que ça n’est qu’une idée et le profond rejet de Descartes, vient de ce que l’on ne s’accorde absolument pas sur la transformation de notre être en et par et selon la seule idée qu’il a de soi. Soit on en rabat vers le monde, soit on en produit une qui soit rien que et seulement uniquement « idée », cad un concept (hégélien), une notion (scolastique) ou une idée des idées (grecs).

Le concept est la réduction de l’idée, des idées, à une notion ; cad à une définition qui rentre comme telle (parce qu’elle est définissable) en composition avec d’autres. Formant un système abstrait.

On remarquera que si cette critique vaut pour Descartes, elle vaut aussi pour les grecs ; car alors il ne s’agit plus d’une idée (la seule idée cartésienne, l’idée de soi, du dit sujet, qui se divise ensuite en idée de l’infini, et en idée de l’étendue comme monde), mais des « idées ». Les idées grecques sont, pour nous, nous apparaissent comme en elles-mêmes de pied en cap, réflexives ; les idées se tiennent entre elles (comme un système de notions), et elles s’éternisent dans leur être. Ou pour le dire autrement ; elles forment un système qui se déduit de lui-même, qui est sa propre cause idéalement intégralement développé. Le Bien est ce qui emporte tout le mouvement de tout ce qui est, mais surtout qui est la vie même du discours, le discours est fondamentalement vivant (de sa vie propre).

La notion c’est tout autre chose ; la notion forme système mais objectivement, au-dehors posé, là.

Ainsi le système hégélien n’est pas une déduction de l’idée par elle-même ; c’est une dialectique. Ce qui veut dire que toute idée posée devient une autre qui la reprend ; mais ça n’est rien dire que cela, c’est même plutôt artificiel, voir incompréhensible. Ce qui se passe c’est que toute idée posée, existe dans le monde, et que l’on ne perd jamais de vue le monde, et que considérant cette idée on s’aperçoit qu’elle manque ; qu’elle ne rend pas compte du monde, et que dans ce manque, il se produit une plus grande compréhensibilité, qui ne tire pas le « néant » de l’idée d’ « être », mais qui produit le néant pour penser ce qui sera ainsi nommé le « devenir ». Et dans le devenir réel, celui qui est-au-monde de fait, on aperçoit alors que devenir il y a. et en ce sens esprit et monde forme une seule logique ; c’est bel et bien que l’esprit convoque ou est convoqué par le monde, et qu’il en est forcé à produire les concepts qui au fur et à mesure couvre toutes les variabilités du monde tel que là.

Ensuite seulement est pensé la logique qui se prête une perfection soudaine ou conclusive, qui déduit de sa prime idée qu’il y en ait de suivantes parfaitement enchainées. Et dès lors on ne sait plus si le concept produit est égal à son propre auto développement (grec) ou s’il est entré en composition avec un monde donné, là, qu’il a absorbé.

Or ceci c’est uniquement si l’on stabilise toutes les opérations de pensée, dans la seule connaissance qui table sur ; cela seul qui est raison, existe pour-nous. Effectivement seul ce qui est réductible ou ramassé en une compréhension peut en nous et par nous se transmettre (aux autres et à nous-mêmes).

Il est une autre dérivation du logos grec ; elle origine l’idée de, par, vers dieu. Et en ce cas, ça n’est plus tout à fait une idée (le bien) qui produit le discours, et qui de plus alors crée les choses mêmes ; c’est une volonté. Ce qui change tout. Si idées il y a ce sont les idées de dieu, et les nôtres (cela dépend) sont plus ou moins des imitations pour-nous, de l’analogie. Il n’est pas cependant en ceci un accès direct à dieu en tant qu’idée ; et cela très précisément en ce que certes on obtient l’idée de dieu, mais elle n’est pas affirmée intégrée en notre être sinon comme analogue.

Descartes vient seul présenter l’idée comme plus grande qu’une idée et il prétend par là accorder pleinement le réel statut, la réelle dimension à ce que l’on nomme « idée ». À savoir ; l’expérience même de son être d’idée en tant que cet être est, absolument et non pas analogiquement, le nôtre.   

Ce qui bouleverse considérablement toute compréhension. Non seulement celle scolastique, mais aussi celles qui suivront y compris hégélienne ; parce que cartésiennement, il n’est pas de réduction de l’idée absolument là, intégrée en un (et par) un être, en un concept extérieur à cet être.

Autrement dit Descartes ne prétend pas à objectiver l’être qui est comme une connaissance (d’un objet en un concept), mais pas non plus à déduire les idées d’une Idée encore plus idéelle (le bien), et pas plus à adapter les idées divines à nos idées analogiquement. Il dit que l’idée est (au moins pour nous et on ne peut pas aller plus loin dans la réflexion) que l’idée est l’expérience même qui est là-ici-maintenant non pas même est l’idée de soi (qui serait complètement transparente à elle-même, ce qui reviendrait à un concept), mais est l’idée adéquate que notre être (autre que sa représentation) forme de lui-même et par laquelle il peut non pas se « vouloir » (au sens caricatural d’action sur un objet, une extériorité) mais se réorienter pour peu qu’il s’en donne les moyens (en quoi il n’est pas une action magique ou autoritaire). 

Nouvelles du grand monde

Entre le conscient qui dans son activité même se stabilise (en objets) et l’inconscient qui vadrouille selon son rêve (pour le cerveau la réalité n’existe pas ; le conscient est une part détachée de ce que nous possédons en commun avec les mammifères ; le rêve). Entre les deux il est l’intentionnalité ; celle-ci appartient au monde, au donné et au vécu.

L’intentionnalité est une toute petite virgule qui se déplace sensiblement et est insituable. Elle ponctue ici et là, jamais en continu, et on se demande où peut-elle donc prendre des forces pour exister. On sait qu’elle les invente.

Il est évidemment, on n’y revient pas, quantité de déterminations en nous qui répondent aux déterminations, on est motivés du corps, des autres, des mots, de tout ce que l’on voudra dans le monde. Mais dans l’ici et là de l’intentionnalité, le sujet montre du doigt ce qu’il y a à être. Il le sait. Il ouvre de lui-même sa propre dimension aussi soyeuse et incertaine soit-elle.

Sans doute lorsque l’universel constituait l’horizon historique à venir (antérieurement aux révolutions constitutionnelles), les variations intentionnelles en appelaient à un supposé corpus de vérité rationnelle. Lequel corps fut effectivement intégralement réalisé, historiquement acquis. Mais depuis lors, l’universel entourant chacun dans son statut même, l’attention peut se porter sur la précision du monde immédiatement « là » ; les sujets (constitués constitutionnellement, politiquement selon l’universel). Chacun est donc un tel-sujet ayant à portée de préhension, le donné, là, des choses à désirer, des projets à propager, de l’image de soi à déployer, etc.

Chacun est déraisonnablement envahi de tout ce monde alentour ; au point de n’être plus du tout arcbouté sur l’universel et de basculer dans l’entière contingence sans aucun avenir. La contingence, le nihilisme plat, vaseux, tout flasque, absorbe toute l’énergie et détériore radicalement le sujet, défait les intentionnalités. Il est même quantité de théories qui prouvent ou démontent à quel point l’universel n’est pas, qu’il n’existe que du tout-venant, de la vie vécue bêtement (on nous rabat même les oreilles qu’il n’est que des corps et des langages, hormis ce vieux succédané de Vérité qui pense reprendre l’universel tout général et abstrait, précisément déjà réalisé depuis si longtemps).

Et effectivement il faut amener tout cela ; que tout est déterminations ; mais non pas que l’universel, réalisé, historiquement, soit sans suite. Tout sujet, réel, est la suite de l’universel … en acte. Il est clair que la démocratie est absolument ce qui devait être et qu’elle se définit littéralement comme le pouvoir pour et par le peuple des gens. On ne sait pas ce que peuvent les gens. Comment ils se débrouillent sexuellement, affectivement, relationnellement, politiquement et économiquement, intellectuellement, culturellement et tout ça. On ne le sait pas.

Il apparait donc qu’il leur faut la comprendre, la saisir, du dedans, de la mise en forme de leur vécu, de leur donné, de leur monde, il leur faut comprendre la méthode. En ceci ce qui suit la démocratie instaurée abstraitement et donc constitutionnellement (laquelle se fonde sur et dans l’universel, largement pensé mille fois par les philosophies, c’était leur finalité imprescriptible), ce qui suit la démocratie, c’est la coordination ; il faut que les gens, le peuple, se coordonne. Il faut qu’il sache ce que l’autre veut et ce que lui-même pousse au devant de soi. La grande coordination dans le grand monde, c’est ce qui est en cause. La seule cause qui soit.

Et ça ne s’invente pas ; pas de l’extérieur. Ça doit naitre dans et par l’activité même, de chacun de tous. Et ça ne le peut que visiblement, dans l’ordre du visible.

Remarquons que depuis au moins Descartes (grand précurseur de tout ce qui le suivit), mais bien sur admirablement depuis les révolutions, c’est ce à quoi s’emploie la philosophie qui a déjà sauté par-dessus l’obstacle de l’universel, et se tient en éclaireur dans l’embuscade du temps qui passe. Tout ce qui est pensé, depuis que l’universel est acquis, tente et explore le devenir de la réalité individuée et du monde attenant, (fut-il marxiste, existentiel, psychanalytique ou anthropologique ou toute scientificité qui puisse se développer). De même le jazz ou le rock’n roll, ça parle des gens en tant que chacun est son propre mouvement. Son propre mouvement dans le même monde. Le cinéma observe chirurgicalement les comportements, l’art morfle les objets-mêmes, etc.

On peut donc dire que l’universel s’est réalisé en une fois, abstraitement pour ainsi dire, cad en gait constitutionnellement, mais qu’il révèle alors que son être n’est pas du tout abstrait, et qu’il se dépose dans tout un chacun (de son statut) ou plutôt qu’il intervient alors en propre, en acte ; en tant que tout un chacun est sujet.

Que le reste, donc, ce sont des remugles interprétatifs (de contingences diverses, de grands contenus secondaires, tout à fait, des bricolages incestueux), qui abandonnent l’universel pur et simple, soit donc la forme absolue que l’universel est ; à savoir l’intentionnalité-même, ou selon la divination cartésienne l’attentionnalité dite de la méthode unique. 

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