Ce en quoi s’enracine le sujet, ça n’existe pas ; et c’est ce qui entraine tout moi psychologique bien au-delà de ce qu’il peut. Le moi psychologique recherche dans le monde, le vécu, les autres, le corps, etc, ce qui de toute manière ne s’y trouve pas, jamais.

Ce faisant le moi sera poussé à réaliser tout cela qui lui sert de paravents ; il y découvre que son être est à la mesure du monde ; il crée ce monde comme étant le sien. Ce qui a constitué l’idéal de peuples entiers est devenu réel ; que cela se réalise individuellement signifie que la réalité humaine pour parvenir à un niveau d’intégration suffisant, doit en passer par l’individualité ; puisque seule l’individualité peut porter la multiplicité vers la pluralité (cad une organisation idoine de la multiplicité).

Il est bien certain que la plus grande pluralité comporte la plus grand distribution possible de pouvoir (cad de centres de décisions, d’inventions, de gestions autonomes, de vécus, etc). qu’il serait de la raison d’être même de ce que l’on nomme le libéralisme de pourvoir à cette distribution la plus intégrale possible ; que c’est précisément en ceci que le libéralisme est détourné et limité par une série de contractions, de resserrements, de monopoles qui produisent des concentrations ; concentrations de décisions, d’inventions, de gestions ; tout cela est rendu obscur.

Mais cela n’inquiète pas les mois outre mesure … puisque de son point de vue, son vécu, il continue de l’ordonner. Apparemment.

Parce qu’ il est bien certain qu’ il manque un étage à la fusée ; la coordination de leurs vécus ; entre les vécus immédiats et les monopoles, il n’ est aucun contre pouvoir, aucun contre investissement. Les médiations en cours (démocratie politique, sociale démocratie, droits sociaux, consensus d’opinion, rétentions et surveillance des productions et de l’économie en général, etc) forment évidemment une légalité légitime ; mais bâtis sur le retour ; cad développant les bases universelles abstraites dites des droits de l’homme, du citoyen, de l’Etat, de la société civile, etc.

Nul ne peut contester la constitutionnalité ; cela formule l’encadrement légal et légitime de toute réalité humaine développée ; en particulier, il est impensable que cette société puisse se passer de médiations, mais aussi qui sont des représentations ; que ceci ou cela soit représenté, signifie que l’on n’en a pas une connaissance spontanée et de par soi ; il n’est aucune possibilité anarchiste ou communiste d’absence d’Etat, de représentativité ; il faut que les choses soient dites, exprimées, de même qu’elles doivent être comptabilisées (via l’argent) pour que ces choses existent pour nous et que nous puissions nous en fixer la réalité, l’effectivité, l’ efficacité. La « facilité » dont rêve le moi est uniquement une vacuité subjective.

Par contre il n’est pas dit que cette représentation, cette représentativité (constitutionnelle par exemple, mais aussi du statut en propre de chacun entant que personne humaine, etc) soit limitative et uniquement d’accession à un simple donné (« chacun »).

Ayant posé les bases, la théorie abstraite des droits, cad la théorie de l’universel, prétend que la suite en sera élaborée comme spontanément ; les vécus se mélangeront, la société civile s’augmentera, les équilibres fonctionneront ; le monde sera produit de par soi sans que l’on ait rien d’autre à pourvoir que l’ensemble des règles qui y président, abstraitement.

En quoi on a pu s’apercevoir que cela obligeait à créer un tel surcroit de réglementations que la gestion en est devenu quasi impraticable ; au droit de base s’ajoute les droits dérivés et inventés qui alourdissent définitivement l’ensemble. Sans que soit réparés les manques initiaux ; ceux constitutionnels qui « devaient » de par eux-mêmes produire naturellement un monde humain humanisé.

Comme les portes furent laissées ouvertes, dans le non constitutionnalisé, l’impensé du droit abstrait, toutes les nécessités et les obscurités remontèrent jusqu’à envahir et annuler non pas les libertés acquises, (quoi que c’est précisément ce qui risque de tout écraser), mais au moins annihiler ce que l’on pouvait en attendre. C’est non pas en rapport aux libertés acquises, en fonction des libertés possibles, que l’on peut critiquer cette mise en ordre ; en vue de ce qui pourrait ou aurait pu être. Par comparaison donc au degré, au niveau de civilisation que cette société prétend achever définitivement et qui en raison de ce qui aurait du être est insuffisant, voir déficient.

Que la constitutionnalité au lieu d’être le début, soit la fermeture, la barrière du devenir, signifie que le sujet, tel qu’emprunté par cette abstraction, est stoppé net ; le sujet ça ne devient que par l’universel.

Beaucoup qui se tournent vers la philosophie, cherchent à se résoudre eux-mêmes ; ils transportent leur négligence en des excuses psychologiques et idéelles ; ça sert d’alibi. Et cela consiste généralement à utiliser telle position envers toute autre, à choisir, élire comme sur une étagère qui nous temporalisera au mieux.

Mais philosophiquement, il n’est pas à choisir quoi que ce soit ; mais par contre à décider en temps et en heure. Décider pour la seule voie possible ; celle qui permet le plus. Celle du maximum ; mais n’est pas potentiel, si avenant, si aisément décelable ; parfois ce qui semble tout clore, s’affirmera cent fois plus loin, considérable. En quoi il ne s’agit pas seulement de « savoir ceci ou cela », mais de pertinence, et de décision.

Qu’il n’y ait qu’une voie, cela parait heurter notre sensibilité égocentrique (qui croit libre simplement son détachement et sa « différence » contre la tribu et d’allégeance envers une autre), mais philosophiquement, il n’est pas question de subjectivité ; de même en art, en esthétique, n’entre en scène notre subjectivité que comme moyen. En fait le subjectif est uniquement relatif à un moi psychologique et bien peu élaboré ; il est et repose sur un donné-là, une immédiateté, un passé, des expériences plus ou moins subies ou absorbées, etc. Philosophiquement il n’est question que du sujet ; sujet d’un texte, d’un discours, d’une universalité ; fonction de cette mise en forme là toujours absolument ciblée et précise ; qui n’existe que de se décrire par le menu. 

La philosophie est une expérience individuelle ; puisqu’il s’agit d’élever la conscience de soi à l’universalité de son être. Mais de ce fait ce qui vient à être, dépasse la facilité d’être « soi » ; du reste aucun moi psychologique ne parvient jamais à un « être » subjectif ou individuel ; aussi faut-il nommer l’individu philosophique le « singulier universel ». Cela même qui se situe par un texte ; et l’on y rejoint absolument l’esthétique ou le littéraire, mais aussi tout système de signes.

Cet être n’existe pas et n’est pas prévu en rien, ni quoi que ce soit ; on pourrait dire que si tout est information (ou détermination ; mais c’est en partie une image), l’information parvient, en un point, à un tel resserrement qu’elle se concentre et commence de tout resituer , à partir de ce point ; ainsi tout est convoqué ; il est par exemple dans l’esthétique une recomposition du temps ou de l’espace comme de la nature même de « l’information » ; qu’est-ce que l’on perçoit exactement ? Jusqu’où peut-on percevoir ?

Cette redistribution de l’information n’existe pas ; il est requis de la faire-être ; et seul un sujet conscient de soi peut avancer dans cet être recomposer en une fois ; un seul texte, une seule esthétique, une seule formule mathématique. Quelle est la nature de ce sujet qui fait-être, devant ses yeux, dans l’oreille ou selon son esprit qui comprend (ce qui Dit) ? En et comment se déplace –t-il selon l’espace et durant le temps ? quel traitement fait-il subir à l’information pour la recadrer selon une expérience précise de signes ?

L’ensemble du sujet est fondé sur la coercition de sa propre perception et n’est pas du tout une séparation de l’esprit ; c’est une refondation de ce qui est, de toute l’information, mais autrement et sur un autre plan ; celui dit de l’être-même.  Ce en quoi s’enracine le sujet.

On s’aime soi parce que l’on croit que cela nous vaudra parmi les autres ; ainsi le dernier bastion d’une hypothétique liberté d’être s’évanouit dans le champ de l’autre, des autres, d’autrui. Le fondement spontané de notre amour propre, c’est la prévision du regard d’une autre attention. Et qui nous ouvrirait la reconnaissance du groupe, de la tribu. 

Pareillement lorsque l’on communique, ce à quoi l’on s’adresse au travers de l’individualité, c’est à un certain regroupement, ce que l’on nomme « valeurs »par exemple, mais qui sont toujours dites « valeurs partagées », ou pas. Qui sont toujours symboliques ; le symbolique signifie que ce sont des signes partagés ; la question que l’on y pose est déjà dans la réponse que l’on y entend, ou pas. Hors ce partage, il n’y aurait aucune communication.

Sauf celle des individualités hautaines capables de s’effacer, pourtant, entièrement dans n’importe quel message ; capable de ne plus être, et de s’enfoncer le plus immédiatement possible dans le contenu de « ce qui est transmis » ; en quoi leur arrogance est une humilité fondamentale. Et indépendamment de toute tribu d’appartenance ; l’ensemble de qui l’on est, est alors utilisé dans une finalité absurde et emplie du réel, et non pas de ce que l’on y prévoit. On sort dès lors de tout système symbolique de communication ; et de fait la majorité des œuvres effectivement réelles, contiennent, entre autres, l’abattement, la destruction, la concentration mais distordue de ces systèmes symboliques ; la corrosion par la réalité des échanges humains hiérarchisés et valorisés.

Pourquoi cette destruction, lente, complexe, incroyablement difficile ? Parce qu’il s’agit de la lutte interne entre l’individualité pure et simple et la méta organisation humaine qui préside aux destinées habituelles ; entre la réalité étrange et pleine d’altérités comme vérité d’une part, et d’autre part la vérité « humanisée », idiotement, comme prétendument seule réalité…

Aussi les systèmes de signes libres manifestent la réalité du monde (dans l’esthétique, qui n’embellit pas la réalité, qui la montre et laisse voir comme la perception même dépasse la connotation humaine habituelle), des attentions de conscience (et s’ouvre le champ du littéraire et des devenirs individués purement démontés dans les mélanges complexes vécus), des faisceaux de sens qui se détruisent dans les faisceaux purement intentionnels (poétiques par exemple qui extraient des motions hyper signifiantes) qui portent leur vérité réelle contre et au-delà des vérités imaginaires humaines, psychologiques, relationnelles.

Ce qui se manifeste, ça n’est pas la destruction des ordres humains, mais ce qui existe en dessous ; les présences au monde, au donné, au vécu, à la perception, aux signes, débarrassés de toute mise ne ordre humaine dont le groupe est toujours-déjà la résolution. Le sujet se dirige vers l’insoluble.

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