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instants philosophie

Notre être comme difficulté pure

22 Mai 2014, 16:27pm

Publié par pascal doyelle

Il n’est donc plus à proprement parlé question de chercher la vérité, puisqu’elle est « là ». Sauf évidemment que l’on ne sait pas « ce que » c’est. Et on ne le peut pas puisque la vérité est en cours et se nomme réalité, dont nous ne sommes pas au bout.

Par contre il n’est pas négligeable du tout de comprendre que l’on a effectivement saisi la vérité telle qu’en acte et que de fait l’on existe au bord du monde, au bord de tous les mondes. La vérité est un être, spécifique, incompréhensible, étrange, non pensable en soi, qui pourtant se-sait.

La philosophie continue donc de réaliser son « programme », sauf que ça n’en est pas un ; c’est l’activation de notre être même, en tant que se sachant il se veut.

Et puisque cet être est tout à fait vide, en « se voulant » il ne tourne pas en rond mais absorbe les réalités, mange les langages, dévore les corps.

On peut donc dire qu’ayant découvert, dé-couvert ce qui était recouvert auparavant par les mondes humains divers, les cultures et les représentations, on a explosé l’effroyable effarant gouffre dévorateur. La gueule dévoratrice ouverte qui mange sans faim.

Lorsque l’on a abandonné les mondes clos (de chaque monde humain particulier), ou plutôt lorsque l’on a créé par-dessus les mondes clos notre être universel, il fallut attendre Descartes pour que la pensée (qui est cette certitude de soi de la réflexivité pure), se dévoile comme sujet.

Il est clair que c’est un drôle de sujet (qui ressemble aussi peu au « sujet » dont on caricature la structure que la pensée grecque ressemble à la « raison » ; la pensée grecque et le sujet cartésien sont bien plus exponentiels que les figures critiques sous lesquelles on a cru les travestir, de sorte qu'il s'agit de redécouvrir ce que s’agitait là en tant que structure dévoratrice).

Ce sujet et cette pensée grecque ne se transmettent pas dans leurs textes ; leurs textes sont articulées en tant que l’on y entre ou non selon que l’on y devient pensée ou sujet. Il faut modifier sa conscience pour les admettre, pour sentir comme ces textes se transforment en structure de conscience.

L’hypothèse centrale est donc ; les grecs dé-couvrent notre être lui-même ; non pas une interprétation de notre être, mais cette structure même qui existe et qui par les grecs se-sait, se dit et se dit qu’elle le sait (ce que l’on nomme philosophie si l’on y songe …).

De sorte qu’au bout du compte, du déroulement du devenir de cette structure dé-couverte, mise à nue, on aboutit au moi. Au moi de chacun, dans la mesure où si la structure est l’être de l‘homme, tout moi est absolument en proximité de cet être. Il existe tout près, avec, par, selon.

Rien d’étonnant (enfin si c’est étonnant) que Lacan soit le dernier Grand philosophe en date ; celui qui va chercher dans l’humain sous, dans, à l'intérieur de la conquête dernière réalisée, en tant que Moi, va chercher ce qu’il en est de l’être, de notre être, de « comment ça marche ».

Rien d’étonnant que cela, cette articulation du moi, soit si difficile à comprendre ; c’est qu’on ne peut la saisir qu’en acte, en activité, et que la difficulté est la même par la philosophie ou par Lacan (puisqu’il philosophe de fait), il faut y être pour que cela apparaisse, ce qui veut dire pour que la structure (de réflexivité) se mette en place en vous.

Puisque cet être est découvert par les grecs (et continué et renouvelé et recréé cent fois dans son devenir structurel jusqu’au Moi, la personnalisation qui suivit l’humanisation), il ne faut pas se poser la question ; pourquoi cet être là et pas un autre, une autre représentation de notre être ? Parce que c’est la structure même qui existe, en-deçà de toutes les autres représentations, et que cette interprétation là n’en est pas une, de représentation ; autrement dit ça n’est pas une idée que découvrent les grecs, mais une structure.

Non pas au sens où cette structure mettrait en place une représentation d’elle-même (cela toutes les humanisations produisent telle ou telle représentation), mais au sens où la structure se représente oui mais comme structure ; elle se dit telle ; je ne suis pas la vérité je suis les conditions de toutes les vérités, je ne suis la liberté telle ou telle, je suis la structure qui rend possible tous les choix, toutes les inventions. Ce qui veut dire donc vide.

Vide comme l’idée de l’être est une idée réelle, vide, formelle. Ou comme le sujet cartésien est un sujet vide et sans rien (simplement volonté pure en suspend, autre qu’elle-même mais ne se quittant pas ; elle se fait voir-autre, se montre en son discours, en un acte, en un activisme radical).

Ou donc ce à quoi on est parvenu, c’est à la conscience de soi comme conscience (sans rien d'autre) ; la réflexivité n’est pas la réflexivité « de » tel être « sur » lui-même (qui se découvrirait par et dans la réflexivité ; ainsi l'homme se définit comme animal raisonnable qui s'acquiert tel par la réflexion appliquée à sa nature ou son essence, non, l'homme est l'activité réflexive même et rien d'autre ; tout le reste ce sont des effets). ça n'est donc pas réflexivité sur un être "humain" : la réflexivité est cet être même, il n’y en a pas d’autre.

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