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instants philosophie

Le devenir puissant

25 Juillet 2014, 08:59am

Publié par pascal doyelle

La finalité de la philosophie n’est pas de rendre réel l’universel ou plus exactement pas l’universel ancien.

Si la philosophie est la réflexion sur ce qui est arrivé à l’humain, à savoir la réflexivité, alors sa finalité est de rendre cette réflexivité à elle-même ; c’est pour cela qu’elle est « difficile », difficilement compréhensible ; on ne peut pas la comprendre comme on saisit un objet intellectuel déposé là, donné extérieurement, mais on doit se modifier soi. Ou plutôt modifier la conscience, l‘acte, l’activité de conscience que l’on est.

Une conscience est identique absolument à tout autre conscience ; elles ne comportent aucune différence et sont évacués toutes les subjectivités ; la conscience ça n’est pas « ma » conscience au sens où par la conscience je prendrais conscience de moi, mais par la conscience je prends conscience de la conscience ; comme activité (qui se distribue comme étant ce moi, le conscient, la subjectivité ou l’objectivité, cette perception, etc). Activité pure et formelle, sans rien, nue, non pas sans objets ou sans pensées ou sans perceptions mais s’ajoutant en-plus à toute perception, pensée, signes, objets de conscience ; si elle était son contenu elle serait ce contenu çi ou celui-là, mais n’existerait pas du tout de ce fait, puisqu’elle, en son être, passe d’un contenu à l’autre. Le pari, ici, est que ce passage continuel, ce mouvement lui-même existe réellement et réellement comme structure (objet d’une description d’une part et ouvrant une dimension d’autre part). Et que cette structure est ce qui a mobilisé quantité de contenus mais surtout inventé, créé, produit, déversé des tonnes de réalisations, à partir donc du minuscule pivot, passage, basculement.

Ayant à modifier non pas ce moi ou cette pensée ou cette perception, la philosophie oblige à girouetter par la conscience ; autrement dit par le petit pivot, au carrefour des ensembles (de fonctions et de représentations) qui, petit pivot, n’est aucun de ces ensembles ; la conscience est ce qui est appelé par le texte que l’on ne comprend pas, parce que le texte réclame de détourner, dérouter l’activité toujours entière et pleine de contenu de cette conscience en une activité formelle de conscience sans rien ; de redistribuer les cartes, de relancer les dès.

La finalité de la philosophie est donc d’accélérer les consciences comme structurelles. Non pas de les créer ; il faudrait encore croire que la pensée est une chose qui s’injecte dans la conscience des autres … ce serait une Vérité… La raison serait le concret déposé là, extérieur, puis à absorber, une objectivité (l’objectivisme est une connaissance, ce qui est tout à fait excellent, mais ça n’est pas la philosophie).

Accélérer des consciences qui existent déjà, qui sont déjà cela même qui est arrivé à l’humain (qui n’a plus su se retrouver dans un monde particulier et dut outrepasser les groupes, le langage, l’immédiateté, et élaborer une machine intentionnelle en plus des groupes et mondes humains), crée un système second dont les deux principes sont la vérité (comme principe et forme et non comme contenu) et le libre pur ( formel également et peu importe les contenus que l’on choisit et surtout invente, pourvu que cela respecte que du libre il y a, ses conditions initiales qui ouvrent l’accès à cette structure, cet être).

Il y a de la vérité et il faut les créer, il y a du libre et il faut l’articuler. La vérité se partage (en quantité de vérités), le libre se propage (chaque fois un).

Si les consciences existent déjà, la philosophie les accélère et les augmente, en modifiant l’articulation précise et tout à fait ponctuelle, et actuelle, en modifiant l’articulation de notre, nos réalités (le moi, le conscient, langage, vécu, corps, etc) au réel.

C’est donc au cœur, au centre de ce qui agit, de ce qui rapporte nos réalités (humaines et personnelles) au réel, que la philosophie appuie. Appuie là où cela fait mal, en ceci que l’on doit s’y convertir. Comme il s’agit de convertir vers notre être

(et non vers un système quelconque de pensée ou de vie, et cette conversion passe par les idées au sens réel puisque la réflexivité qui est ce qui est arrivé à l’humain annule les systèmes de vie particuliers, et il ne demeure que l’intentionnalisation basée sur la mécanismes de conscience formelle, dont cette réflexivité pense, cad élabore une intentionnalisation ; la pensée est la manipulation auto gérée, pour ainsi dire, de l’intentionnalisation nouvelle qui s’est coupée des systèmes particuliers et de cette logique de synthèse en alimentant une logique analytique de reconduction sous forme d’idées, au sens propre, de rapports intentionnels et qui de la sorte se crée chaque fois comme empirie de sa propre « proto expérience », engendrant un système intentionnalisateur singulier, dont il est nécessaire d’apprendre le langage, qui se super pose au langage ordinaire),

cette conversion est la seule réelle d’une part, mais aussi c’est celle qui a déjà eu lieu.. Tout moi, toute personnalisation est déjà convertie ; elle le redistribue comme étant ce moi là, qui sait bien qu’il ne peut pas aller contre la liberté comme principe (et articulant le libre pur, il veut forcément la vérité comme principe, puisque le libre est ce qui réalise, et l’on n’atteint pas la réalisation sans la vérité sur les réalités, sinon on se perd dans l’irréel, en des synthèses immédiates qui prennent pour vrai ce qui est seulement donné là et tissent des pyramides unifiées, vers le haut, pyramides sociétales ou personnalisée, et non pas inversées, reposant sur la pointe et écrivant par cette pointe).

En ceci il n’est évidement plus question de métaphysique ; les révoltés envers leur propre historicité qui crachèrent sur la pensée comme métaphysique, le sujet ou la vérité (alors qu’il s’agissait d’un système formel autorisant toutes les vérités secondes) eurent bien raison, mais pour la raison inverse de celle avancée ; puisque depuis longtemps nous sommes basculés de la métaphysique à l’ontologie ; de la pensée qui veut penser l’être, au sujet qui le réalise, de Platon à Descartes. Depuis ce temps là nous n’y sommes plus dans la métaphysique, mais c’était une opposition tout à fait combattante et cependant abstraite puisqu’il est évident que la vraie philosophie (hors des chapelles et des découpages aléatoires, subjectifs de l’historicité) a toujours lancé la réflexivité et toujours voulu saisir ici et maintenant « ce qui est ».

(C’est seulement que les grecs ou la pensée chrétienne (qui reprend intégralement la pensée grecque mais douée de son en-plus chrétien , qui est considérable) s’ exigeaient d’une préalable réalisation de la réflexivité, une pensée, une proto intentionnalisation qui soit la mesure de par elle-même de ses pensées possibles, (et des conditions de pensée, de vérités) ; sans laquelle nos révoltés n’existeraient même pas. La rupture entre la métaphysique et l’ontologie n’est pas étonnante en soi, puisque la réflexivité depuis le début Est rupture et violence de la pensée. Et de sorte que réfléchir sans historicité, c’est croire encore que la Vérité va surgir d’un seul coup, du néant, et ne pas voir que cela se construit depuis le début (et notamment élaborant un système formel de conditions). C’est « choisir » entre Platon ou Aristote ou Descartes et Heidegger, au petit bonheur des us et coutumes, des gouts et couleurs ; ça n’est pas très raisonnable...

Défendre ou condamner ou penser relancer la métaphysique, tout cela est très bien, passionnant, mais de toute manière nous sommes déjà depuis 3 siècles hors de la métaphysique, sauf qu’actuellement certains tentent une ontologique « métaphysique », une ontologie directe ; qui établirait un tableau, une représentation pensée de ce que l’on a appris sur la réalité (en sciences physiques par ex ou en linguistique ou en psychanalyse). Représentations et métaphysiques qu’il faut réaliser, mais tel n’est pas le problème ici.

Et cela n’est pas pour se réfugier dans un historicisme ; parce que l’être nôtre qui eut lieu au début par les grecs, est encore notre être même, évidemment, puisque c’est cette structure qui est apparue, littéralement, qui a pointé son nez hors des mondes particuliers, qui comme une arête structurelle, un roc transperçant la perception, le langage, le corps. C’est donc le même être absolument identique en sa forme, qui a créé ce devenir. Radicalement. A la racine même, au bord de ce qui est ; hors de ce qui est mais au bord quand même (c’est pour cela qu’il y a un bord).

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