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instants philosophie

Ce qui avance

4 Novembre 2014, 11:09am

Publié par pascal doyelle

Le moi mortifère malgré lui

Il semble particulièrement absurde et non avenu de juger de l’ensemble de la philosophie comme d’un échec ou d’un égarement ou d’un enjeu de pouvoirs divers et variés ; ce serait se laisser absorber par la finitude et les goûts du moment, qui signalisent précisément le dégout de soi du moi, du dit moi qui ne parvient jamais, jamais à se circonscrire et de ce fait se met à généraliser ce désespoir à l’ensemble de la réalité ; il lui insupporterait d’admettre que, bien qu’existant tel un moi, il est en charge de s’assumer, de se vouloir, de se continuer, de porter plus moins encore le devenir. Or non il croit que tout cela va mourir avec lui-même et secrètement il l’espère, ou plus exactement ce mortifère s’ensuit tout naturellement de la logique de réduction au moi abruti par ses pauvres finalités.

Si l’on croit encore que la pensée grecque est à entendre comme « raison », on n’y comprend rien. Si l’on croit encore que le « sujet cartésien » est une espèce de certitude intérieure, on n’y comprend rien. Si in fine on croit que la conscience husserlienne est destinée en une essence ou un idéalisme, on n’y comprend rien.

Ce qui s’est réalisé, ce ne fut jamais un contenu ou un contenu électif ou une sorte de substantialisme (réinventé mille fois afin de se garder un ennemi bien à soi à combattre qui puisse éventuellement nous conférer l’illusion de recommencer la réflexion envers et contre tout et tous).

Le devenir depuis les grecs est une historicité réelle et achevée à chaque point de renouvellement, étant elle-même, ce dont cette pensée grecque est le premier effet, la révolution anthropologique maximale et unique (il n’y en a pas d’autre et comme elle dé-couvre notre-être tel qu’il est, tel qu’il affleure étrangement au sein, ou au bord du monde, c’est du même pas le monde même qu’elle ouvre).

De ce récit (puisque cela est déroulable tel un récit), il faut définir le héros ; et le héros de ce devenir est le réflexif pur et simple et vide et formel et qui sut de fait et instantanément (puisqu’il est réflexif il se-sait) élaborer son architecture (intentionnalisatrice, de laquelle il faut oublier immédiatement sa référence à l‘idéalisme husserlien et n’en garder que le squelette, parce que c’est une forme qui agit, une forme, par définition, agit, et elle est et n’est rien d’autre que cet agissement).

Les représentations et leurs remplacements

Le réflexif a cru un temps qu’il parvenait à une sorte de contenu super électif, donc, la pensée, dieu, le sujet, la raison, le monde ou le vitalisme, ou la société, etc. Mais la réalité est que le réflexif seul existe et qu’il produit seulement telle ou telle représentation (qui ne sont évidemment pas indifférentes, qui marquent à chaque fois son approfondissement de « cela qui est » et de « cela qui est possible », selon une réelle historicité) tellement complexe qu’elle cesse d’être complexe pour s’imposer comme torsion (ou donc ; ce qui ne peut pas être compris sans que l’on y soit, sans que l’on s’y transforme en ce réflexif lui-même, en cette conscience là) . De renvoyer à rien la pensée, dieu, le sujet ou la raison, ou de les éventuellement remplacer par la révolution, du vitalisme, du matérialisme scientiste, une éventuelle morale générale, c’est abandonner l’ambition et ne plus rien comprendre du tout.

Le déni généralisé

Il est clair que ne pas reconnaitre cette historicité (soit donc le devenir réel de notre être effectivement circonscrit au fur et à mesure ; de la pensée à la conscience sartrienne jusqu’au détourage du moi par Lacan), cette non reconnaissance nous délivre du poids, de la charge, de l’exigence que cette historicité appesantit sur nos épaules et de ne pas relever le défi nous rabougrit, littéralement, nous ridiculise ; nous n’assumons pas notre responsabilité et menaçons notre survie même). Le déni de la vérité formelle excuse notre faiblesse, n’est qu’un prétexte pour de pauvres décisions, en emplacement des effectives.

Ce déni général est d’autant plus absurde que finalement la pensée, la philosophie est parvenue au plus proche de « ce qui a lieu » et a nommé cet être spécifique qui est nôtre ; la conscience-de. Evidemment en l’entourant encore d’une gangue idéaliste (parce qu’il faut bien en représenter les mouvements intentionnels, etc) bien que lors de sa dernière exploration Sartre atteint quasiment à strictement exposer, montrer la conscience-de comme structure, structure agissante.

Sartre, Lacan

Ajoutons à Sartre, Lacan qui s’ingénie à détourer ce autour de quoi tourne l’organisation du moi dans ses compositions effrénées (puisque le moi est la dernière inventions ontologique et le plus proche lui-même de ce « trou noir » qu’est la conscience-de, permettant de saisir que la conscience-de n’est pas le conscient, ni le moi, de même que Sartre montrait comme elle ne possédait aucune « intériorité » substantielle). Au fur et à mesure donc en cercles se recentrant autour de la nature spécifique de notre être (qui passe de la Pensée à la conscience-structure), la philosophie est parvenue à identifier le « lieu » (au point que Heidegger a envisagé de décrire le lieu spécifique, cad ontologique, de cet être spécifique ; le « là » où la « conscience » est).

Le positionnement de notre être sur la carte du réel

On comprendra donc que ce qui est joué, avancé, déplacé depuis le début, est la description de la position, littéralement, de la position « physique », sur le sol même du monde même (du monde réel). C’est cette position, comment notre être, comme conscience s’oriente et se désoriente sur ce sol ; il faut très largement abandonner de ranimer à chaque fois l’idéal prétendu qui voudrait que dès le début la pensée désirait un « super contenu », l’Etre ou Dieu ou le Sujet fantasmé (dont le fantasme revient à ceux qui critiquèrent Descartes et non à Descartes lui-même, qui ne fait que décrire ce qu’il « voit », sur le monde étendue posé).

On aboutit ainsi à une cartographie parce qu’effectivement notre être est articulé au « donné là » tout à fait réellement là, et même donc outre à ce donné là, articulé en et par le « là » lui-même de ce donné (à charge de montrer que ce « là » qui est antérieur au donné, au monde, à la détermination, existe). On a depuis longtemps abandonné la finalisation ésotérique par laquelle on voudrait caricaturer la philosophie ; elle attendrait on ne sait quelle révélation ou lumière blanche au bout du tunnel ; depuis le début c’est de tout autre chose dont il s’agit.

La ruse du réflexif

Par exemple, on a pu invoquer dieu, mais ce fut toujours dans la possibilité d’en tirer une description effectivement réelle quant à notre être ; autrement dit nombre d’éléments qui paraissent extérieurs sont nécessairement re-pris d’assaut par et dans la philosophie parce que la philosophie ne peut utiliser que des éléments donnés là dans le monde, l’expérience, le sujet, la conscience analytiquement. Descartes utilise dieu en une certaine orientation parfaitement analytique (et non d’un objet de foi, même en théologie puisqu’il s’agit d’user de sa raison, l’hypothèse dieu est absolument éclairante).

Or cela même que l’on nomme ici dieu ou là les idées ou la révolution ensuite, ne sont du reste pas en eux-mêmes indifférents ; il est clair que le réflexif avance de par lui-même et que la philosophie en est au minimum le tracé précis et parfois l’accélération et de temps à autre la pointe d’acier perforant. De même que l’humain découvre son être vide et formel, la conscience-de, de même la philosophie est la discipline qui se charge d’en rendre compte. Et que tout cela vaut pour de vrai … cad pour de réel.

L’actualisation absolue (tout est là, rien ne manque)

Ou donc ; usant de ceci ou de cela (dieu ou les idées, ce qui vaut aussi pour le vitalisme ou la volonté ou le matérialisme etc), la philosophie reste à chaque fois et demeure la philosophie cad l’actualisation de « ce qui peut être actualisé » quant à notre-être (lequel est donc la conscience-de, telle qu’elle se sort des contenus, des groupes, des mondes humains particuliers, des langages, et s’impose comme articulation au donné là, surgissant, vide, de la cervelle) et cette actualisation s’anime de la cohérence, ou donc de la coïncidence dans l’ici même (et non pas ailleurs et imaginairement. On voit par là que les éléments à identifier doivent effectivement correspondre à l’actualité ou l’actualisation de ce qui est nommé ou énoncé.

L’ici même (chaque ici-même) comme réel avançant uniformément

Nous sommes en cela bien loin, depuis le début, et inscrit dans la technologie même qu’est la philosophie, d’une « évocation » ésotérique de quoi que ce soit ; ça travaille depuis le début à partir du surgissement de notre être nu (la conscience-de) qui se veut comme pensée (cad raccordement des intentionnalités telles que produites hors des groupes, langages, mondes particuliers et qui ensuite se voudra comme sujet) et qui ne peut juger et avancer que sur des éléments réels ; un système d’idées organisées est un réel qui veut par principe s’actualiser, se rendre réel entièrement (aucun élément ne manque en interne du système, et ce système correspond au donné qu’il entend décrire, justifiant à la fois pour quelles raisons c’est ce donné là qui est sélectionné, et pourquoi il existe un tel être qui pense un tel donné, opérant donc la circonférence complète, ceci idéalement évidemment et admettant comme principe au moins qu’il y ait une Cohérence).

Ce qui signifie qu’en chaque présent le formel, le structurel est chargé de fond en comble et avance.

Quels que soient les éléments utilisés il existe toujours une lecture réelle et réaliste (toute idée est un rapport dans le donné là via cette mini articulation vide et formelle, qu’est la conscience-de). Et au travers des systèmes, des emprunts, de toute espèce de rapports, c’est le lieu et le rapport de son surgissement au donné « là » qui est exploré par la philosophie. Ce qui est d’autant plus simple à remarquer qu’effectivement elle le dit ; Hegel le dit, Marx le dit, Sartre le dit « voici la conscience même, toute nue et sans rien », Lacan le dit « je détoure le moi tel qu’il se croit ». Il ne sert à rien de croire substituer à ces descriptions formelles (la conscience-de crée des rapports au donné là) des espoirs de sens ou de pensées ou de contenus qui porteraient cette conscience ; elle se porte seule. Elle est la raison et la cause et non pas l’effet de contenus ou l’attente d’un contenu.

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