Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

Ampleur de la philosophie

8 Juillet 2015, 09:40am

Publié par pascal doyelle

La tentation spontanée est évidemment de se brancher sur le donné monde ou vécu et d’en tirer une synthèse ; synthèse qui forme un monde humain (partagé en un seul groupe incommunicable aux autres groupes, en lequel il faut être né de telle sorte que la parole et les échanges s’inscrivent dans notre corps, et que chacun se renvoie le langage face à face et que ce langage soit le monde tel que là, perçu, localisé et relatif à l’historicité ou au déroulement de ce groupe ; de même un « moi » est un bricolage qui synthétise sur son corps ses vécus, ses échanges, les identités en une seule grosso modo mal foutue, ou à peu près viable, mélangeant sur ce corps le langage et la parole ; la parole parce qu’il faut bien que ça se synthétise quelque part, en une fonction, mais encore est-ce que cette synthèse dans la parole est en réalité écrite sur le corps, sur l’interface étrange qu’est un corps).

Bref.

Il est advenu, il fallait bien que cela arrive, que l’on puisse échapper à l’esprit synthétique ; on a nommé cela la pensée. Auparavant ça pensait également, il serait invraisemblable de refuser aux mondes humains la pensée, sauf que l’on nomme « pensée » non plus la synthèse (l’unification du divers en un seul langage-groupe-monde-immédiatetés), mais le contraire d’une telle synthèse ; soit donc l’élaboration des conditions de vérité, et ce à partir de l’accès individué, limité à une-conscience à chaque fois, qui crée au sein de toutes ses déterminations, une sur-intentionnalisation arcboutée sur le donné là (le monde) certes, mais aussi le « là » du donné (ce que l’on a nommé l’être, ou dieu, ou l’étendue ou l’altérité nietzschéenne, heideggérienne, etc). A partir de ce moment ce ne sera plus la Vérité qui sera en jeu, mais les conditions, et oh surprise ces conditions sont pensables ; de ce fait on appelle cela « la pensée ».

Et ces conditions seront remontées de la vérité, de la liberté (Descartes), et du moi (Lacan par ex) ; soit donc de l’extensivité grecque, de l’intensité chrétienne, de la densité humanisante et personnalisante ; là où l’on a affaire à la détermination face à face, au monde déterminé, au corps dénudé, au vécu effroyable, etc, sans plus aucune interface ; on a défini cela comme passage des configurations de la réflexivité (pensée, dieu-le christ, le sujet) aux figurations (raison, naturalisme, moi (humanisation et personnalisation, la personnalisation étant la réflexivité à l’intérieur de l’humanisation, personnalisation qui découvre des zones étranges et autres, chacun est abandonné « là » sur le monde, doté à peine du langage et livré aux finalisations aberrantes d’un corps imaginé, le tout formant une sorte de soupe incompréhensible et vagissante, un cri).

La pensée ne vise donc pas l’obtention d’une Vérité d’abord mais de continuer l’élaboration des conditions d’existence, justement, sous les trois instanciations de la vérité, de la liberté et de l’altérité. Puisque l’on découvre alors avec sidération qu’il est possible de bâtir une telle verticalité et qu’elle surpasse n’importe quelle obtention de pauvres vérités. Et donc loin, bien loin d’avoir échoué en quoi que ce soit, la pensée découvre et élabore, crée et dénude, remonte et exhibe les conditions de « ce qui est » ; et ce pour une raison radicale que ce ne sont pas des pensées, des idées, des systèmes qui se produisent, là au cœur de l’historicité, mais une structure qui apparait et qui ne tient pas du tout aux idées, qui existe par-dessus et crée précisément que des "idées" il y a, mais qui réoriente sans cesse tout le donné, l’être, le dépôt, par l’instanciation de l’exister qui coupe transversalement et impose son architecture, sa structure.

Si elle exhibe, montre, parfois démontre ou toujours démonte « ce qui est », c’est réellement « ce qui est »… ici et maintenant, en acte, la structure en acte, en pensée grecque, en réflexivité chrétienne ou réflexivité cartésienne ou selon cette immense folie de l’altérité obtenue elle aussi par effort réflexif de sortie de soi, de sortie de la synthèse, de toute synthèse ; de sorte que Nietzsche ou Heidegger, Sartre ou Lacan poussent au plus loin la même réflexivité qui veut exposer « là où nous nous trouvons, là où nous existons ».

Réflexif signifiant que l’on passe outre le langage-groupe-monde immédiat, on regarde par-dessus ou par-dessous, ou donc pour nous par-dessus notre épaule, sur le retour hors de « soi » ; ce qui parait impossible (se tenir (soi) à distance) est rendu possible.

On s’est donc aperçu qu’en plus de définir quantité de vérités tous azimuts, non seulement la pensée crée que l’être de l’homme est le savoir, lorsque pour les grecs savoir et connaissance n’étaient pas découplées, inaugurant ce qui sera plus tard la science, par ex, mais aussi le droit, la morale, etc, mais de plus de la philosophie même naissent quantités de connaissances particulières (en dehors et en plus du savoir philosophique de la structure même, la philosophie ayant en charge de réfléchir sur cet être-réflexif, de suspendre et d’observer hyper objectivement ce qui est en jeu), et de plus encore de la philosophie se creuse et s’approfondit le savoir interne de notre structure par elle-même. Et donc rien de tout cela n’est un échec et le projet de départ (à savoir la certitude interne, structurelle) s’est intégralement développée, s’aventurant dans le monde donné là et élaborant l’architecture intentionnalisatrice généralisée fabuleuse du « là » du donné entrainant le donné là, le monde comme monde (qui n’apparait pas sans le positionnement de l’être, du « là » du donné); soit la structure réelle de ce qui est.

Et pour cela il faut distinguer l’être (le donné déposé comme monde, vécu, mémoires, cervelles, mondes humains, etc) et l’exister comme reprise par la structure de conscience vide et sans rien, et son creusement. Le creusement de l’exister n’est pas le creusement de la « subjectivité » ; ce serait absurde de considérer que la réflexivité ne décrit pas un être effectivement et factuellement existant et que c’est précisément de son réel que l’on a élaboré tout ce développement (éthique, politique, esthétique, idéel, morale ou révolution, acculturation gigantesque, objectivités et objectalités dans tous les sens possibles, etc).

Considérer la déchéance ou l’échec ou l’affaissement de la pensée (soit donc de la réflexivité de cette structure de conscience hors de tout et exposant précisément tout ce qui est à partir de l’exister pur et simple) n’est que la projection de ce que nous sommes devenus ; des mois ; qui ne parviennent plus à rejoindre l’entièreté de l’ambition première, qui jugent de cette ampleur par leur petitesse et leur fadeur et attendent encore que quelque truc ou machin, une astuce, une révélation désespérée, une intuition directe de l'ontologie imaginaire les sauvent d’eux-mêmes.

Commenter cet article