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instants philosophie

Pour ce qui est du sens du monde : la rage s'y entend

20 Juillet 2015, 12:44pm

Publié par pascal doyelle

De tout ce qui précède on dira donc que la philosophie cherche à reconstituer « ce qui est » de telle sorte que nos yeux s’ouvrent ; cela aboutit au même monde, mais réemployé et distingué à nouveau selon ses rails.

Sans doute aucun il est une part de la pensée (en général, des esthétiques aux théologies en passant par la philosophie, etc) qui tend à nous dériver vers un autre monde, un au-delà, une surimposition ou des interprétations alambiquées voir délirantes. Mais même toutes ces montées en épingle tentent de montrer l’articulation fondamentale qui nous émeut, nous bouge, nous pousse à être.

La philosophie est donc une reconduction ; la reconduction du même mais déplié. Evidemment nous n’en sommes qu’au début ; 2500 ans ça n’est pas énorme.

L’image proposée est celle du bord du monde ; il n’existe que l’immanence, pas de double monde, mais cette immanence est dotée d’un Bord ; que l’on précise d’une part comme « cette-conscience », cette bizarrerie qui sait qu’elle est, et d’autre part, plus surprenant, le présent. Le présent est littéralement et effectivement le bord de «ce qui est » ; de sorte que l’on peut formaliser cette opération comme suit ; d’un côté l’être (ce qui est, le donné là) et de l’autre l’exister (le là du donné, le réel de la réalité massive).

D’une part donc la mémorisation (toute réalité, toute détermination, toute essence est une Mémoire) et d’autre part l’actualisation de l’exister (ce qui arrive constamment à la Mémoire, bien sur « mémoire » est en partie une image, illustration). La mémoire est massive, intégrale, au point de dire ; il n’y a que cela ; une immense mémoire inscrite non pas dans les choses, mais en tant qu'elle est les choses mêmes. Et que donc l’exister est very small, exigu, insaisissable ; et comme notre être, cette-conscience, est articulée au ici et maintenant, c’est sur le Bord de la réalité que nous existons (bine que par ailleurs nous sommes de l’être constitués et mémorisés).

La philosophie qui a pris en charge d’exprimer, de montrer voir de démontrer, ou plus exactement de démonter notre-être sur le bord du monde (il y a une discipline qui s’en charge et on a nommé cela « philosophie », voila tout), cherche ainsi à déplier le bord du monde ; multipliant les tentatives et ce non pas au hasard mais en suivant la structure de ce bord ; lequel est, pour nous, les « êtres humains », cette-conscience (dont on a vu que par Descartes notre-être est devenu cet-être, une Altérité très bizarre sur la surface du monde-étendue très étrange), cette-conscience se-sait ; une conscience est la conscience de son activité, que l’on propose de nommer activisme (à partir du moment où cette activité se-sait, se représente, se dénomme, elle s’accélère invinciblement et par les grecs et les chrétiens (et monos)s’impose comme non plus monde immédiat séparé de tous les autres, mais comme unique monde donné là et donc « là » du donné, « là » en lequel existent tous les mondes).

L’activisme est ainsi notre-être, en tant que cet-être posé là sur la surface de « ce qui est », et c’est lui qui fait l’objet de la réflexion ; comme il est conscience-de (soi) on dira donc qu’il s’agit de réflexion sur la réflexivité et cet-être n’appartient pas à la philosophie mais s’existe en tous domaines qu’il invente dans son activisme ; esthétiques, politiques, éthiques, idéels, acculturation et personnalisation.

L’accès à notre être est très compliqué ; c’est quand même l’être le plus bizarre (que l’on sache) dans l’univers, il serait curieux qu’il soit « simple d’accès » ; quoi que remarquons qu’en réalité nous nous y engageons instantanément et utilisons sa souplesse constamment ; l’être de conscience se devait une mobilisation parfaite constante et aisément mise en œuvre (sinon on ne voit pas à quoi cela servirait, une conscience ; ajoutons que ce mécanisme glissant ne retient aucun contenu, et passe outre toutes les mémorisations, les utilise mais revient parfaitement identique et vide et formel).

L’accès est très compliqué parce que l’on ne peut imaginer un robot par exemple qui prendrait conscience de lui-même ; pour la raison qu’il faut un corps. Un corps animal, vivant ; il est quasi certain que l’activisme de conscience (qui a pris le pas sur le groupe-langage-monde immédiat et localisé et a créé sa propre élaboration intentionnalisatrice) s’existe d’un corps vivant, percevant, et qu’une « conscience » nait, surgit dans une cervelle indépendamment de toutes les mémoires assorties ; un dispositif de dispositifs tout à fait spécial et spécifique ; un rapport qui relie soudainement une cervelle à un donné là, cad à un donné-là (déterminé) et un « là » du donné (le « lieu » en lequel apparaissent tous les donnés ; soit donc le présent, qui n’est évidemment pas le « présent » temporel, le temps lui-même apparait dans le « là »).

Pareillement la conscience-de n’est pas du tout l’universel ou l’esprit hégélien ou la raison ou la vérité, et tout ce genre de représentations (qui eurent leur utilité dans la description-démontage de notre-être, de la pointe de notre réalité, de notre exister). L’universel est un effet ; la cause est la structure. Ce qui veut dire que « ça n’existe » que dans un individué. Il n’existe de pensée que d’une conscience et une conscience est un point « là » dans le donné et elle est irremplaçable. La vérité ou l’universel ou la raison ou quelque représentation que ce soit (le langage, l’inconscient, l’humain, le moi, la nature, etc) sont dans l’impossibilité de remonter jusqu’à cet-être qui seul existe.

Depuis les grecs et les chrétiens nos sommes donc sur le Bord même de la réalité (soit donc dans le Réel, limite des réalités) et par la Pointe extrême de notre réalité (notre réalité humaine ; groupe, langage, monde échangé et vécu, etc, mémorisé déversement) nous avons basculé dans le Réel même.

Métaphysiquement ou ontologiquement (métaphysique relève des discours qui expriment, qui croient que l’on peut ré enrouler le monde dans une pensée, ce qui n’est pas faux en soi, mais l’ontologie est l’attention à cet-être, qui stoppe le déroulement de la pensée en l’arrimant à un-être, notre active conscience-de de (soi), cartésienne donc, activement et actuellement attachée à sa structure, inventé/découvert par Descartes) nous sommes sur le bord de la réalité et s’ouvrent au-devant de nous, si l’on peut dire parce que c’est une illustration et que décrire la dimension avec les mots du monde est quasi impossible, s’ouvre donc le réel, la DimensioN ; la dimension est totalement inconnue. On constate seulement que la dimension ne nous quitte jamais (elle est le présent) et qu’elle est la Racine.

La racine de ce qui est (de l’être mémorisé, comme mémoires, comme « empilements ») est le présent ; ce qui existe constamment « là » ; on ne sort jamais du présent. Rien ne sort jamais du présent ; mais le présent est ce qui épuise toutes les essences, les choses : la lame de fond, la lame d’acier, la séparation intégrale et la division profonde.

Profonde parce que l’on ne sait pas où elle s’arrête ou se continue. C’est une structure très étrange que le réel, que découvre notre être très bizarre. De même que le réel, le présent creuse épouvantablement ce qui est, la réalité, les essences des choses, de même notre-être, cet-être bizarre, creuse notre corps.

Alors donc la philosophie a énormément avancé dans la reprise de ce creusement ontologique de notre être même, cad de notre corps (qui n’est plus seulement de ce fait le corps biochimique, ça tombe sous le sens). Contrairement à tout ce que l’on expose à tire larigot, la philosophie a performé absolument, radicalement, de même que l’humain sous le coup de la révélation de notre-être comme structure, sous la coupe de cette domination, suréminence structurelle par les grecs et les chrétiens, a d’une part inventé, élaboré la conscience idoine, créé et recréé en tous sens cette structure (en éthique, politique, éthique, idéels, relationnels et acculturation, personnalisations et médiations, re-présentations de cet-être-dans-un-corps).

On a énormisé le Bord de la réalité, du monde, mais aussi de notre corps.

Cela ne donne pas du tout l’image d’une réalité ordonnée, ou sensée, mais d’un abominable désordre, extrêmement sauvage, d’une brutalité inouïe, d’une bizarrerie et étrangeté profondes. Mais qui assure sa cohérence par devers elle-même ; la dite cohérence se situe non dans la réalité (un désordre gigantesque et quelques ilots d’ordre et de sens), mais dans le Réel de cette réalité.

Quoi que l’on en dise, pense, espère, attend, désire, nous sommes en guerre hargneuse et acérée contre la réalité, contre tout ce qui est. La haine, fondamentale, envers ce qui veut nous tuer.

Mais par ailleurs sans cette réalité déplorablement délirante et en un mot débile, sans elle nous ne serions pas. Un réel, une réalité c’est « comme ça ». Enfin ici, ici et maintenant, c’est comme ça. Il est clair que notre-être est tout autrement. Il veut et intentionnalise tout autre chose et tout autrement. De deux choses l’une : ou l’on maintient radicalement, violemment et avec rage la volonté de notre-être, ou l’on s’efface, s’effondre, se confond, s’abolit dans le monde.

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