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instants philosophie

L’étouffoir

22 Août 2015, 08:33am

Publié par pascal doyelle

La représentation que le moi se donne de lui-même peut tomber en des immédiatetés si navrantes qui pourtant gardent toujours quelque part une quantité de réalisme qui cloue sur place.

On a vu que le plan général est lorsque l’exposition intégrale de la « nature humaine » (de tout ce qu’elle peut matérialiser de son intentionnalisation (contrairement à ce qui traine ici et là, nous ne souffrons pas de la matérialisation excessive, mais nous sommes à l’inverse entrainés dans la matérialisation de nos intentionnalités, non pas donc qu’il ne s’offre à nous que de la matérialisation, mais plutôt que nous produisons, inventons et créons de la matérialisation de l’esprit) ),

lorsque donc l’exposition intégrale de la nature humaine d’une part s’impose comme jugement dernier (on juge sur pièce ce dont nous sommes capables, en bien ou ne mal, en création ou détérioration, et il n’est pas sûr que nous sortions grandis …) et d’autre part lorsque cette exposition permet de coordonner ; de coordonner ce que l’on nomme « démocratie ».

Par démocratie il ne faut pas comprendre ; possibilité de choisir telle ou telle société ; par exemple communiste ou capitaliste ou plus ou moins libérale ou socialiste, etc. mais bel et bien la création d’un monde total, global, qui laisse libre jeu, libre cours, à l’intentionnalisation.

La révolution (la révolution unique, la seule qui eut lieu, dont le communisme ne fut qu’une version, et qui du reste permit, le communisme, de propager au travers de la planète le modèle « occidental », même à ceux qui n’en voulaient pas ou n’y pensaient tout simplement pas ; le marxisme s’est utilisé à imposer en quantité de pays la « raison-naturalité-moi », puisqu’aussi bien tous ces pays se sont convertis immédiatement au libéralisme, lorsque le temps fut venu) ne fut pas seulement de proposer l’universel, bien que l’universel, hégélien pour faire court, soit effectivement présent et déterminant ; mais par-dessus l’universel, ce qui se signifiait ce fut ; chacun est capable de se réfléchir ; d’établir pour lui-même, pour sa vie, son corps, sa famille, ses affaires, ses choix, ses professions, etc, ses propres règles raisonnables. Autrement dit l’universel (de l’Etat, du droit, de la constitution, de la moralité, des idéaux, bien, beau, vrai, de la science, de la technique, du comportement économique, etc) ne s’articulait que de la volonté individuelle telle quelle.

Et ce qui en a résulté est la composition, la construction, la création d’un monde total entièrement réalisé et reposant sur cette logique amplement déployée ; la démocratie n’est pas de « choix » mais de réalisation ; tout ce qui était jusqu’alors non exprimé, non inventé, non développé pour soi-même, s’est effectivement déterminé en libre jeu ; par exemple les échanges étaient régulés, par un sens, par des contraintes, par des limitations, mais le libéralisme « libère » comme son nom l’inique la toute possibilité d’échanges, indépendamment de tout sens préalable. Ou dans un autre domaine ; les mathématiques existaient mais les grecs décident de systématiquement réaliser le premier traité de mathématique, coordonné. C’est ainsi tout le potentiel ou le virtuel ou le non réalisé jusqu’alors (qui se clôturait en chaque monde immédiat, refermé sur sa synthèse particulière) qui est inventé, sorti du chapeau, par le retournement « occidental » de l’humain. (Inutile de le nier, c’est ainsi ; la logique « occidentale » est mondiale, parce que l’on a nommé « occidental » un processus qui n’est pas plus « occidental » en lui-même, qui est et a toujours été mondial, en ceci qu’il est « ce qui est arrivé à l’humain » ; l’émergence du réflexive vide et formel par dessus touts les mondes particuliers, y compris par-dessus les mondes grecs, romains, juifs, du moyen-âge, etc).

On a vu que le triplé raison-naturalisme-moi est ce qui remplace la pensée, dieu-le christ et le sujet ; le triplé est l’adaptation en un monde des trois configurations (pensée, dieu-le christ-sujet) en des figurations (raison, naturalité, moi) ; définissant un monde donné là (qui en vérité en s’aperçoit que du « là » du donné, c’est du réel que l’on perçoit la réalité, de même que c’est du sujet absenté par la science qu’il y a science, ignoré par le moi qu’il y a moi, annulé par les théories nihilistes et sceptiques qu’il y a naturalité, y compris dans les pensées de l’altérité dites ontologiques parce que Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan en se contentent pas de poser là un monde, ils lui insufflent un activisme forcené et ontologique ; ce sont des philosophes qui veulent saisir l’altérité même et non seulement la constater comme les sciences, le droit, l’Etat, etc).

La folie que l’on rencontre d’exister en untel état, de fait, un état de choses, un état donné (comme moi dans une naturalité raisonnée et étouffante, bien qu’en réalité les sciences nous découvrent un univers ou méta univers absolument déraisonnable, comble du super sens délirant et plus du tout raisonnable) nous condamne chacun dans l’exigüité d’un moi, d’un corps, d’un vécu, d’une « vie » à l’étouffoir et l’enterrement de pas même première classe ; l’enterrement morne et les faibles finalités, les finalités ployant sous le poids du donné monde étouffoir ; l’asphyxie mentale. Pas même que cela n’ait pas de sens, c’est tout simplement une sorte de vie débile.

Autrement dit, il n’est pas vrai qu’une conscience de (soi) se limite à l’engrenage du vécu et à la pauvreté d’intéressements « réalistes » ; le réalisme est la pensée de tout un siècle, voir plus ; même l’idéal de révolution (qui git dans les temps oubliés déjà du 20éme) n’était qu’une sorte de rêverie idéaliste de « la vie authentique » désaliénée. Il n’est pas de vie authentique, en nulle occasion, il n’est que des corps extrêmement compliqués.

La folie dans un monde évidemment ayant réalisé quantité d’attentes humaines (il ne s’agit pas de nier la réalisation humaine du monde, mais de marquer ses insuffisances et sa logique limitative, non pas limitée, cad incarcérée, mais limitative en ceci qu’il est de sa nature, de son principe même de se limiter, puisqu’il adapte au monde les grandes configurations de la pensée-dieu-le christ-sujet), consiste ainsi en l’étouffoir, la restriction, l’inertie appliquée, imposée à la conscience que l’on a de soi, niant par là qu’il s’agit de la conscience de (soi).

Ou donc ; non seulement chacun, dans son chacun, peine effroyablement à insuffler un semblant de renouvellement de son être, mais l’organisationnel même d’une telle société humaine demeure dans l‘impossibilité de créer les règles (exactes et précises et non délirantes et éthérées ou angéliques et égocentriques) puisque la production de règles telles s’est déjà imposée de restrictifs principes, comme « le donné explique le donné », par lesquelles il devient impossible de soulever le monde n’ayant aucun autre appui que le réalisme (que l’on accuse à juste titre, mais pour de fausses raisons, de manipulations ; il est une « manipulation » mais elle s’origine à la racine même de toute la réalisation).

On évitera donc le complot généralisé, parce que la généralisation balance entre la précision et la densité d’un monde humain (qui a su adapté la pensée, dieu-le christ, le sujet, réellement) et la pauvreté des finalités qui toutes retombent, se plient, s’effondrent dans le donné là d’une part et d’autre part d’enfermer la présence humaine à un réalisme de base, impossible à renouveler. Chacun des mois est abasourdi par le dit réalisme du vécu, et parfois jusqu’à l’insupportable, le physiquement, physiologiquement et mentalement insupportable.

Inversement il faut se forcer à percevoir ce qui dans ce désordre monumental, incoercible, ce déchainement du libre jeu, de percevoir tout ce qui tente de remonter, de réorienter le donné, le monde et le vécu ; soit donc la pensée, le politique, l’éthique et l’esthétique, mais aussi la personnalisation ; les mois luttent, chacun, pour résoudre l’équation hyper complexe que chacun est en inventant une solution, et ces solutions ce sont chacun des mois eux-mêmes, qui ne sont pas seulement les effets de leurs causes mais la reprise de leurs causes dans une trame nouvelle et construite à chaque fois. De même l’humanisation ; le dialogue entre l’humanisation (qui s’est réalisée en une fois par la révolution) et la personnalisation (qui constitue déjà la réflexivité à l’intérieur de l’humanisation, la réflexivité dans cette réflexivité préalable) est constant et se produit dans et par les médiatisations évidemment mais aussi dans l’institution (les instances de droit par ex, les libérations, sexuelles, des femmes, des minorités, envers l’autoritarisme, ou du droit du travail, etc) et fondamentalement dans le procès de civilisation (que pose l’écologisme par exemple, envers et contre cette économisme, cette idéologie du corps-image).

Mais là c’est encore autre chose ; le procès de civilisation relève du jugement dernier. Il se peut que nous soyons à ce point confondus, mortifiés, si intégralement désorientés par notre impuissance et notre faiblesse et notre incapacité à surmonter (ce qui constitue notre réalité même, n’y trouvant pas moyen de levier pour le renouvellement) que l’on en vienne à ne plus désirer aucun retournement interne, que tout l’ensemble s’effondre sous son propre poids.

Et tout foire.

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