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instants philosophie

L’acquisition de l’Exister

19 Septembre 2015, 09:08am

Publié par pascal doyelle

Par toute conscience, une par une.

Aucune pensée, fut-ce celle de Nietzsche ou Heidegger, Sartre ou Lacan, n’est équivalente aux deux renouvellements intégraux qui eurent lieu comme pensée grecque et dimensionnalité christique (on exclut par cela l’Eglise ou quelque institution, qui n’est qu’établissement d’un groupe humain par-dessus une articulation fondamentale au Réel). Nier ces deux renouvellements c’est tomber dans le n’importe quoi, de fait. Et Nietzsche et Heidegger n’ont pas manqué de glisser le long du ravin.

Il faut donc comparer ce qui est comparable et il est clair, évident, suréminent, hors de doute, que nous nous devons aux grecs et au christique dans sa dimension d’altérité radicale. Beaucoup voulurent ouvrir le champ et de telle sorte que chacun puisse y aller de sa petite musique ou de sa symphonie (ou se faire mousser, disons le). Et tout cela est très, très bien, mais ce qui fait agir de structure fait Agir de Structure.

Pas d’humanité rêvée

On ne peut pas changer la structure, l’ignorer, l’annuler, sous peine de passer soi-même à la trappe, de scier la branche. Mais aussi renier les grecs (par ex favoriser les pré socratiques et répudier les post-socratiques) ou la dimension-autre du christ (comme nouvelle technologie découvrant en plus des grecs dans le même espace méditerranéen la même dimension structurelle), c’est penser-vouloir revenir à une « immédiateté » (dont aussi complexes et ontologiques réellement soient-ils la Volonté nietzschéenne et l’Etre heideggérien échangent la magie, que cela soit admis ou pas, c’est un fait ; ils n’ont pas tenu l’altérité ou plutôt l’ont échangée contre une ancienneté, un retour du refoulé d’immédiateté fantasmée) dont les grecs et chrétiens seraient la corruption ou la perversion ; ce qui est tout à fait inconséquent. Il n’y a pas, il n’y aura plus d’immédiateté ; elle n’a même jamais eu lieu, aucune tradition primordiale ou humanité naturelle ou « sympathique » ou nantie de sa « puissance ». Tout cela c’est de la fumée rêvée.

On a vu qu’en lieu et place de ce rêve, ce qui est bel et bien la réalité est la ligne de mort ; qui signifie qu’en quelque confrontation ou même opposition d’intérêts, le sens, le sens final de toute action est la mort de l’autre (ou son exploitation, en le maintenant dans le nécessitarisme le plus écrasant ; la cessation est le principe intérieur du monde).

Ce qui est découvert-inventé-créé par les grecs puis repris par la dimension christique (soit un solipsisme cloué sur une croix de par son corps, qui ouvre qu’il existe un Regard par-dessus l’épaule au-delà de tout vécu et de tout corps et que c’est par cela, cette porte, cette anfractuosité que l’on ex-siste ; et ceci que l’on croit ou non, que l’on soit chrétien ou pas, ça n’a rien à voir ; c’est une technologie suréminente qui s’invente, ou révélée si l’on préfère), ce qui est extrait hors de tout monde humain, cette structure neuve et autre, n’est pas une idée ou une image ou une illusion ou une idéologie mais c’est une structure, ce qui veut dire une articulation au réel qui ne se perd plus dans telle ou telle synthèse de contenus, ni représentation, mais qui s’impose comme forme par-dessus tous les contenus.

Et c’est pour cela, étant formelle, que traduite dans des institutions, humaines, la structure s’emplit de lourdeur et de superficialités ; quelque chose passe au travers mais il faut soulever la pesanteur et l’inertie des groupes humains. La structure s’alourdit en groupe-langage-monde particulier, constamment.

Comme forme qui nous relie mais en seconde manière, seconde logique, seconde puissance, à toute pensée en tant qu’articulée elle-même et non pas pensée plate, et qui de plus nous isole, séparément de tous, un par un ; la condition de la pensée est la séparation, sans cela pas de pensée. Le drame est complet, intégral, définitif, et rêver que la séparation puisse s’engourdir dans l’universel, c’est ne pas comprendre que l’universel et l’individué appartiennent au même mouvement de ce qui distingue et réunit mais réunit dans et par la séparation, parce qu’on ne peut pas être « conscience » hors séparation, ça n’aurait aucun sens. C’est en seconde partie de (soi) que l’on se réunit et compte tenu de l’entière, décisive et radicale indépendance et isolement de chaque conscience ; c’est pour cette raison qu’il ne faut pas rêver à une sorte d’amour universel ni d’authenticité ou se limiter à comprendre la séparation de tous et de soi comme étant une aliénation qu’il suffirait d’annuler pour retrouver une « vérité », qui n’est rien qu’idéale.

Mais, répétons, la séparation unilatérale de tous et de chacun si elle est radicale et irrémédiable, et qu’elle rend impossible toute entente idéalisée, doit être inversée ; c’est en toute conscience (de la séparation) que celle-ci, la réunion impossible (de même que le sujet bien que réel, est impossible ; c’est parce qu’il est le réel même qu’il est impossible), la coordination, doit s’organiser. Et cet écartèlement interne est le défi lui-même.

C’est là la difficulté ; on ne peut pas organiser selon une spontanéité rêvée ce qui est rendu de fait complexe et d’une complexité décuplée relevant non d’une complexité de déterminations (ce dont l’envisage la raison et qu’elle croit ordonner du dehors) mais structurelle, mais on peut et on doit l’organiser en et par un surcroit de conscience.

Alors même qu’en soi « prendre conscience de » sépare indubitablement et radicalement … L’intelligence est d’user de cet activisme et de trouver le ou les nœuds intentionnels (qui séparent absolument) mais relient selon et par l’altérité, de ceci même que ces nœuds s’expriment et se repèrent en un schéma structurel (ce que veut opérer Kant pour la révolution française, qui consiste à fonder le schéma externe des consciences entre elles, et ce sans contenu dogmatique intérieur).

Et si c’est comme il est dit par « surcroit de conscience » ça n’est absolument plus au sens de « conscience idéalisée », mais l’inverse et dont la piste est commencée d’écrire par Kant et Hegel, Husserl et Sartre, puis Lacan, dont on voit bien la progression (qui commence du reste avec Descartes qui dé-couvre la suspension intentionnelle elle-même et le retour vers (soi)) ; l'inverse dont on suit la piste exploratoire qui tend à approfondir le creusement, le creusement, l’anfractuosité pire que transcendantale, tout autant phénoménologique et puis existentielle et en somme la distorsion ontologique que crée, dans la réalité, qu’il y ait une conscience (toujours séparée et autre qu’elle-même), une conscience du réel de la réalité.

Aucune représentation (qu’elle soit un idéalisme, comme le communisme ou tel retour du refoulé de la horde, du lieder, etc, ou qu’elle soit une description absolument et radicalement ontologique, comme la volonté ou l’Etre, mais qui sont en partie des fétiches ; pareillement il faut utiliser Lacan qui use de l’altérité « inconscient » afin que le sujet s’exporte encore plus loin dans l’altérité) aucune représentation donc ne peut opérer là où le retour sur (soi) agit ; et c’est pour cette raison que l’on se regarde (au sens où regard est le faisceau de conscience jeté dans les micro et mass médiatisations). De même on ne peut pas penser sans que toute conscience soit séparée de toutes les autres, de même qu’elle est séparément de tout, parce que le Un est l’altérité même. La pensée est toujours redoublement sur elle-même (sinon on a affaire à une Vérité et non au principe de vérité, qui autorise toutes les vérités, le sujet se tenant dans le formel de la pensée ou du sujet).

L’activité de conscience, seule possibilité, est déjà la séparation maximale

Si l’on veut agir sur l’humanisation et que l’on s’en tient aux procédés de raison, de naturalisme et du moi, on aboutira à des résultats certes mais l’activité même de « prendre conscience » est déjà un découpage qui sépare et qui sépare extérieurement ; via les universalisations dont l’efficace s’est (en partie) inversé ; étatisme, scientificité et scientisme parfois, économisme et médiatisation, etc ; alors que le changement, ce qui est nommé via les grecs et le christique le renouvellement ou le changement anthropologique n’ont pu advenir que du dedans. Le dedans sans dedans, qui agit, qui rabat l’interne Bord du monde sur l’externe (puisqu’ils sont le Même).

Ce sont ces configurations qui ont joué non pas de contenus, mais d’articulations et de ré-articulations incessantes ; en ramenant la Racine sur le devant, en reprenant l‘impossibilité ; l’impossibilité de manifester « ce qui manifeste » et impossibilité qu’auparavant on gardait, préservait, installait loin au-delà ou tout là-haut.

Comme on ne dispose pas de représentation ontologique de « ce qui agit » (soit donc la structure de conscience qui continue de tout diviser et découper), on est dans l’impossibilité de maitriser, contrôler au minimum le processus entier. Tout comme l’objectivité qui est elle-même prise dans un moi, et est soumise à l’objectalité (cad au désir des mois, qui eux-mêmes ignorant leur sujet, n’ont aucune prise sur leur satisfaction ; la finalité du sujet n'étant pas, évidemment , un "super-moi").

On a vu que la pensée ou le christique sont non seulement le ramener-ici de l’absolu jusqu’alors perché tout là-haut, mais qu’ils effectuaient cet ici-même comme ressort d’altérités incessantes, et c’est cela que signifie le Un (qui ne peut pas être scindé et doit opérer ici même ; le Un est ce qui opère, au sens chirurgical, il découpe) ; il n’y eut jamais autant de ruptures internes que depuis les grecs et le christ, l’accélération est constante (accélération de l’in-formation ou un-formation, si l’on veut ; ce qui ne supprime évidemment pas de considérables ralentissements et renfermements de groupes sur eux-mêmes, voir de retour du refoulé de la horde et de la barbarie, caricatures de la magie autrefois régulée par des mondes organisés mais qui dans le désert du réel se déchainent destructivement, autant collectivement que pour beaucoup dans la dégradation psychique des mois et du relationnel) ; le changement s’est opéré dans le regard du Un amené au plus près du réel et donc de la réalité, et il fallut le temps qu’il remonte du regard dans la modification de la cervelle et de ses contenus ; parce que l’arc intentionnel qu’il disposait vers le donné là, et ce par le « là » du donné (l’ontologique), est extérieur à la cervelle, au relationnel humain, aux mondes particuliers, au renfermement des groupes autour de leur parole, etc.

C’est ce que l’arc de conscience, grec et christique (ou mono si l’on remonte plus avant, mais on a vu que le propre est justement que le christ est l’amené ici-même du Un) propage par-dessus les mondes, opposant la dimension aux mondes et aux groupes, aux langages et aux corps.

C’est en la capacité du Un (qui est insécable et donc existe ici) que les conditionnalités de la pensée, de la dimension, du libre, du sujet sont découvertes. La question est ; comment assurer le cheminement du Un qui doit relever ou soulever la réalité et comment détourner (et donc en les assumant) les contenus de conscience par l’architecture de la structure de la conscience ; dont on a vu qu’elle fut cartésiennement, transcendentalement, phénoménologiquement (par Hegel autant que par Husserl et sous d’autres conditions), existentiellement et ontologiquement poursuivie.

Et si le Un est-ici, c’est effectivement notre être qui est en jeu. L’être est mais c’est l’exister qui existe, comme présent. Le moi croit qu’il est déjà lui-même, donné là naturellement dans son identité, mais ça n’est pas le moi qui existe (le moi est, selon l’être), c’est le sujet et le sujet n’est absolument pas acquis du tout ; il dépend de chaque conscience d’acquérir ou non cet-être, d’éprouver les distances qui furent découvertes et inventées par les trajectoires des pensées. L’éprouver comme corps.

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