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instants philosophie

Le techno-capitalisme et le moi

1 Décembre 2015, 12:31pm

Publié par pascal doyelle

Les mois continuent leur course furieuse, gaspillant et inemployés. Le système du moi est le système techno-capitaliste ; c’est le même, la même logique et qui se conjoint bien facilement à l’étatisme, version évidée, absorbée en d’autres finalités, de l’Etat vraiment démocratique (ce qu’un libéralisme théorique ou un communisme individualisé mettrait en œuvre ; capitalisme et communisme ayant à être réintégrés dans et comme société totale et non pas en opposition ; société totale nommée réellement Démocratie, continuation de la révolution unique de jadis qui pourtant fut arrêtée, stoppée, nette, figée, gelée dans une formulation restrictive, comme on va voir).

Tant que l’on continuera de se définir comme de tels mois (et on ne voit pas comment il en serait autrement), le même système perdurera et épuisera toutes les ressources, toutes, entrainant la très réelle disparition de l’espèce (dans un univers des races survivent et d’autres disparaissent).

Impossible de renvoyer la balle seulement à un dit système « techno-capitaliste », puisque chacun participe allégrement à l’épuisement de ses désirs divers et variés, et que nous n’y sommes pas pour rien et que ça n’est pas faute de n’en être pas prévenus.

Pour que soit régulé ce monde dévorateur, il faudrait donc que chacun, tous, l’ensemble, l’organisationnel et les institutions de ce monde parviennent à réduire considérablement leurs désirs. Que les désirs ne fassent plus sens. Qu’ils ne soient plus le seul « sens » disponible. Qu’il y ait des réalisations de "soi" qui ne tiennent plus du tout au gaspillage. Que l’on cesse de produire pour produire et alimenter une machinerie économique dépourvue de toute intelligence (en ceci qu'elle ne réfléchit pas du tout ses finalités et abandonne ces fins au monde donné là tout reconstruit alors qu'il veut passer pour "naturel" et se fatigue et nous fatigue à le montrer, démontrer, imager, illusionner ; grande consommation d'images éhontées, bues, absorbées, redorant la pilule), et que par ailleurs l’on cesse de produire dans la seule finalité de l’employabilité de tous, puisque nous avons dépassé le stade de la nécessité et qu’il n’y aura plus jamais suffisamment de travail équivalent (en productivité) pour tous . Et que l’on cesse de se reproduire, aussi, parce que c’est la même chose. Tout cela est la même sorte de logique immédiate qui n’a pas réfléchi du tout, sinon que sa réflexion lui servît exclusivement à faciliter ses désirs mais non pas à remplacer ceux-ci selon un autre plan.

Toute l’architecture de sens de ce monde humain est élaboré selon une reprise jamais remise en question des finalités données immédiates et que l’on prend pour le seul monde, le seul monde de sens ; il ne faut pas comprendre autrement le refus des anciennes « morales » ; le refus de la pensée grecque (qui impliquait que chacun se transforme par la pensée même), le refus du christique (ou du bouddha ou de toute conversion intérieure, et diversement tentées les pauvretés de spiritualités « à l’occidental » qui ne remplacent évidemment rien du tout puisqu'elle se heurtent à la puissante structuration du désir institué comme loi), le refus de l’ascèse et la substitution non seulement de la pensée par la raison (simple moyen d’autres fins purement désirables et utilisé sans réflexivité aucune), du christique par la naturalité, du sujet par le moi humanisé, mais aussi substitution des esthétiques élevées, précises, suspendues par des esthétiques basses et très usagées, constamment recyclées et qui sous diverses apparences reviennent aux mêmes images de « soi » du moi, à la même représentation fade de l’humain par et pour lui-même, validant par avance sa reproduction selon le désir. Plus le désir se représente malsainement, plus il se désire. sa fonction est purement de répétition du même impossible, qu'il s'ingénie à croire réalisable.

On ne désire jamais que des morceaux, des parties de monde, en grande dévoration. Ça ne va jamais très loin. Ça retombe, comme un soufflet ; tout ce qui est du monde disparait avec le monde. Ça s’énormise un temps, et puis comme ça ne se crée pas de la structure même, ça ne dure pas. Ça possède trop peu d’articulation au réel pour continuer dans le réel, ça s’effondre dans la réalité.

Ou si l’on préfère l’autre version ; c’est que le désir est si peu élaboré, si peu transfiguré, si pauvre en esprit, qu’il doit, ce pseudo désir, communément adorer, se réécrire continuellement et épuiser le monde sous diverses formulations qui reviennent toutes au Même, disque rayé, et n’apporte rien du tout. Et même il retire au fur et à mesure toutes ses significations, les perd, les égare, elles se dissolvent, dans leur propre soupe, et, accrochés à cet infra-désir d’être, les mois s’effilochent du dedans, s’apercevant ici et là que de dedans ils n’en ont pas, n’en ont jamais eu, que l’on n’est pas là pour peaufiner un dedans, se produire ou se reproduire ou répéter constamment mille réapparitions du monde ; parce que c’est toujours le même qui revient. Et qu’à force de le singer, ce même monde réel, nous n’en comprenons plus rien, transformé en kaléidoscope Philip K Dickien ; le creusement dérisoire qui affecte les mois, et en déboite quand même beaucoup du dedans, liquéfiés, ayant épuisé leur désir fameux, n’y retrouvant plus rien, ce creusement est aussi l’épuisement réel, physique, des ressources du donné naturel.

Comprenons que ça n’était pas le régime, le rythme des aniciennes configurations (pensée, dieu le christ, le sujet et les pensées de l’altérité nietzschéenne, heideggérienne, sartrienne, lacanienne sont tout aussi ascétiques et exigeantes, de fait, terriblement exigeantes en vérité), et que ce sont les figurations, distinctes des configurations, qui ont transformé la pensée en raison, le christique en naturalité (du corps entre autre), le sujet en moi, imposant donc partout que ces figurations soient les moyens d’autre chose, alors que les configurations prétendaient, elles, que l’on se devait à la pensée, au christique, au sujet, à l’altérité ; et ce dont les figurations sont les moyens, revient à l’incrustation de chacun dans le monde donné vécu immédiat et dont la fonction suprême reste le désir d’une part et le nécessitarisme d’autre part.

Le désir est le totem qui renvoie à la dispersion, et comme il ne se satisfait de rien, il recommence, sempiternellement. Identique à lui-même. Identique à rien.

Parce que le désir est évidemment seulement le prétexte, la reprise, le symptôme de la structure de l’attention à exister, l'agissante réellement mais recouverte par ses substitutions, et que cette attention est formelle, structurelle, et qu’elle ne trouvera jamais dans le donné, le monde, le vécu, la satisfaction ; qu’elle doit à l’inverse, si l’on peut dire, parvenir à se réguler à partir de son rapport à la structure qu’elle existe, et que c’est ce que recherchent la pensée, le christique, le sujet, l’altérité exigeante ; et que cette structure de l’arc de conscience au réel qui ne trouvera aucune partie du monde qui la satisfasse, si elle doit bien conformer un monde, humanisé d’une part, autour de l’universel, et personnalisé d’autre part, autour d’un moi et du corps du moi, ce doit être un monde bien autrement torsadé et complexifié formellement que celui-ci qui subit seulement les finalités immédiates et se rabat sur le monde donné et vécu.

Sous les aspects du nécessitarisme prétendu, et sous la représentation du moi comme désir-en-état-de-manque (de manque à être, en somme, de négatif vide qui n’a rien, alors que son exister est précisément de fait de n’être pas, mais d’Exister).

Plutôt que de rechercher la torsion et la structuration de l’attention à exister, on se rabat donc sur les finalités données là que l’on trouve toute-faites et qui correspondent au monde naturel et aux échanges humains alignés sans retournement, autrement dit échanges qui subissent le chantage de la ligne de mort (dans le monde l’exploitation, la violence, la mort constitue le sens lui-même), du nécessitarisme, des nécessités immédiates, alors que nous sommes passés dans la surproduction et que l’organisation de l’humain ne devrait plus se sustenter d’une réintroduction de pseudo-impératifs ; le chômage et la sur-capacité, la sur-disponibilité d’employables dans un système qui par ailleurs les remplace, par la technologie, et qui doit ainsi se développer sans raison sinon celui de sa propre survie et augmenter encore la surproduction et l’épuisement des ressources, le profit à fin d’investissements alors que les dits investissements ne sont pas du tout justifiés mais acheminés en pure perte et vanités diverses, le marché comme fixation des prix alors que c’est la loi du plus fort et non pas la rationalité des choix, mais tout autant la représentation généralisée du désir interprété par et dans un système hiérarchique de « valeurs », d’objets, ou de salaires, et donc d’hyper salaires, sans justification aucune sinon la hiérarchie même, qui tourne folle puisqu’à vide ; en quoi on voit bien que le système de nécessitarisme n’a aucun sens réel (cad ayant de vrais effets humains et physiques et psychologiques et relationnels, etc, vers les vrais besoins des personnes) mais une fonctionnalité globale, un organisationnel général, totalement irréaliste. soit donc une représentation inadéquate qui n'accrochant pas au réel s'emballe dans une pseudo réalité continuelle. Jusque dans les mois qui glissent dans l'irréalité de leur cervelle (et non dans le réel de l'arc de conscience vers l'exister ; tomber dans sa propre cervelle est l'horreur absolue, la cervelle n'est pas l'intellectivité, comme la réalité n'est pas le réel ou la réflexion la réflexivité).

Qui se situe non dans le réel mais dans la représentation constamment illusoirement justifiée (le temps passé à expliquer les nécessités irréelles est en soi un gaspillage). Le système techno-capitaliste est le même que la réalité humaine telle qu’installée ; pour le refondre il faudrait repenser (ou tout simplement « penser » en fait) non pas un système extérieur à notre vie, nos vécus, les industries, les institutions, les nécessités réelles ou pseudos, mais cette vie elle-même dans tous ses aspects, ses possibilités ; le système techno-capitaliste est ce dans quoi tout est pris, puisqu’il n’est rien d’opposable sinon de casser le nécessitarisme prétendu qui alimente une pseudo représentation du réel, utilisant même ses effets néfastes pour justifier le « développement impératif », ce qui revient à produire de surnuméraires « choses » totalement inutiles.

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