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instants philosophie

L'impossibilité de l'histoire

18 Février 2016, 10:40am

Publié par pascal doyelle

Réflexion et réflexivité

On a réalisé, déjà depuis longtemps, le vrai, le bien et le beau, depuis la révolution française et cela suit son cours (bien pénible lors même qu’ayant figé la réflexivité en réflexion, comme on verra, on ne peut plus renouveler la dite révolution ou la compréhension de l’humain par lui-même, qui ne voit pas qu’il est effet de la réflexivité et non pas se possèderait restrictivement par la réflexion), mais c’est autre chose qui a commencé depuis lors et on ignore ce que c’est (Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan, et d’autres, essaient de définir à la racine ce dont il s’agit) ; remarquons que le tragique est que cela vient trop tard et que l’on se dirige vers une catastrophe complète et une dégradation de tout ; nous n’avons visiblement pas relevé le défi.

Nous n’avons pas compris que certes la révolution a instauré l’universel, mais que l’universel dépendait lui-même d’une plus radicale forme ; tant que l’on tentera de penser puis d’organiser en fonction d’une telle pensée de réflexion qui ne se fonde que sur l’universalisme ou de réguler ou de solutionner les problèmes à partir de cette pensée fixée sur la seule raison, on ne parviendra qu’à réinstaller la même forme de l’Etat, de la raison, du moi, etc, et ce au mieux ; et au pire de ne plus même comprendre ce que raison, Etat et personnalité signifient ; puisque l’on ne peut pas restaurer ce qui fut tel que cela fut et comme l’arc de révolution universel est lui-même une perfection, toute réinstallation aboutira à une déformation, une redescente de niveau, de degré d’organisation, d’un effondrement de la complexité organisée, parvenant à peine à se gérer, et plus du tout à s’inventer ; en bref on n’inventera plus rien sinon de recycler, en dégradation, le même monde devenu clos, l’universel, réalisé, pour se continuer aurait du se recréer, autrement et selon sa poursuite, son dépassement.

On n’a pas compris donc que ce qui fut réalisé, l’universel et la raison et l’humanisme et le naturalisme et le vrai, le bien et le beau, dont on ne peut en aucun cas se passer (avancer vers plus de complexité intégrée suppose de conserver les acquis, or ce sont bien les acquis qui sont en jeu), relevait certes de la réflexion, mais qu’en deçà de la réflexion c’est ce que l‘on nomme la réflexivité qui s’agissait et cherchait, recherche dans le monde, le donné et le « là » (dans la réalité et le réel) ; c’est la réflexivité dont on a dressé le portrait, vertical, qui fait « l’objet » de la philosophie en ceci que la philosophie est la discipline qui se charge de penser « ce qui est arrivé » à l’humain, en passant des mondes particuliers au monde unique universel ; et nous sommes passés des particuliers à l’unique monde non seulement parce que l’on a considéré le monde tel que donné là (en gros ce qui constitue la réflexion) mais parce que surtout, et à la racine, on a considéré notre-être et ce tel que cet-être (devenu hyper objectivement pour lui-même posé « là », conscience, rapport posé dans, sur le monde) que cet-être soit effectivement l’arc de conscience ; la structure formelle et vide qui surgit de la cervelle de tout corps humain.

Assise double donc (mais qui est un seul réel); que l’on ait pris en conscience cet arc de conscience inclut ou implique que dans le même temps on débouche sur le monde tel que donné « là » (cet-être et ce-monde sont exclusifs). Les grecs pensent le donné « là », cad le donné (le monde) et le « là » (l’être, comme ils le nomment) et dans leur Pensée est ordonné le rapport notre-être/dans l’être ; en une seule fois, ce qui fait qu’il nous est difficile de les comprendre, puisque nous pensons, nous, la plupart du temps selon le sujet/objet de la raison ; mais n’oublions pas que la philosophie, elle, continue de penser l’articulation notre-être/dans l’être ; le rapport c’est en fait complexifié, retourné une nouvelle fois, par Descartes, (mais précédé et suivi, il n’a pas « tout » exposé, évidemment, c’est juste mais réellement une marque, un marquage ; Kant re-pense l’articulation non pas sujet/objet mais notre-être/dans l’être ; de même Heidegger, ou Sartre ou Lacan, les idéalistes allemands ou Nietzsche).

Que l’on ait voulu comprendre l’advenue autour de la méditerranée comme réflexion (soit donc comme raison, basée sur la scission sujet/objet qui est tirée de Descartes ou de la science, ou ayant abouti à l’idéologie, non péjorativement, naturaliste, humaniste, etc ; c’est une vision qui s’est constituée tardivement en mécomprenant en grande partie même la pensée grecque, et refoulant le christique de même) réduisant à la réflexion ce qui en fait était la réflexivité, pousse à repenser ces ensembles et implique une refonte complète qui est à ce point exigeante que jusqu’alors on a du faire appel à des extrémismes ; Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan ; rendus nécessaires parce qu’il fallait sortir du piège la réflexion (pour qui le donné explique seul le donné, le conscient par le conscient, le moi est le moi, il n’est que la naturalité ou que l’humanisme, et pour tomber dans la caricature le marché régule le marché ou, version communisme, le Parti est le Peuple, et pour le moi il serait "lui-même", une identité, une fixité donnée là).

La sortie de la réflexion ne signifie nullement que l’on va débouter la science ou la raison, ou l‘humanisme ; mais que par en-dessous il est un autre plan et que cette surface est la cause dont raison, humanisme, naturalisme, moi sont les effets (alors qu’ils se prennent pour les seules causes).

L'insatisfaction

La sortie de la réflexion implique une refonte de la structure même ; autrement dit la réflexion imagine que le donné expliquant le donné celui-ci sera satisfait (par lui-même). La réflexivité à l’inverse veut dire (sur ce plan) que l’on ne sera jamais satisfait (le donné n’explique pas le donné, c’est autre chose qui « explique » tout le donné), et que l’on admette d’une part cette insatisfaction et que d’autre part qu’il faille se plonger dans l’insatisfaction native (le natif est horriblement distancié de lui-même, il ne coïncide pas, autrement dit le Un n’est pas, il Existe, ce qui est beaucoup plus que d’être). C’est cette insatisfaction en soi qui doit se comprendre (et demeurer insatisfaite, sinon elle se supprimerait dans la mesure où c’est imaginable, mais ça ne reste qu’une imagination, dans tous les cas, non le réel de la structure ; on ne peut pas être satisfait, réalisé, c’est autrement que notre être de structure Existe).

Outre cette circonvolution (qui entame totalement toute la cervelle, et notamment d’un moi qui croit qu’il peut « être », qui se contemple tel ou se désire tel dans son image, son imaginaire) on serait dans l’exigence de transformer la réflexion en réflexivité.

Ce qui est très habituel en philosophie ; elle ne fait que cela, c’est sa finalité même, sa discipline et elle a réussi cette performance constamment en de multiples possibilités ; il est totalement faux de pleurer sur la perte ou l’échec ou la mort de la philosophie, c’est absurde ; ce qui a échoué c’est l’humanité, pas la philosophie ; il fallait comprendre Socrate ou jésus ou Bouddha, ou qui l’on voudra, positionné sur le Bord (ils préférèrent se reproduire … bon, ça signe l’échec en somme, sept milliards d’êtres humains, c’est trop), transformer la réflexion en réflexivité, ce qui veut dire prendre distance de notre être, cesser d’y « être » pour admettre qu’il Existe ; c’est aussi ce qui est voulu dans la verticalité de la religion, mais tellement déformé (les groupes s’emparent de la réflexivité et la détériore en particularités, qui sont aussi des intérêts dans le monde qui séparent toutes les consciences et ne permettent plus d’envisager la montée en complexité structurelle, c’est juste que s’impose une complexité particulariste, une invasion des intérêts).c’est également la conversion structurelle dont les esthétiques auraient dû nous convaincre et engager notre être par son Exister (or on a produit en quantité des recyclages d’images, toutes effondrées).

On est happé à l’inverse, absorbé, dévoré par la cervelle, l’irréalité, contre laquelle la réflexion ne peut rien, le conscient ne peut pas s’opposer à l’inconscient, il s’en déduit ou s’y enroule ; seule la réflexivité ouvre la possibilité et pointe vers le potentiel ; le reste rétrograde ; l’église réabsorbe le christique par exemple. On tombe dans la cervelle et la masse cervicale mange la pointe de conscience (qui est tout à fait minuscule et ce nécessairement puisque sinon elle ne parviendrait pas à se modifier, s’adapter au présent, à l’actualité). La seule piste s’instancie de la structure de conscience ; qui doit s’architecturer telle quelle, ce qui veut dire sur le Bord du monde et non pas dans le monde ou quelque partie du monde.

Sans aucun doute est-il nécessaire de produire la rationalité, l’humanisme, le moi, la naturalité, mais ce déchainement d’activités ne permet pas de saisir ou d’être saisi de la structure ; parce que si l’on est rétribué par le réalisme généralisé (raison, humanisme, moi), on doit affronter l’insatisfaction native qu’impose qu’il y ait un Bord du monde, du vécu, du corps.

A l’autre bout ; chacun consomme sans penser aux effets de cette consommation ; chaque entreprise ne vise qu’à sa propre et seule activité sans qu’il y ait concertation sur les finalités (on produit pour produire) ; et il n’est aucune architecture universelle qui puisse réguler les activités, les actes et les décisions ; tout cela est censé se réguler de par soi ; on croit que le donné approuvera le donné, alors que si il est un Bord du monde, du vécu, des corps, c’est du Bord dont il faut partir, et tenir.

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