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instants philosophie

L'employabilité du monde et du corps

30 Mars 2016, 15:32pm

Publié par pascal doyelle

Ce qui est lu, sert de répertoire pour les signes, qui s’incrustent non pas dans la cervelle mais à la surface du corps, et se trame notre nouvel ancrage dans le réel ; si on se demande à quoi cela sert, c’est qu’il faut se composer un nouveau corps, qui accroche sa surface à celle du monde ; la nouvelle surface du monde n’apparait pas sans la surface du nouveau corps.

Et c’est ce qui arrive, toujours, constamment, quoi que l’on fasse (et notamment si l’on a subit l’accélération extrême de la personnalisation, laissant chacun en charge de son corps, et de le transformer, forcément, impérativement) ; mais l’articulation s’accélère si l’on s’y prédispose. Et pour s’y prédisposer il faut lire les descriptions ; éthiques, politiques, idéelles, mais évidemment surtout esthétiques et poétiques, et enfin entrer de tout son corps, radicalement, renouvelé dans la description philosophique de « ce qui a lieu ».

Radicalement renouvelé par la philosophie parce que la philosophie est en équilibre sur le bord du monde, et littéralement sur le Bord physique, et physiologique, du monde donné, sur le bord de la réalité. Comme le bord n’a pas d’épaisseur (sinon ce serait un autre monde), on comprend aussitôt que la description de ce qui n’a pas d’épaisseur est tout à fait délicate ; il faut que le miroir qui ne perçoit pas les images qu’il projette, se rende vers lui-même ; soit donc l’impossibilité qui doit néanmoins se reconstituer comme possibilité ; ce que l’on reproche à la philosophie, de parler d’autre chose que du monde, c’est précisément sa finalité ; montrer comme le Bord longe la réalité.

Aussi pour tramer, explorer, structurer la limite du monde (qui n’existe pas ou minimalement à l’origine), se tenir sur la tranche qu’est le réel (en ceci qu’il est une vague de présent qui épuise toutes les réalités), il faut s’y engager de cette pointe ridicule d’attentionalité ; l’acte de prendre conscience de la conscience, de cette activité qui est agrippée au réel, qui ajoute à la cervelle la dimension, unique, exclusive, (dimension qui évidemment n’est pas du tout contenue dans la cervelle, dans la « pensée », dans le langage, puisqu’elle est produite, cette dimension, de son activisme de conscience).

On ne saisit pas l’arc de conscience (la conscience comme structure n’est pas le conscient, ou les contenus) on en est saisi ; on est saisi lorsque l’arc de votre conscience saute par-dessus son enfoncement dans un moi, une identité, un groupe, un langage, et gagne, parvient à son actuellement présent. On en est saisi parce que l’arc tendu sur le réel est impossible, n’appartient à rien, ne s’appartient pas lui-même, qu’il est la pure et brutale tension ; si il n’appartient à rien c’est qu’il est « ce qui saisit » ; on ne sait pas ce qui se passe, on ne sait pas l’horizon dormant en plus des énoncés, des signes, des images, sur lequel ils paraissent, la toile est invisible ; tout cela renvoie à l’horizon instantanément renouvelé.

Il suffit de s’engager par Plotin, Descartes ou Nietzsche pour que l’horizon soit perçu instantanément, parce que l’on en est perdu ; et les esthétiques et les poétiques qui s’en prennent au corps et son affect, ses nouvelles surfaces, qui tiennent à peine.

Si conscience signifiait un conscient quelconque, cela mènerait aux myriades d’intériorités, de toutes sortes, mais conscience est largué vers le monde donné là ; c’est l’horizon du donné immédiat qui est soulevé par l’être, le christique ou le sujet ou l’altérité. Ça s’en prend au monde, au donné, au vécu et au corps. Ça vient du lointain et peut-être du plus lointain.

De sorte que toute intériorité est ramenée par l’extériorité (la pensée est une fonction agrandissante et au plein sens, mais du corps, de son comportement, prise par le travers du comportement du corps), mais que l’une et l’autre tombent sous l’interne qui agit par l’horizon externe unique du seul réel. Le montage, l’étayage est d’une seule traite bien que, situé au quart ou au trois-quarts, on se perçoit selon une identité, un contenu, et abandonné du contenant structurel.

Il est, autrement dit, une surface du corps qui correspond à l’intervention de la structure sur ce corps ; cherchant à se dégager le dit corps produit quantité de représentations, le langage et autres mondes humains, mais tôt ou tard s’émerge la structure en plus de tout énoncé.

Lorsque l’on croit avancer (et on avance au sein du monde, du vécu ou du moi) dans l’intériorité ou par l’extériorité (et ils se ploient et se déploient), ce sont des symptômes, ou des fantasmes, et qui sont utilisés de la grande dimension (qui ne se satisfait de rien et encore moins d’elle-même, la sans-épaisseur, le dedans sans dedans) ; la structure qui embauche le monde, le donné, le vécu et le corps.

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