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instants philosophie

Paramètres et démontage du monde humain

6 Avril 2016, 08:53am

Publié par pascal doyelle

Débat Zemmour-Onfray à Nice

Un moment tout à fait essentiel c’est vers 1h, lorsqu’ils s’engagent sur la pensée des événements de 68, et comme ils le disent tous trois (avec Fog), la compréhension de ces années-là par Revel (Ni dieu, ni Marx, qui avait bien ouvert les yeux sur ces mouvements, positivement, intelligemment, à l’époque, dans les années 75-80). L’un se réclame de 68, Onfray, et l’autre le réprouve totalement ; en ceci que les libérations (jeunes, femmes, noirs, salariés, enfants, etc) soit on les place sur le versant d’un possible renouvellement du monde si on y découvre des valeurs nouvelles, des nouveaux modes d’organisations, d’économies, (Onfray) etc, soit on n’y reconnait que le prolongement et l’accélération du capitalisme libéral destructeur de valeurs (Zemmour) .

On se dit que la mondialisation, sous la forme du marché mondial, est ni plus ni moins que le partage vers tous les pays, tous les peuples, toutes les cultures, de la Richesse en soi ; de la Richesse telle qu’on a pu l’inventer depuis l’époque de la révolution unique qui finit avec quantité de modulations et d’hypocrisies diverses, qui finit par conquérir la planète (et entrainant son défaut majeur ; à savoir que si cela continue, et on continue, on n’y survivra pas).

Et par Richesse il ne faut pas seulement entendre les objets industriels, mais le partage même des technologies, des connaissances, de l’éducation, etc, bref la montée de classes moyennes élargies un peu partout, et plus ou moins (parce qu’il n’y a qu’un modèle de base et des tas de variations, accommodements). Autrement dit le capitalisme libéral réalise le grand mouvement de partage de tout par tous … mais n’étant absolument pas doué pour l’organisation c’est dans la plus grande souffrance et injustice ; comme d’habitude donc le capitalisme est un pis aller, une pseudo organisation bancale ; la question étant ; quelle non plus organisation mais méta organisation aurait du s’engager ? Les individus sont irresponsables, les entreprises dégagées de toute responsabilité réelle, les Etats quasiment impuissants ; et les médias qui seuls présentent une surface de conscience de soi de l’humain généralisée, par lesquels on peut juger et donc se coordonner (la coordination des cervelles, des consciences étant une nécessité impérative pour avancer en démocratie), les médias si régulièrement irréels qu’il devient impossible de contrôler quoi que ce soit.

Sauf évidemment que, comme d’habitude, le capitalisme se greffe sur une ampleur historique, qu’il crée en partie et dont il profite autant qu’il peut et il en profite non seulement pour accaparer présentement mais afin de garder le contrôle sur le prochain, sur l’avenir, sur les étapes suivantes (le capitalisme veut garder la main ; c’est l’avenir qu’il ponctionne), mais qui ne lui appartient pas en propre (qui appartient à tous) et prétendant qu’il est la cause même de ces mouvements qui naissent bien au-delà de sa circonférence. La Richesse d’une société nait de tous les efforts inventés.

Tout cela est très dommageable et comme le libéralisme est fondé « ontologiquement » (en réalité en négation de toute ontologie, en anti-ontologie) sur le principe de la raison réaliste humaniste naturaliste (l’homme est une essence naturelle, de besoins, d’abord, puis de désirs, ensuite, lorsque la représentation de l’humain se complique et qu’il faut amener la réflexivité jusqu’aux corps, un par un, et identifier votre désir en propre, particulier, et élaborer les théories qui vont avec cette avancement de la réflexivité dans l’épaisseur), comme donc c’est le naturalisme réaliste qui domine totalement la pensée (au point que de Kant qui montre comme la structure du sujet s’élabore en plus de l’entendement on ne retient pourtant que la négation kantienne de la métaphysique, alors qu’il poursuit non plus la métaphysique mais l’ontologie du sujet cartésien),

comme c’est le naturalisme réaliste qui domine, on ne peut plus penser la réalité humaine parce que de penser la réalité humaine comme réaliste on n’aboutit qu’au désir (ou aux causes, ce qui est le même genre). En fait un « désir » tellement compliqué et tordu, enroulé dans un inconscient, des corps, de la cervelle, des relationnels, des perceptions, qu’il faudrait avouer une fois pour toutes que par « désir » ce que l’on entend c’est en vérité l’intentionnalisation de chaque corps-cervelle ; qu’il s’agit là de l’arc de conscience complètement hors champ, parce que hors cadre il l’est, tel quel, absolument et de pur réel, et comme c’est dans la perspective du naturalisme réaliste que l’on croit le saisir ou le domestiquer, tentant de réorienter l’humanisme, cela se révèle impossible.

On est coincé ; on ne peut pas imaginer et prévoir des sujets et leur réflexivité si on définit chacun comme un moi assigné à son désir. On ne peut pas retransposer l’Etat comme facteur de liberté si on ne définit la liberté soit en tant qu’universelle et abstraite, soit comme incorporée (et dont le corps du moi délimite toutes les finalités, ou, version sociologique, dont les causes induisent tous les effets ; ce passé de la cause annule tout avenir).

Dans les deux cas la puissance libérale (qui est réelle et effective) joue du monde, du vivant, des corps et de la satisfaction comme principe idéalisé, c’est toute cette réalité absolument réelle, proprement colossale, toute les déterminations du monde donné naturel, qui viennent s’opposer aux formes universelles, qui ne peuvent plus s’utiliser seules ; évidemment du même mouvement c’est bel et bien ce monde, ces corps, ces sexuations, ces personnalisations dans toutes leurs diversités, et finalement toutes ces causalités qui sont démontées par la science et la théorie, les pratiques et les mass médiatisations, les psychologies et les mois ; et les personnalisations, bien réelles et vivantes, sont elles-mêmes des mises à l’épreuve ; des expérimentations ; comment un corps admet-il la proximité de la structure sans paratonnerre, sans couverture collective ou symbolique ? Quelle représentation de soi va-t-on inventer, créer pour répondre à cette puissance de structure non-compréhensible ?

Inventions non seulement techniques, ou mass médiatiques (qui sont donc ou tendent à s’imposer comme médiations, réflexion et retours d’images de soi et image de l’humain, jugement dernier de « celui qui se voit et se juge »), mais aussi inventions relationnelles et recherches du corps dans un extraordinaire et horrible creusement ; et creusement du corps touchant à toutes les régions de la réalisation (nous sommes dans la matérialisation, mais non pas dans la matière remontant jusqu’à nous ; dans la matérialisation de notre intentionnalité, son épreuve dans la réalité).

On ne peut pas comprendre ce qui se passe si on se contente de se référer en un passéisme, non en ce qu’il devrait s’imposer à nouveau à la réalité humaine avancée, mais à ce passéisme comme grille de lecture ; qui va abandonner les libertés acquises ?

Et non plus en imaginant un angélisme trouvé ou retrouvé, qui est toujours une simplification, alors que l’immense complexité qui s’est déployée réclame dans ses sillons bien plus que des idées faites.

Ce qui s’expose et trompe son monde, à savoir la connaissance, les sciences, la raison, l’universel abstrait, le naturalisme, le réalisme, sont aussi, et tout autant sinon plus, de très réelles et légitimes réalités qui se montrent et par lesquelles on peut se re-présenter ; et du seul fait de cette représentation les réalités sont modifiées ; c’est le mouvement gigantesque d’auto modification de l’humain, et de la personnalisation, qui est activé et cette auto modification est elle-même en partie un piège. De simplement se percevoir, dans les mass et micro médiatisations (qui se transforment donc en médiations vers la coordination généralisée), modifie déjà notre réalité, et bien sur d’autant plus via les dispositions technologiques, scientifiques, constitutionnels, législatifs. Et ceci à la fois avec et sans visibilité ; la médiatisation opère de telle sorte que l’exposition de telle ou telle disposition légale (le mariage pour tous par ex) sera réintégrée dans le champ commun, et il est clair que cette exposition tend, veut s’étendre, mais que les enjeux structuraux demeurent inatteignables.

Si on continue de se définir comme un moi humain relatif au mode d’organisation naturaliste (un corps désirant, ou un corps langage, ou une identité substantielle tel le « moi » et ses atours, la propriété n’est en soi rien d’autre que la dépendance, au deux sens, du moi), la refonte de l’ensemble est quasi impossible ; il est un noyau organisationnel (outre l’argent, cad outre l’échange, l’investissement sur l’avenir et sa possession, et la propriété et l‘accumulation qui ordonnent de fond en comble la société humaine ; les supprimer équivaut à anéantir tout ordre viable ; l’appropriation est le pis aller sus mentionné) il est donc en-deçà un noyau organisationnel mental ; tant que l’on subira le détournement de l’intentionnalisation plié vers le corps, vers ces finalités là, on n’admettra comme satisfaction (d’être qui l’on est, d’être ce moi que l’on est) que de faibles possibilités ; c’est le corps (qui est, rappelons le, une composition mentale, intentionnalisée, relevant donc du naturalisme réaliste humaniste au sens universel, étayé sur les besoins-désirs) qui s’affecte de la mesure de l’être.

Il est clair que ce pseudo naturalisme (tout construit et pas du tout naturel, il n’y a pas de nature humaine en soi, même si il est quantité de données déterminées, biologiques, relationnelle, culturelles, etc, il n’en est aucune unité synthétique, sinon l’imaginaire de telle ou telle société humaine ou de telle ou telle personnalisation ; seule cette image de (soi) fait retour … vers le même corps ; ce que saisit parfaitement la psychanalyse ; tout sens (de la vie) est pris en réalité dans un corps, de jouissance très étrange et traversée,

ce pseudo naturalisme donc (qui fut utilisé par ailleurs, tout étant double voir triple, en diverses libérations tout à fait légitimes) ferme la porte, la possibilité à une autre sorte de « régulation » de notre être ; celle qui consisterait à s’élever ; mais s’élever en un sens spécifique ; à savoir, à la base et historiquement sinon affirmée du moins relancée et augmentée, à la base nietzschéenne ; que nous ne sommes pas afin de satisfaction (qui retombe toujours dans le monde, via le corps que l’on croit plus que proche, que l’on croit être sous et en une identité), mais que nous y sommes afin d’in-satisfaction ; ou si l’on veut d’un-satisfaction ; il apparait que la proximité de Nietzsche et du christ est absolument évidente ; il veut remplacer le même par le même. Ce que Nietzsche présente comme « volonté sans raison », pure dépense ; ce qui est déjà une approche de l’unilatérale source, que l’on peut reprendre comme tel ; ça n’a pas de sens parce que c’est le sens.

A l’inverse le réalisme du moi incorporé (qui lui aussi a élaboré la prise du corps christique, « chacun son corps » comme principe mais le déclinant en ce monde et par ce vécu) nous promet que, puisque le corps est de ce monde, tout le réalisable se réalisera … et donc tout le désirable, puisqu’il est supposé vase communiquant…

Or comme l’origine de notre être n’est pas notre être mais cet-Exister (qui avance à côté des corps, mois, identités, relationnels, qui les approuve mais les traverse bien au-delà et c’est parce qu’il existe un tel décalage, structurel, ontologique, dimensionnel, que tous ces corps, mois et identités sont possibles, que nous ne sommes pas des pierres, des « choses »), c’est cet-Exister qui se transpose dans la figure du Désir, c’est toute la puissance structurelle de l’arc de conscience, de l’intentionnalisation (du corps par l’arc surgi de la cervelle, arc qui attire à lui, par le devant, dans la recherche d’une nouvelle surface-corps) toute la puissance qui se représente, qui s’est inscrite ; le désir ne trouvera pas de résolution réaliste, puisque le désir n’existe pas (c’est un montage qui meut le corps, en dessinant des diagrammes qui l’oriente et/ou le désoriente et il le meut, en ce cas en partie, en abaissant les finalités vers le corps, engendrant toutes les capacités de ce monde humain mais le plongeant dans la redondante détermination ; ce qui est déterminé se répète, sauf interrompu par le structurel).

Bien que l’ensemble du monde humain élaboré repose sur une version naturaliste réaliste du corps, cette épaisseur même est traversée d’une potentialité ; la dite potentialité ne descend pas du ciel ou des idées ou de l’universel (il s’agit là de valeurs mais secondement, secondement et non secondairement ; le mouvement est en fait plus ample) ; mais son réel est de structure et ne disposant d’aucun contenu, aucune représentation, travaille à même le donné ; travaille les corps et la réalité, la réalisation humaine et personnelle, et par ces moyens la structure au réel ; c’est de plus loin, plus antérieurement qu’il faut prendre la possibilité, le devenir ; l’ensemble relève d’une énorme technologie mentale qui peine à investir la dite épaisseur.

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