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instants philosophie

L’éthique extrémiste

4 Mai 2016, 12:23pm

Publié par pascal doyelle

La technologie occidentalisée du réel.

Le feuilletage du bord du monde, ce à quoi s’emploie la philosophie, mais tandis que par ailleurs les esthétiques, poétiques, éthiques, politiques, idéels, humanisations et personnalisations s’exécutent de la même ampleur, très certaine,

le feuilletage du bord du monde est l’opération qui permet de récupérer dans le centre du dedans (sans dedans), la qualité absolue du réel ; à savoir l’indéterminé, le règne de ce qui existe antérieurement ; antérieurement au monde et n’obéissant à aucune des catégories du monde, définitions, essences, et antérieur courant par-dessous tous les discours, représentations, images, et même sur le côté du fantasme corporel ; bien que pour le fantasme natif, il faut bien en prendre la mesure, très étrange, psychanalytiquement, lacanien dispositif, qui a élaboré, étrangement et tout à fait retors, le corps de chacun.

Antérieurement à ce qui est, le règne n’est pas autre que le possible et le possible se tient de la Possibilité même ; autrement dit le règne est non pas un état mais une exigence ; au principe de tout début il y a l’exigence et non un repos. Ou si l’on veut le repos est l’acceptation de l’exigence ; très nietzschéenne. Ça n’est en aucun cas une facilité, et si c’est un danger absolu c’est que contrairement au réalisme de la raison raisonnante ou de la naturalité, ça va vous changer. Vous ne serez plus le même moi, et vous ne serez plus même un moi.

La philosophie a donc élaboré, pensé le décalage ; le décalage entre nous et nous-mêmes. Cependant ce n’est plus le même « nous » avant et après. C’est la distinction que propose Descartes lorsqu’il amène son sujet, son sujet impossible ; qui transforme notre être (que l’on croyait identifier à quelques qualités, l’intellect, la raison, la pensée de dieu, qui constituait son essence, puisqu’alors on pensait en termes d'essences et de systèmes d'idées notionnelles) notre être donc en cet-être, posé « là » sur l’étendue du monde, et pour cela il expose à nos yeux effarés que le monde soit une étendue ; cela veut dire que l’être est tout-là-devant, et que « cela » que nous sommes, cet-être, est en-plus, est tout à fait Autre (de même que l'étendue parait un au-devant radicalement étrange) ; Descartes ramène sur le devant de la scène ce qui inaugure absolument la pensée, depuis le début, que le réel précède la réalité, ou que la pensée s’origine dans une structure (qui n’est pas de la pensée ; il oriente le regard vers la « volonté » ou si l’on veut "le dispositif des dispositifs").

Les grecs affrontaient largement la précédance de l’être sur le monde ; l’être comme conditions préalables à l’existence de toutes ces choses et ces êtres ; tout système grec est prodigieusement dynamique, et il faut oublier les caricatures rationalistes (lorsque l’on remplace la pensée par la raison, au 18éme) ; la difficulté est devenue plus incompréhensible encore puisqu’il n’est plus même la Pensée qui permette de situer les réalités, mais à mesure que l’on avance dans la structure, et celle-ci étant vide de toute détermination, c’est de plus loin et de zéro, de rien (Heidegger, pour qui le rien est l’Etre, il n’entend pas le néant comme un « rien du tout » mais comme la pré/disposition), du néant en plusieurs acceptions donc, de la limite (lacanienne), d’une figuration même (la « volonté », l’énergie, le vitalisme, etc), que l’on tente d’admettre en soi-même la réalité du monde, des choses, des êtres, des corps, de ce corps ; on a calculé selon, mentalement, le monde, grec, et puis recalculé d’encore plus avant (le christique est un tel re-calcul antérieur, vous recalculez votre naissance-mort d’un Point de vue Autre) ; on a retiré hors de tout le sujet cartésien impossible ; on a reculé en dedans, on s’est retiré bien en deçà du monde. Explorant le réel antérieur aux réalités.

Et ceci parce que l’on se tient sur le Bord ; dans l’antérieur ; et que antérieurement à l’antériorité, au Bord, il n’y a rien du tout et que donc le Bord ne peut pas être pensé (par un signifiant qui n’accroche plus à quoi que ce soit, kantiennement et le nouménal) sauf dans son caractère formel. Le contenu de cette forme n’est pas un contenu, mais le dépliement de la forme même.

Et donc ne peut pas être pensé ; non par défaut, mais parce que c’est de là que l’on pense, observe, perçoit, imagine, décide, intentionnalise, et pour cela on ex-siste. Et c’est l’ex-sister sur le Bord que la philosophie surgit d’une part et élabore d’autre part (ce qui est formel existe et donc peut se décrire, et étant formel il peut devenir, se feuilleter, se dérouler, se déplier, en se créant).

On peut croire que dieu existe, que l’éternité ou l’infini ou le supra-au-delà, ou ce que l’on voudra ; c’est juste que ici et maintenant on ne constate que ce que l’on constate et on constate que le présent seul est réel ; il n’existe que le présent et que l’on y existe ; le Bord du monde, de la réalité est ainsi le présent, et notre structure de conscience arcboutée sur, dans, par le présent. Ce qui n’a rien d’étonnant après tout, puisque sur quoi l’attacherait l’arc de conscience sinon sur le seul réel ? C'est dans le pliement de ce présent que l'on reconstruit, passé, avenir, distances, représentations, etc. Et du reste sur quoi s’appuierait toute réalité sinon sur le seul Exister ?

Ainsi on croit, en pensant à « soi », que l’on pense à quelqu’un ; une identité qui nous attendrait dans le creuset de la forme, conscience-identité-conscience ; en quoi « conscience » serait comme une fonction d’un sens ou d’une essence ou d’une personnalité. Si l’on suit bien, on dira à l’inverse que « moi », identité, personnalité, sens, pensée, conscient, sont des effets ; et que bizarrement ça ne signifie pas que conscience soit une sorte de fonction et encore moins l’universelle conscience vague, une « conscience universelle », dont on ne voit pas du tout ce que cela comporte ; ça implique que « conscience » est un point rigoureusement un et vide, soit donc une forme sans rien, ou si l’on préfère un corps (qui fait-retour). Et que loin d’être indistincte, d’être réduit à l’acte fonctionnel à toute pensée, représentation, signe, sens (transcendantal kantien, la représentation qui accompagne toutes mes représentations, etc), le point de conscience est radicalement Un, Un comme structurel et articulé, comme forme ; articulé au réel, au présent, en une fois, sans rien, sans contenu, et son individué est, puisque sans raison, sans composition, sans détermination, encore plus étrange et incompréhensible et inadéquat à tout.

Si le point de conscience était composé, il subirait cette composition. Etant non composé, formel, arc surgissant de la cervelle vers le réel, il n’appartient à rien, à personne, antérieur absolument. On appartient donc en tant que « moi », à un arc absolument d’altérité, Autre que tout, sans détermination ; lorsque l’on dit « je suis un-tel », on voit bien qui est un-tel, mais on ne sait pas du tout qui est le « je ». C’est là très exactement existant.

C’est cette élaboration qui a constitué l’occidentalisation du monde ; comment gouverner, comment orienter et désorienter l’acte de conscience, l’activité de cet-être, de cette structure ; ce qui peut entrainer fort loin de toute morale et de toute humanisation ; l’éthique ontologique est le maniement que la structure de conscience peut obtenir d’elle-même ; comment activer de prendre conscience en plus ; que l'on puisse jouer de ce dont on est l'effet, remonter le long de l'attention possible et de ce qu'elle déclenche ; et pour cela elle est la source de diverses technologies mentales (de même que l’hindouisme, bouddhisme, jainisme cherchait une technique de conscience qui rende présent l’absolu au-delà) ; actualiser la structure est la finalité médiane de la philosophie ; penser, architecturer les idées (soit donc des rapports au donné là et au « là » du donné), exploser la conscience de « soi » par le christique, suspendre l’attention cartésienne et kantienne, et son instanciation, y compris nietzschéenne et d’autre part heideggérienne (qui tente de montrer le « lieu » de cet-être de structure) ; tout cela explore le feuilletage du Bord et comme c’est du Bord du même-monde, du même-corps dont il s’agit, il faut user du décalage que l’on est en vue du décalage que l’on peut ex-sister.

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