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instants philosophie

La faculté de lire

17 Avril 2010, 16:45pm

Publié par zwardoz

La faculté de lire ne se déroule pas de comprendre ce qui est lu ; mais de permettre au flux de se déverser. Peu importe de saisir nommément ce qui est exprimé ; il faut au contraire que hors des ramassis éculés, ce qui transperce se soit l’intention.

Si l’on parvient à laisser les mots, nominatifs, remonter jusque dans l’intention, il se passe ceci ; au lieu de jouer des définis précis, des mots ou des significations limitées, dans une combinaison déjà connue, on se réalise comme étant seulement de l’intention, de l’attention, du flottement ; lorsque les mots parviennent à un état d’inattention, on ne navigue plus dans le définissable , toujours très connu, mais dans le jeu de l’intention porteuse.

C’est que certains écrivent non afin de poser-là un texte clos, mais de par leur corps, leur corps entendu comme surface globale de perception ; à la fois neutre et par conséquent précis ; où l’on parvient donc à ce que les signes n’aient plus un retentissement intérieur ; l’intériorité est une facilité, bien pratique mais qui stoppe net la perception ; le texte le plus abstrait doit parvenir jusqu’à l‘orée du corps ouvert sur le monde tel qu’il se propose ; et non plus le monde clos du monde déjà énoncé, à quoi se réduit n’importe quel moi : que le corps et le monde soient plus grands que cette identité qui est-déjà-là, autorise une navigation supplémentaire qui passe de l’énoncé, le déposé-là, à la rigueur de l’intention énonciative ; où cela avance-t-il ? doit être la question que l’on devient.

La vraie poésie, la réelle musique, les couleurs et les lignes, les compositions et les assemblages remontent du descriptif à l’abstraction, toujours ; et cette abstraction ça n’est pas celle d’un contenu intellectuel, mais c’est la forme, forme dite intellective, c’est l’ensemble des formes qui sont non objets de contemplation ou de passivité, mais qui s’activent comme intentions porteuses ; celles qui substituent au corps clos, image de-soi, vers le corps-surface purement percevant.

La difficulté est non pas de lire tel empire de signes, mais d’incarner selon cet autre corps, cette nouvelle perception ; le seul réel. Les autres corps sont tous emprunts de signes à destination toute faite des autres ou de soi tel que l’on se traduit selon cette expérience limitée qu’est le vécu. L’empire des signes est le règne total d’au-delà des limitations.

En régulation de quoi, ce qui se tient, ça n’est pas l’énoncé, scolaire ou objectif, mais l’énonciateur ; on ne comprend rien à Descartes si on ne voit pas que c’est son corps qui perçoit et donc il pense.

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