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instants philosophie

Philip K Dick et l'empathie

1 Juin 2011, 16:22pm

Publié par zwardoz

Je ne savais trop quoi faire de cette empathie qui, pour Ph. k. Dick, paraissait synthétiser positivement tout l'effondrement négatif des réalités ; emplies d'un esprit mauvais, de méchanceté et de cruauté, ou d'indifférence désespérante ; l'empathie ressemblait trop à de la bonne morale, moralisation américaine, et une espèce de foi qui s'aveugle elle-même, une naïveté bien facile.
En réalité l'empathie n'est pas identique à l'amour, chrétien, de tous pour tous les autres. Elle se révèle plus précisément comme la compréhension des autres points de vue, du point de vue des autres ; soit donc non pas seulement un attachement émotionnel, un sentimentalisme vague, mais la compréhension très active intellectuellement, la recomposition interne de ce qui arrive dans le monde pour ou par l'autre ; on comprend bien que cet écartèlement est un pari toujours difficile ; qui consiste à lire les signes (seuls témoignages de ce que l'autre veut, éprouve, expressions de son "monde") et que le romancier dépasse illégitimement (mais il ne peut et ne doit pas l'entreprendre autrement) en une sorte d'intuition magique ou spirituelle ou surnaturelle que le héros ressent envers l'autre. Lorsque la révélation du récit n’est pas elle-même ce saut hors de soi dans l’Autre monde.
Dick use de plus d'une voie pour reconstruire le point de vue de l'autre, il contourne les empêchements naturels ou antagonistes ou de divergence de classes sociales ou d'espèces terrestre ou non terrestre, ou plus fondamentalement les divergences d'esprit envers tout autre esprit, chacun son "monde" (et invasion d'un esprit sur un autre). Il ne recourt pas uniquement à l'agapè, souvent évoquée, loin de là ; l'enjeu serait même peut-être de remodeler l'agapè qui figurerait une simplification d'un processus bien plus complexe, pluriel.
Tout ceci parce que très souvent les œuvres semblent décousues, et malgré tout on ne peut s'empêcher d'y prévoir une unité inapparente, une présence invisible, un lien interne qui parvient à nous fasciner intérieurement.

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